Souvenir
Défi d’écriture 30 jours pour écrire, 23 août
Thème : odeur de lessive/danser
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Le linge danse au vent, nimbé de soleil, répandant autour de lui une odeur douce de lessive. Et tout me revient.
Les étés de l’enfance. Ma grand-mère qui sortait avec son seau en plastique plein de linge tout juste sorti de la machine. Il y avait trois fils de fer fixés sur un des cotés de la maison, devant le mur de crépi blanc, coté soleil, mais pas coté jardin – la table pour manger dehors était à l’ombre des arbres et de la maison, pour pouvoir en profiter l’été. Elle sortait chaque vêtement et le secouait énergiquement avant de l’accrocher au fil avec les pinces.
Moi, je l’aidais parfois – je ne sais même plus si je proposais naturellement ou si elle devait me le demander. Il fallait étendre les bras en hauteur et ne pas se rater, si ça tombait par terre dans les herbes sèches, il faudrait enlever ces satanées graines une par une, trop ravies d’avoir trouvé quelque chose auquel s’accrocher. On entendait les cigales s’emballer dans la chaleur. La fraicheur du linge mouillé faisait du bien, apaisait la morsure du soleil.
Puis le seau était vide et on rentrait. C’était l’heure de la sieste, tous les volets fermés pour garder un peu de fraicheur dans la maison. L’heure où les adultes restaient dans leur chambre et où les enfants pouvaient faire ce qu’ils voulaient du moment que c’était sans bruit. Et ma grand-mère qui parlait toujours d’aller s’allonger cinq minutes et qui ne le faisait jamais, en train de laver, ranger, essuyer, préparer… Elle n’a jamais appris à se reposer.
Trente ans plus tard, elle ne sait toujours pas. Elle dit qu’elle fait attention. Qu’elle fait doucement. Et c’est vrai qu’elle va moins vite, elle bouge le balai avec une délicatesse qu’elle n’avait pas dans mon enfance. Mais pas question de le lui enlever des mains.
Et peut-être qu’elle a étendu un tee-shirt le temps que j’en fasse trois, maintenant que je suis grande et que l’étendoir est à ma hauteur. Mais ça ne l’empêche pas de m’expliquer encore comment faire pour ne pas faire de pli. Je me demande si elle aussi s’en souvient, sur les milliers de milliers de lessives qu’elle a pu faire dans sa vie, de celles qu’on a étendues ensemble, pendant tous ces étés. Quand elle laissait le linge danser au vent avec la satisfaction du travail bien fait, sans prendre le temps de le regarder, parce qu’il y avait tout le reste à faire, et que je devais courir pour la rattraper.
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