18-08-2003 // No push collide
Putain, 16 ans!
Les réputations des groupes de rock se font aussi rapidement qu’elles se défon(cen)t. Et ce n’est pas les quatre compères de Serafin qui vont nous contredire. Tombés dans une fenêtre spatio-temporelle hyper favorable, les mecs se sont vus propulsés en couverture des magazines qui « pèsent dans le game » et ce dès la sortie de leur premier EP. Et vazy que je te proclame « groupe de l’année », l’année 2003 à moitié entamée… Et alors qu’aujourd’hui, contrairement aux sérafins, pas mal de groupes formés à l’époque montrent gigotent encore! Faudrait poser les questions d’entretien d’embauche qui fâchent en interview genre « comment vous vous voyez dans X ans » pour s’assurer de miser sur le bon cheval. Ou alors décider que groupe de l’année implique en réalité « groupe aux oubliettes l’année suivante ». Je me souviens plus exactement lequel de Kerrang! Rolling Stone, Rock Sound nous avait servis la formule de marketeux bas du front « à découvrir de toute urgence »... mais ça a définitivement été fait pour Serafin.
A l’apogée de l’été 2003 donc, voilà que les « créatures célestes ailées (trois paires d'ailes), que l'on trouve dans la Bible autour du trône de Dieu » - merci Wikipédia - droppent 2 singles en amont de leur album: ‘Things fall apart’ et ‘Day by day’. C’est punchy, frais, et d’après leur premier clip, pour des zigotos rangés au rayon punk de la FNUCK ils semblent ni trop virulents ni trop moches. Pas même un tatouage qui dépasse! Soit le pack complet pour plaire à un public bien plus large que celui des « kassoces » de Rancid ou des potaches NOFX. Voire, ô Graal ultime, passer sur les ondes FM... ce qui fut le cas au moins sur Oui FM si ma mémoire me joue pas des tours.
Donc Serafin se prend pour des angelots ailés et gardes du corps de Dieu… Ça va les chevilles ??
Sur le papier, ‘No push collide’ a certes beaucoup d’arguments pour lui. Une pochette foutraque qui rappelle les grandes heures du grunge, des singles percutants, des paroles plus subtiles que ce que la voix gueulante de Ben Fox Smith laisse paraître, et un petit accent de banlieue anglaise - à moins que ce soit le côté nasillard du chant - pas totalement dénué de charme. Le côté indé est quand à lui assuré par la signature sur le très prisé label de Muse, Taste Media, avant son rachat 2 ans plus tard par la Warner. Il n’en fallait pas plus pour faire headbanger votre serviteur en écoutant ce qu’il pensait être de la zik’ de rebelles torturés. Exemple avec le fameux ‘No happy’, où il est question de quête impossible du bonheur et qui dit « grosso merdo »: arrête de te lamenter sur ta vie comme n’importe quel loser et aie confiance en toi et ce que tu fais. C’était du petit lait pour n’importe quel boutonneux en plein tumulte de l’adulescence...
Comment se faire passer pour un punk quand t’as ni tatouage ni piercing de partout? Un p’tit saut de cabri sur un mur en briques “à la Matrix”, et voilàààà
Le problème avec ‘No push collide’, quand on a accumulé des centaines de CDs sous la semelle, tient sans doute à son unité, ou plutôt son manque d’unité. Le truc oscille en permanence entre un chant et des instrus globalement énervés, et de la pop à guitares gentillette. Pour prendre les 2 cas les plus extrêmes sur la galette, sans doute ‘Lethargy’ et ‘Peaches of spain’. Ce qui fait la force et la singularité de Serafin - voix nasillarde, envolées de guitares... - devient sur certaines pistes une source d’irritation. On peut citer dans ce registre ‘Numerical’, dont les guitares sont totalement occultées par la voix omniprésente - et toujours nasillarde - de Ben Fox Smith. ‘Sage smith’ met aussi 3 minutes à trancher entre un chant poppy et plaintif: Evvvvvrybodyyyy’s gonna droooooooaaaaawwwwwn et le déchaînement d’instrus guitare-basse-batterie, avant de botter en touche sur 30 secondes sans intérêt interprétées au biniou ou un autre engin à vent non identifié. Pour n’importe quel groupe avec une carrière respectable, ces mini-anomalies seraient passées crème. Mais Serafin paie le prix fort sur ‘No push collide’ puisqu’il s’agit en tout et pour tout de leur meilleur album. Ce n’est pas la seule raison qui explique que le succès du groupe fut de courte durée. Je n’ai pas eu la «chance» de me faire ma propre idée, mais ils étaient apparemment à chier en concert. On avait droit au bingo complet des stéréotypes du groupe rock en vogue, et des prestations vocales de sieur Benny rangées quelque part entre pathétique et soporifique. Sur TuTube, on retrouve effectivement une trace pas très glorieuse d’une de leurs (rares) performances live:
Bon, la réécoute de ‘No push collide’ 16 ans plus tard n’est pas entièrement catastrophique ni désagréable. L’énergie et la modernité de morceaux comme ‘No happy’, ‘Stephen’s in the sky’, le défoulant ‘Lethargy’ ou ‘Build high, tear low’ reste quasi-intacte. Par contre, à d’autres moments, j’ai été envahi par ce malaise qu’on ressent quand on n’est plus vraiment en phase avec ses goûts musicaux d’antan. Pour moi, la méga gêne en réécoutant ‘No push collide’ est sans doute ‘Things fall apart’, dont le ton mielleux passait déjà limite à l’époque, et est devenu du papier abrasif gros grains pour les tympans.
Est-on à l’abri d’un comeback lors d’une tournée en mode «je renfloue mon compte en banque troué à la booze et la coke»? Je crois bien que oui. Parce que quand la seule façon de retrouver trace du groupe c’est de taper « Serafin full album » dans TuTube, c’est que ça sent le sapin. Le successeur de ‘No push collide’, ‘To the teeth’, n’aura d’ailleurs pas fait plus de bruit qu’un pet sous l’eau. Et puis on les comprend, hein: ils ont sans doute peur de retrouver leur fan base de 2003 après tout ce temps, qui risque de ressembler à une foule dispersée de trentenaires à l’aube de la midlife crisis. Comme quoi les anges ne sont pas éternels, finalement.
La note complètement arbitraire de HBD pour ‘No push collide’: 5/10 (un peu comme un combat sans vainqueur entre Obi-wan et Darth Vader)












