Circling the Sun, Clare Woods
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Circling the Sun, Clare Woods
Lettre à la justice
Mesdames et messieurs les juges, madame et monsieur les procureurs, monsieur l’avocat de la défense, madame la société,
Voilà maintenant près de 9 ans que ma vie a basculé, que j’ai commis l’erreur impardonnable de faire confiance à ceux que je croyais être des amis. Je vous écris aujourd’hui après des années de silence et de torture. Je vous écris pour prendre de vos nouvelles.
De mon côté, je vais bien, du moins, je vais mieux. Je claque 60€ tous les mois pour poursuivre ma thérapie. Je pourrai y aller plus souvent mais budget étudiant oblige. Je fais des crises d’angoisse mais je les anticipe et les calme à coup d’anti-anxiolytique. Je pleure moins, ça doit être les anti-dépresseurs. Par contre, mes mains me grattent dès que je rencontre un homme. Je ne sais toujours pas pourquoi. Peut-être que j’ai dû toucher quelque chose d’irritant ? Comme un mauvais souvenir qui me hante tous les jours ? Ou peut-être que c’est juste une réaction allergique à la justice non rendue ? Qui sait ?
Du coup, je ne touche plus les hommes, je les évite comme la peste. Si l’un d’entre eux s’approche de moi, je prends mes jambes à mon cou et je pars en courant. D’ailleurs, en parlant de jambes, est-ce que vous saviez que je peine, moi-même, à les effleurer sans repenser à ce jour d’été ?
Après, vous aviez sans doute raison. Ça doit être de ma faute. J’ai bu quelques bières, ai osé porter une jupe et parlé à mes amis « garçons ». Vous avez raison, c’est moi qui ai provoqué mon destin.
Vous avez, d’ailleurs, bien su me le faire comprendre lors de nos rencontres passées. Vous vous souvenez de la dernière fois ? Quand, vous, monsieur le procureur, avait insinué que ce qui était considéré comme ma réputation, justifiait cet événement ? Bizarre… Quelques instants plus tard, quand mon avocat s’est basé sur mon témoignage, vous avez balayé d’un revers de la main son argumentaire en disant qu’on ne pouvait pas se fier aux dires des gens. Je vous avoue avoir été confuse, et l’être toujours aujourd’hui.
Au fait, je repense à cela, mais monsieur le juge, lors de notre première rencontre, vous lui avez demandé comme il allait. Pourquoi vous ne m’avez pas posé la question ? Aviez-vous peur de la réponse ? Vous sentiez-vous coupable à l’idée de voir ce qu’il se passait dans ma tête quand aucune preuve ne pouvait m’aider à aller de l’avant ?
Et bien, je vais répondre à votre question silencieuse, dès aujourd’hui. Ça va. Enfin, j’ai une vie normale quoi. Je réussis très bien à l’école. D’ailleurs, je viens de finir mes études. Six ans sur les bancs de l’enseignement supérieur, je vous avoue être plutôt fière de moi. Dès que j’ai eu terminé mes études secondaires, j’ai sauté dans le premier train pour Lille. Cela fait maintenant 6 ans que j’ai changé de vie. J’ai aussi pu voyager, je suis partie à Londres mais aussi à Paris pour ne pas avoir à vous croiser tous les jours. Pardon. Je veux dire pour ne pas regretter une opportunité professionnelle comme celles qui m’ont été proposées. J’ai rencontré de nouvelles personnes, de nouveaux amis. Ils sont tous très gentils mais ils ne comprennent pas tous. Mais comme vous le dites si bien, il n’y a rien à comprendre. Ce sont juste des histoires, des fantaisies. Oh, attendez… Comment avait-elle qualifié mon témoignage, votre experte psychologique ? Ah oui, ça me revient ! J’affabulais.
Affabulation. Je n’avais jamais entendu ce mot de ma vie et je vous avoue avoir toujours autant de mal à le comprendre. Le dictionnaire dit : « Arrangement de faits constituant la trame d'une œuvre d’imagination ». Assez claire comme définition mais pourtant, je ne vois pas pourquoi j’aurais imaginé un tel scénario. Quel en était l’intérêt ? Monsieur l’avocat de la défense avait dit que c’était pour me rendre intéressante. C’est vrai que depuis ce soir, je suis sous le feu des projecteurs. Son autre hypothèse était que je regrettais. Alors, ça oui, en plein dans le mille ! Je regrette. Je regrette chaque jour de les avoir laissés entrer dans ma vie, de leur avoir fait confiance, d’avoir été adolescente. Je regrette chaque jour d’avoir ignoré les détails, les signaux, les grands panneaux qui clignotaient et qui me disaient de ne pas mettre un pied à cette soirée. Je regrette de ne pas m’être écoutée.
Du coup, aujourd’hui, je m’écoute trop. On en a parlé il n’y a pas longtemps avec ma psy. J’ai compris que si j’étais si méfiante et exigeante avec la gente masculine, c’était parce que j’avais ignoré tous les petits détails qui auraient dû me mettre la puce à l’oreille. Je ne les avais pas vus ou plutôt, je ne voulais pas les voir.
Soyons honnêtes, il y a bien une raison pour laquelle je porte des lunettes aujourd’hui. Ma vision est loin d’être parfaite. Je devrais peut-être aussi faire contrôler mon audition. J’en ai entendu des rumeurs et des histoires sur ces deux « garçons ». Et pourtant, ce jour-là, j’ai caché mes oreilles pour me convaincre que tout allait bien se passer. J’aurais certainement dû les cacher encore un peu. Comme ça, je n’aurais pas dû entendre ces phrases chocs, ces coups de poignard contre lesquels je ne pouvais rien faire. « - Mais elle réagit pas, t’es sûr qu’on devrait continuer ? - Oui, t’inquiète pas, ça se voit qu’elle aime ça », « Non mais il ne t’est rien arrivé (dit-elle en me rhabillant) » et j’en passe des meilleures. Si je le pouvais, je me serais retiré ce sens qu’est l’ouïe.
J’aurais aussi supprimé la vue, histoire de ne pas revoir ces murs, ce lit, ces visages. Peut-être que j’en aurais aussi profité pour me débarrasser de mon sens du toucher. Comme ça, je n’aurais plus à peiner à respirer dès que quelqu’un me frôle. Le goût aussi. Sans goût, je n’aurais plus cette sensation désagréable dans le fond de ma bouche quand quelqu’un prononce leur nom. Simplement, j’aimerais ne plus avoir de sens. Déjà que cette histoire n’en a pas.
Oh, et j’ai oublié quelque chose d’important, vous, madame la procureur. Vous êtes celle qui m’a fait exploser en larmes lors de notre premier échange. Pour la première fois, quelqu’un était de mon côté. Vous m’avez fait comprendre qu’il n’y avait rien de mal à ce que je sois une adolescente et que j’avais le droit d’être écoutée et entendue. Ce jour-là, je me suis dite que peut-être, seulement, peut-être, j’avais une chance.
Spoiler alert ? Je n’en ai jamais eue. Premier procès, 50/50, on laisse le bénéfice du doute à l’accusé. Deuxième procès, acquitté, faute de preuve. Au total, j’ai attendu 9 ans pour un résultat pareil. 4 ans d’enquête, d’expertises et de devoirs complémentaires, 3 ans d’attente et de reports d’audience, 2 ans supplémentaires parce que je ne pouvais pas concevoir une telle réponse.
Quand j’ai rencontré votre experte « commise d’office », une des premières questions qu’elle m’a posé était « qu’est-ce que tu attends de ce procès ? ». Naïvement, j’ai répondu « j’attends que justice soit faite, qu’ils payent pour ce qu’ils ont fait ». Qui aurait cru que la seule personne qui allait payer pour un crime pareil, c’était moi ?
Et puis, revenons sur cette fameuse expertise. Une heure agréable durant laquelle j’ai dessiné des arbres, joué au jeu des 7 différences, le tout sous l’oeil attentif d’une stagiaire. Si j’avais su que j’allais au centre de loisirs, j’aurais peut-être choisi une autre date. Les deux autres experts que j’ai rencontré, eux, ont tout de suite été plus directs. Ils ont tenté de comprendre ce qu’il s’était passé et les marques que ça a laissé partout sur mon corps et dans ma mémoire. Résultat ? 2 contre 1. Bim, madame l’experte commise d’office ! Un mal pour un bien, enfin, c’est ce que je pensais. J’ai dû me refaire toute l’histoire plusieurs fois, entendre que je souffrais de syndrome post-traumatique et de dépression, qu’il n’y avait pas de doute à avoir sur les faits, que j’étais bien une victime. Et pourtant… Sur les bancs de la justice, ces rapports ont été balayés d’un revers de la main. « En quoi c’est une preuve le fait qu’elle ait des flashbacks régulièrement, qu’elles fassent des cauchemars des années après, qu’elle ne supporte pas le toucher, qu’elle fasse des crises d’angoisse dès qu’un sujet similaire est abordé ? Voyons, ce n’est pas tangible. Cela n’apporte rien à notre affaire. Par contre, lui, il a dit qu’il n’avait rien fait. Voilà la conclusion ».
J’ai l’impression d’être retournée en maternelle. Quand j’étais petite, mon cousin aimait beaucoup m’embêter, je me faisais punir à sa place à chaque fois. Je pense que c’est une situation qui vous est très certainement familière. C’est un jeu d’enfants. Et pourtant, dans un cadre juridique, étatique, législatif, c’est le même jeu qui est joué, les mêmes pions qui sont déplacés et les mêmes personnes qui sortent perdantes.
Alors, voilà, je viens aux nouvelles. Dites-moi comment vous vous sentez aujourd’hui. Comment vont vos femmes, filles, soeurs et mères ? Est-ce qu’elles aussi vous ne les entendez pas quand elles crient à s’en péter les poumons ? Est-ce qu’elles aussi vous les ignorez quand elles vous supplient de tout arrêter ? Est-ce qu’elles aussi vous les considérez comme des menteuses, des affabulatrices, des pauvres filles qui veulent se rendre intéressantes ?
Mais bon, ce n’est pas de votre faute. C’est de la mienne. J’ai placé trop d’espoirs en votre système, qu’est-ce que je peux être bête. Apparemment, c’est pas aujourd’hui que ça va s’apaiser. Il y a beaucoup trop d’autres femmes comme moi, et puis des hommes aussi, qui sont tombés dans le même panneau et qui ont cru, qu’un instant, vous alliez leur dire qu’ils avaient raison, que tout allait bien se passer.
N’oublions pas, comme mon avocat me l’a si justement rappelé, qu’il existe deux vérités, celle de la justice et la vraie.
Bon silence à tous et j’espère ne jamais vous revoir.
Lara
The Choice (2016)
The Comet Book (1587), details, “16th-century treatise on comets, created anonymously (or maybe it was a woman who endured erasure) in Flanders”. Originally named in german Kometenbuch.
The Amour of Armor.
Painting originally in an Iranian story-book.
“Everyday day you fight, like you’re running out of time”
♬♪ JULIE AND THE PHANTOMS APPRECIATION WEEK ♫
DAY 1➝ Favorite Character: Luke Patterson
Trainspotting (1996)