L’église Saint-Arbogast d’Herrlisheim
Herrlisheim est une paroisse très ancienne. La christianisation du village remonte au VIIIe siècle d'après les écrits de 1776 laissés par l'abbé Philippe-André Grandidier1, bénédictin, historien strasbourgeois, également historiographe du Roi Louis XVI en Alsace, auteur notamment de l'Histoire de l'Église et des Princes- Evêques de Strasbourg.
Rappel historique
En 1277, Herrlisheim possédait déjà une église ; une autre fut reconstruite en 1338, puis en 1483 un nouveau sanctuaire fut édifié, consacré en juillet lors de la fête de saint Arbogast à qui le maître-autel fut dédié. En 1570, Philippe IV de Hanau-Lichtenberg, régnant sur Herrlisheim, avait ordonné à son bailli Florian de Furdenheim, d'interdire la messe et d'imposer la religion protestante à tout le comté.
Chaque seigneur pouvait décider de l'appartenance de ses sujets à telle ou telle confession chrétienne selon le principe consacré par la Paix d'Augsbourg en 1555 « Cujus regio, ejus religio », tel prince, telle religion... Dès 1623, cette église était devenue trop petite. Le culte catholique rétabli en 1687, l'église fut placée sous le patronage de saint Arbogast sans doute sous l'influence du prince-évêque de Strasbourg, collateur de la paroisse. Saint Arbogast, sixième évêque répertorié de Strasbourg dans la seconde moitié du VIe siècle, fut le rénovateur de la vie religieuse ; il oeuvra à la christianisation des habitants notamment dans les zones forestières et montagnardes, et fit construire l'abbaye de Surbourg. Son culte évoluera tant, qu'il sera proclamé patron du diocèse au XVIIe siècle, d'où le lien très profond qui l'unit à ses fidèles. À la fin du XVIIIe siècle, Herrlisheim décida de se doter d'une nouvelle église. Le bâtiment existant fut donc démoli en 1785 et les travaux de construction de la nouvelle église catholique commencèrent en 1786. Elle fut peinte en 1881 et le choeur dallé. Près de cent ans après sa construction, en 1889, Mgr Pierre-Paul Stumpf consacra l'église au cours d'une visite pastorale.
Dommages de guerre
Cette église fut détruite lors des bombardements de janvier 1945 au cours de l'opération Nordwind. Les combats terribles durant la sanglante bataille de Herrlisheim, lors des violents assauts contre les chars d'infanterie américains, se sont soldés par la destruction de la synagogue, des écoles, de la mairie, de plus de 200 bâtiments agricoles en même temps que celle de près de 80 % des bâtiments de la commune. Les bombardements intenses (150 obus) eurent également raison de l'église. Elle brûla le 14 janvier 1945. Les murs et une partie de l'entrée résistèrent mais par la suite, le tout fut rasé pour faire place à l'édifice actuel. Dès la fin des hostilités, les offices religieux se déroulèrent dans la salle du restaurant Au Cheval Noir, "de Ràppe" aménagée et mise à la disposition de la paroisse par son propriétaire. En 1946, Herrlisheim se dota d'une église provisoire qui servit jusqu'en novembre 1970, soit 24 ans...
Restaurer l’ancien ou construire du neuf
Après maintes hésitations, le conseil municipal opta pour la seconde solution, la première se révélant trop coûteuse. L'ensemble des travaux a donc été confié à la coopérative de reconstruction des églises et édifices religieux catholiques du Bas-Rhin. L'ancienne église détruite était classée monument historique. Par arrêté du 5 octobre 1962, il a fallu procéder au déclassement des parties concernées en vue d'une reconstruction moderne. Le monument commémoratif aux victimes de guerre situé à côté de l'église ainsi que la sculpture placée en face ont été réalisés dans les blocs de grès des colonnes de l'ancienne église en ruines. Le projet des architectes Bertrand Monnet et Fernand Guri fut retenu par le comité supérieur des architectes, la commission d'art sacré, le conseil municipal et le conseil de fabrique. Mgr Jules Billing, délégué de l'évêque et président de la coopérative de reconstruction, posa la première pierre en juin 1965 pour un édifice de 600 m² pouvant accueillir 850 personnes au total, soit 680 places dans la nef et 170 places dans la chapelle.
Le maître-autel et la grande croix sont de Philippe Kaeppelin, sculpteur de réputation internationale grand spécialiste du mobilier liturgique, les fonts baptismaux d’Irène Zack, mosaïste, sculpteur sur pierre et marbre d'origine russe. Pierre Chavignac a conçu le tabernacle et l'autel de la chapelle de semaine. Les vitraux sont l'oeuvre de Gérard Lardeur3 maître-verrier et sculpteur sur métal.
Conçus dans des tons harmonieux et délicats, ce qui a été relevé par la Commission d'Art Sacré, ils incluent des volumes et structures métalliques créant des reliefs qui entrent dans les différentes compositions. Ils ont été réalisés pour éviter les transparences dans la partie basse des verrières, empêcher l'éblouissement à toute heure de la journée, et assurer une isolation thermique. Les cinq cloches baptisées "Trinité", "Marie", "Joseph", "Arbogast" et "les Anges" ont été bénies en mai 1966 à la demande de l'évêché, par le curé Albert Heitz d'Uhrwiller, aîné des prêtres originaires de Herrlisheim, en présence du curé Camille Haegeli, de nombreux ecclésiastiques et religieuses ainsi que des autorités civiles locales.
Consécration
Mgr Léon-Arthur Elchinger, évêque de Strasbourg, consacra la nouvelle église le dimanche 15 novembre 1970, lors d’une messe concélébrée par les 13 prêtres originaires de Herrlisheim, tous les vicaires ayant exercé dans la commune, le curé Camille Haegeli, le vicaire Gérard Bauer, en présence du sénateur-maire de Herrlisheim, Michel Kistler.
En août 1971, l'évêque Mgr Jean-Julien Weber célébra la cérémonie d'inauguration du nouvel orgue à console mécanique indépendante de Kurt Schwenkedel. Consacré à saint Arbogast, ce bel édifice que le défunt curé Léon Oberlé appelait affectueusement "la Cathédrale du Ried", représente beaucoup plus qu'un simple lieu de culte. On dit dans nos campagnes que l'on met toujours l'église au milieu du village et que l'on construit autour ; c'est bien vrai tant l'image de notre clocher coïncide avec la place principale, coeur du village, lieu à partir duquel on s'oriente et on se dirige.
L’église n'est pas seulement un lieu de culte qui permet de réunir les habitants autour de la célébration spirituelle de leur foi, mais aussi un lieu de rassemblement, d'animation, de rencontres culturelles, un lieu de réflexion où chacun peut trouver le silence et où chacun peut entrer, quelle que soit sa religion. Témoin de notre histoire, elle accompagne et rythme la vie de notre communauté.
Élisabeth SCHERRER









