Curiosité #67 : des nouvelles du néoruralisme
Des nouvelles du néoruralisme Je sors de deux jours de formation en permaculture. Le mot est fourre-tout et passé à toutes les sauces. Il est en fait vieux de d’un demi-siècle, contemporain du club de Rome et des premiers qui au moment du choc pétrolier alertaient – déjà ! - sur le caractère insoutenable de notre rythme de croissance. La permaculture s’intéresse en particulier à la manière avec laquelle nous pouvons plus largement et plus globalement aborder notre environnement dans sa complexité, s’en saisir, en jouir, sans le détruire. La permaculture est plus large que la seule agriculture et s’étend jusqu’à la définition de nos modes d’habitat, notre éducation, la gouvernance sociale que l’on se souhaite, l’énergie, l’économie... Figurez-vous que son instigateur Bill Mollison (un scientifique australien) est mort il y a trois ans. En cela, la permaculture est une philosophie ou une constitution réécrite. J’étais durant ces deux jours très impressionné de voir à quel point un groupe d’une dizaine de personnes qui se donnent rendez-vous dans l’arrière-pays béarnais est représentatif des nombreux courants en mouvement dans la société. Il y avait notre encadrant pendant ces deux jours qui a partagé sa vie entre ingénieur puis directeur associatif. Jusqu’à voir Demain (vous vous rappelez le film hein ?) alors qu’un de ses fils rentre d’un tour du monde des agricultures. Tilt ! Il se dit que ne rien faire par rapport à un sujet contemporain si clairement identifié (changement climatique) est irresponsable. Il lâche sa vie francilienne, saute dans un premier éco-lieu, se forme tous azimuts en techniques agricoles, en construction d’habitats légers, en gouvernance d’habitats collectifs… Il passe bien sûr par le Bec Hellouin la ferme bio la plus connue du monde, non ? Il raconte comment quand elle se visitait il y avait chaque jour 400 à 500 visiteurs des quatre coins du monde acheminés en bus – ce qui témoigne de l’appétit collectif sur le sujet. Chemin faisant, il finit par chercher un point de chute dans les environs de Pau avec bâtiment et terrain d’environ 5000 mètres carrés pour essaimer à son tour un modèle permacole, un petit bout de nouvelle société. Ce sera finalement 12 hectares, mais l’idée reste la même ! Merci à lui, il est exactement le sexagénaire que je me souhaite de devenir. Il y avait aussi les reconvertis du boulot classique, soûlés de tapiner dans des activités qui les emmerdent et qui arrivent à rester à flot soit parce que conjoint.e soit par ce qu’Etat providence soit par leur propre combine. Il y a les exilés des grands centres urbains qui veulent une nouvelle vie et développe eux-mêmes un projet maraîcher ((coucou moi) ou un projet d’habitat. Il y a la petite dame d’un bon 70 piges qui rayonne avec son chant, les associations de revitalisation des musiques vernaculaires en voie d’extinction dont elle s’occupe, qui dans sa vie d’avant était une prof de musique et défend les vertus de la pédagogie pour faire société. Merci à elle, elle est la septuagénaire que je me souhaite d’être. Il y a tous ceux qui ont un potager et voudraient le nourrir de techniques permacoles (le recours aux arbres, aux animaux, aux bordures, aux fleurs). Autour du lieu, il y a un village de 500 âmes dont le maire, un agriculteur du cru qui est édile parce que personne d’autre ne souhaite l’être, voit d’un œil méfiant ce nouveau propriétaire. Il n’a pas de mot assez dur sur ces vegans urbains qui sont selon lui la cause directe de la réduction des éleveurs de 60 à 10 dans le village – les derniers partiront bientôt à la retraite. Autant dire que le gus du haut de la colline qui prône un retour à un modèle de société style début des années 50 où il y avait trois millions d’agriculteurs pour 40 millions de Français en tout, ce gus-là ne passe pas exactement inaperçu. Enfin, on voit tout d’un même d’un bon œil qu’il veuille planter mille arbres dans les années à venir. Ça n’empêche : il se murmure dans le village qu’une secte s’est posée là. En même temps, les Wwoofers et autres volontaires en chantiers d’éco-construction (je ne connaissais pas Twiza, allez voir !) se font des petits échauffements collectifs certains matins pour se réchauffer. Ce qui est très inhabituel dans le coin. Puis, on ne comprend pas pourquoi le nouveau propriétaire s’est porté acquéreur de cette vieille bergerie et de son bâtiment attenant en mauvais état, le tout flanqué d’un terrain très pentu, dont les éleveurs et maïsiculteurs des environs disent unanimement que c’est un très mauvais terrain. Quand les nouveaux arrivants ont commencé à installer leurs yourtes et tiny house, le maire a vite brandi le plan local d’urbanisme pour dire que ces habitats légers n’étaient pas prévus. Yourtes et tiny house ont donc été rapatriés dans la bergerie en attendant que le sujet fasse son chemin. Nous, le petit groupe de wanabe permaculteurs, on a fini au bout des deux jours par jeter nos idées de ce qu’on pourrait faire de ces douze hectares. La moisson a été bonne. On s’est tous dit qu’on aimerait bien se revoir vite et continuer à construire collectivement des trucs ensemble.










