The Lost Skulls: ben shure!
Dans un champ perdu des Cantons de l’Est ou en première partie du trublion Bam Margera, The Lost Skulls garde en vie le cadavre agonisant du rock pour tous en l’abreuvant de ses hymnes à la vie vécue à toute vitesse (et d’une généreuse rasade de Pabst Blue Ribbon). Ben shure!
La conversation avec les frères Guillaume et Jean-Philippe Cornellier, respectivement batteur et guitariste des Lost Skulls, s’amorce sur une curieuse note linguistique. Dites-nous les gars, que signifie ce comique BEN SHURE dont vous ponctuez toutes vos phrases et toutes vos interventions sur les réseaux sociaux. «Les chums de Jessie [Trépanier, chanteur], c’est des sorteux d’expressions absurdes pas possibles», explique devant un pichet de broue le marteleur de tambours Corn, vêtu aujourd’hui d’un chandail baseball de Kiss (la marque des gars qui ont compris quelque chose à la vie). «Ben shure, c’était d’abord juste une déformation de bien sûr. Maintenant, c’est aussi une salutation, c’est de la ponctuation. On en abuse parce que ça fait du bien.»
Mélange d’insouciance (Est-ce qu’on prend une autre bière? Ben shure…) et de volontarisme (Est-ce qu’on s’arrache la face à soir? Ben shure!), l’interjection chouchou des crânes perdus encapsule l’attitude prévalant sur Dirty Nasty R’N’R, premier EP des Sherbrookois paru en janvier dernier, cinq hymnes à la vie vécue la pédale au plancher d’où jaillissent des solos à l’emporte-pièce digne de l’époque où les cheveux se portaient courts en avant, pis longs en arrière. Ni métal, ni punk, et nettement moins bédéesque que Dance Laury Dance (leurs cousins de cuir et de denim), The Lost Skulls (qui compte également sur les services du guitariste Christian Bisson et du bassiste Pier-Étienne Fortier-Audet) irrigue le cadavre d’un genre vagissant, le rock pour tous, celui auquel aucune autre étiquette que «ça torche en criss» ne convient vraiment.
À l’instar de Motörhead, les cinq rockeurs peuvent s’enorgueillir d’être tenus en estime par les vrais mottés (ceux pour qui ce n’est jamais assez dirty nasty), tout en parvenant à prendre dans les filets de leurs riffs pesants quelques représentantes du sexe opposé (celui qui, depuis la mort du hair métal, avait plutôt tourné le dos au gros rock). «On aime ça qu’il y ait des filles à nos shows, parce que, bon, c’est l’fun les filles, mais aussi parce qu’on aime avoir une diversité de gens. Nos parents viennent à tous nos shows, tsé, et ils trippent!», se réjouit Corn. Des spectacles-événements, qui culminent toujours dans une enfilade de vieux succès de Metallica et d’Anthrax. «On ne veut pas que les gens disent: "Ouain, c’était un bon show." On veut que les gens disent: "C’était un fucking bon show! La prochaine fois qu’ils jouent, je vais être là!" Tu as payé ton billet, tu veux un show, on va te le donner.»
Preuve de son attrait presque universel, The Lost Skulls accumule les performances potentiellement casse-gueules devant des foules pas gagnés d’avance. En mars dernier, le quintette mettait dans sa petite poche arrière les adorateurs particulièrement turbulents de Bam Margera, célèbre et génial écervelé bien connu pour sa participation à la série juvénilo-maso Jackass, dont l’éthylique caravane s’arrêtait au Woodstock Bar (le deuxième salon des Skulls). «C’était un show bizarre. Bam jouait du rock avec deux des anciens gars de CKY, mais il jouait aussi avec son iPod les tounes dubstep de son projet FuckFace Unstoppable [comment oublier la mignonne comptine Bend my ass?] Il était shitfaced avant d’embarquer sur le stage.» Un concert édifiant pour grands enfants consentants qui a bien failli tourner à l’émeute et dont l’auteur de ces lignes garde un souvenir ému (et une paire de bottes gommantes).
The Lost Skulls s’enfonçait en juillet dans la campagne des Cantons de l’Est afin de participer à la grande kermesse familiale des détesteurs de chaussures qu’est le ShazamFest de Barnston-Ouest. «C’était un cirque burlesque psycho-freak qui nous précédait sur scène. Un gars qui déchirait des bottins et qui se rentrait des couteaux dans la bouche. La fille avait juste des étoiles sur les mamelons et elle dansait comme ça devant les kids. Je ne pense pas que ça va nous arriver une deuxième fois dans notre vie de jouer après un cirque psycho-freak.» Probablement pas, mais on vous le souhaite quand même les gars. Ben shure!
<a href="http://thelostskulls.bandcamp.com/album/dirty-nasty-rnr" data-mce-href="http://thelostskulls.bandcamp.com/album/dirty-nasty-rnr">Dirty Nasty R'N'R by The Lost Skulls</a>
The Lost Skulls monte sur la scène du Woodstock Bar le 7 septembre à 21h avec Hey Sugar, Mr. Mojo Risin et le Ben Bergeron Band.










