« Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n'être pas fou. » (Pascal , Pensées - Fragment 31, Sellier)

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« Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n'être pas fou. » (Pascal , Pensées - Fragment 31, Sellier)
"J'ai voulu me fixer dans le Temps ; il était inhabitable. Quand je me suis tourné vers l'Éternité, j'ai perdu pied."
"Comme tout iconoclaste, j'ai brisé mes idoles pour sacrifier à leurs débris."
"Pourquoi déposerais-je les armes ? – Je n'ai pas vécu toutes les contradictions, je garde toujours l'espoir d'une impasse nouvelle."
Cioran, Syllogismes de l'amertume, "Religion"
"L'homme sécrète du désastre"
"Sans l'assiduité au ridicule, le genre humain eût-il duré plus d'une génération ?"
Cioran, Syllogismes de l'amertume, "Religion", Vertige de l'histoire
"Paris, point le plus éloigné du Paradis, n'en demeure pas moins le seul endroit où il fasse bon désespérer."
Ibid., "Aux sources du vide"
"Je ne vis que parce qu'il est en mon pouvoir de mourir quand bon me semblera : sans l'idée du suicide, je me serais tué depuis toujours."
"S'il me fallait renoncer à mon dilettantisme, c'est dans le hurlement que je me spécialiserais."
"Toutes nos rancunes viennent de ce que, restés au-dessous de nous-mêmes, nous n'avons pu nous rejoindre. Cela nous ne le pardonnerons jamais aux autres."
"A la dérive dans le Vague, je m'accroche au moindre chagrin comme à une planche de salut."
"Voulez-vous multiplier les déséquilibrés, aggraver les troubles mentaux, construire des maisons d'aliénés dans tous les coins de la ville ?"
"J'ai perdu au contact des hommes toute la fraîcheur de mes névroses."
"C'est une grande injure à l'homme de penser que, pour se détruire, il aurait besoin d'un adjuvant, d'un destin... N'a-t-il pas déjà dépensé le plus clair de soi-même à liquider sa propre légende ? Dans ce refus de durer, dans cette horreur de soi, réside son excuse ou, comme on disait autrefois, sa grandeur."
"Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir ?"
"Tu as rêvé d'incendier l'univers, et tu n'as pas même réussi à communiquer ta flamme aux mots, à en allumer un seul !"
"On ne découvre une saveur aux jours que lorsqu'on se dérobe à l'obligation d'avoir un destin."
"Lorsqu'on n'a pas eu la chance d'avoir des parents alcooliques, il faut s'intoxiquer toute sa vie pour compenser la lourde hérédité de leurs vertus."
"L'idiot seul est équipé pour respirer."
"Ne se suicident que les optimistes, les optimistes qui ne peuvent plus l'être. Les autres, n'ayant aucune raison de vivre, pourquoi en auraient-ils de mourir ?"
"On ne mesure sa propre force que dans l'humiliation. Pour nous consoler des hontes que nous n'avons pas connues, nous devrions nous en infliger à nous-mêmes, cracher dans le miroir, en attendant que le public nous honore de sa salive. Que Dieu nous préserve d'un sort distingué !"
"J'ai tant choyé l'idée de fatalité, je l'ai nourrie au prix de si grands sacrifices, qu'elle a fini par s'incarner : d'abstraction qu'elle était, la voilà qui palpite, se dresse devant moi, et m'écrase de toute la vie que je lui ai donnée."
Cioran, Syllogismes de l'amertume, "Le cirque de la solitude"
"Avec tes veines chargées de nuits, tu n'as pas plus ta place parmi les hommes qu'une épitaphe au milieu d'un cirque."
"Ce propos d'un malade mental pèse plus lourd que l'ensemble des œuvres d'introspection."
"Grâce à la mélancolie – cet alpinisme des paresseux – nous escaladons de notre lit tous les sommets et rêvons au-dessus de tous les précipices."
"Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs."
"Soit passion du remords, soit insensibilité, je n'ai rien entrepris pour sauver le peu d'absolu que renferme ce monde."
"La tristesse : un appétit qu'aucun malheur ne rassasie."
Cioran, Syllogismes de l'amertume, "Temps et anémie"
"Pour punir les autres d'être plus heureux que nous, nous leur inoculons – faute de mieux – nos angoisses. Car nos douleurs, hélas ! ne sont pas contagieuses"
"Nos flottements portent la marque de notre probité ; nos assurances, celle de notre imposture. La malhonnêteté d'un penseur se reconnaît à la somme d'idées précises qu'il avance."
"Dans cet univers provisoire, nos axiomes n'ont qu'une valeur de faits divers."
"Si je puis lutter contre un accès de dépression, au nom de quelle vitalité m'acharner contre une obsession qui m'appartient, qui me précède ? Que je me porte bien, j'emprunte le chemin qui me plaît ; « atteint », ce n'est plus moi qui décide : c'est mon mal. Pour les obsédés point d'option : leur obsession a déjà opté pour eux, avant eux. On se choisit quand on dispose de virtualités indifférentes ; mais la netteté d'un mal devance la diversité des routes ouvertes au choix. Se demander si on est libre ou non, – vétille aux yeux d'un esprit qu'entraînent les calories de ses délires. Pour lui, prôner la liberté, c'est faire montre d'une santé déshonorante."
"Non content des souffrances réelles, l'anxieux s'en impose d'imaginaires ; c'est un être pour qui l'irréalité existe, doit exister ; sans quoi où puiserait-il la ration de tourments qu'exige sa nature ?"
"Qu'il y ait ou non une solution aux problèmes, cela ne trouble qu'une minorité ; que les sentiments n'aient point d'issue, ne débouchent sur rien, se perdent en eux-mêmes, voilà le drame inconscient de tous, l'insoluble affectif dont chacun souffre sans y réfléchir."
Cioran, Syllogismes de l'amertume, "L'escroc du gouffre"
"Nous nous penchons sur ce qu'un écrivain a tu, sur ce qu'il aurait pu dire, sur ses profondeurs muettes. S'il laisse une œuvre, s'il s'explique, il s'est assuré notre oubli."
"Tant de pages, tant de livres qui furent nos sources d'émotion, et que nous relisons pour y étudier la qualité des adverbes ou la propriété des adjectifs !"
"Je rêve d'un monde où l'on mourrait pour une virgule."
"La mention des déboires administratifs (« the law's delay, the insolence of office ») parmi les motifs justifiant le suicide, me parait la chose la plus profonde qu'ait dite Hamlet."
"Modèles de style : le juron, le télégramme et l'épitaphe."
"Les « sources » d'un écrivain, ce sont ses hontes ; celui qui n'en découvre pas en soi, ou s'y dérobe, est voué au plagiat ou à la critique."
"Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie."
Cioran, Syllogismes de l'amertume, "Atrophie du verbe"
"Le scepticisme est l'élégance de l'anxiété."
Cioran, Syllogismes de l'amertume
“La vérité s'avance toujours seule et fragile, le mensonge au contraire a beaucoup d'auxiliaires.”
Jean-Claude Carrière, La controverse de Valladolid
« En fait, je devrais avoir autour de moi un cercle d'êtres profonds et tendres qui me protégeraient un peu de moi-même et sauraient également m'égayer ; car pour un homme qui pense le genre de choses que je dois penser, le danger de se détruire soi-même est toujours imminent. »
Nietzsche, Fragment posthume, Automne 1885.
« Ceux qui peuvent vous faire croire des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. »
Commençons par la citation présumée elle-même, car ce n'est pas une citation directe mais plutôt une courte paraphrase rimée d'un passage réel de la 11ème lettre dans Questions sur les miracles de Voltaire qui dit 'Certainement qui est en droit de vous rendre absurde est en droit de vous rendre injuste' ['Sûrement, le droit de vous faire faire des actes absurdes est aussi le droit de vous faire faire des actes injustes']. Dans cette lettre particulière, Voltaire discute des plaies d'Égypte en tant qu'œuvre de fiction parce qu'elles n'ont pas été corroborées par des sources historiques d'origine égyptienne (Voltaire pointe Manéthô, un chroniqueur égyptien vivant au 3ème siècle avant J.-C., ainsi que Cheirémon d'Alexandrie et Flavius Josèphe), soulignant que même si le duel entre Moïse et les sorciers de Pharaon pouvait être une affaire privée, les conséquences, telles que la peste et surtout la mort de tous les premiers-nés à travers l'Égypte, ne pouvaient pas avoir été omises par les historiens (il réfute également les allégations selon lesquelles les Égyptiens auraient eu honte d'avoir finalement perdu, soulignant qu'il n'y a pas de précédent à un tel événement, et ni les Grecs n'ont caché leurs défaites dans la guerre du Péloponnèse, ni les Romains n'ont essayé d'expurger l'information sur leurs défaites à Cannes ou au lac Trasimène).
Dans les paragraphes suivants, Voltaire déclare ensuite que bien que les miracles de Moïse ne soient pas corroborés par des preuves historiques, il serait malhonnête de dire qu'ils ne se sont jamais produits, car nous ne savons pas non plus et les Chrétiens, tout comme les Juifs, ne peuvent que y croire. Mais il ajoute ensuite que si les gens commencent à croire en des choses qu'ils considèrent absurdes et donc, comme il le dit 'croient ce qu'ils ne croient pas', ils pourraient renoncer à leur conduite raisonnable. Ensuite, il fait l'allégation citée selon laquelle quiconque peut faire croire aux gens des choses qui sont absurdes ou injustes peut facilement les amener à commettre des actions aussi absurdes ou injustes que ses croyances, et les gens le feront volontiers, pour garder leurs actions alignées avec leurs convictions. Cette ligne de raisonnement est assez intéressante d'un point de vue académique, car elle reflète l'idée de dissonance cognitive introduite par Leon Festinger en 1957 et plus précisément, le mécanisme de réduction de cette dissonance en prenant une action uniquement pour préserver la congruence avec les attitudes actuelles, décrit en détail par Elliot Aronson et David Mette à la fin des années 1960.
Dans cette lettre, Voltaire ne mentionne aucune absurdité ou injustice particulière, sauf pour une allusion générale aux 'guerres civiles' et 'tribunaux de l'Inquisition', il note simplement que croire en des choses qui sont absurdes peut facilement amener les gens à commettre des actes également absurdes, jugés de l'extérieur, souvent sans réaliser ce qu'ils font. Ce n'est pas non plus une attaque contre la religion organisée en tant que telle, mais plutôt un avertissement que la religion potentiellement bienveillante peut mener à des actes immoraux par un usage abusif ou une interprétation erronée de ses propres principes. Cela est évident puisqu'il termine la lettre en souhaitant que la religion de son destinataire imaginaire (par exemple, le lecteur) soit bonne et congruente, étant 'morale en théorie et bénéfique en pratique' et ainsi ancrée dans le rationalisme plutôt que dans le dogmatisme.
"Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. Ce n’est pas une raison pour ne pas se consoler, ce soir, dans les bruits finissants de la rue, se consoler, ce soir, avec des mots. Oh, le pauvre perdu qui, devant sa table, se console avec des mots, devant sa table et le téléphone décroché, car il a peur du dehors, et le soir, si le téléphone est décroché, il se sent tout roi et défendu contre les méchants du dehors, si vite méchants, méchants pour rien."
Le Livre de ma mère, Albert Cohen (incipit)
"La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. Mais, pour l’atteindre, il lui faut un outil. Il lui faut un rabot, ou une charrue. Le paysan, dans son labour, arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu’il dégage est universelle. De même l’avion, l’outil des lignes aériennes, mêle l’homme à tous les vieux problèmes."
Incipit de Terre des hommes, Antoine de Saint-Exupéry
Car les grandes villes, Seigneur, sont maudites ; la panique des incendies couve dans leur sein et elles n'ont pas de pardon à attendre et leur temps leur est compté. Là, des hommes insatisfaits peinent à vivre et meurent sans savoir pourquoi ils ont souffert ; et aucun d'eux n'a vu la pauvre grimace qui s'est substituée au fond des nuits sans nom au sourire heureux d'un peuple plein de foi. Ils vont au hasard, avilis par l'effort de servir sans ardeur des choses dénuées de sens, et leurs vêtements s'usent peu à peu, et leurs belles mains vieillissent trop tôt. La foule les bouscule et passe indifférente, bien qu'ils soient hésitants et faibles, seuls les chiens craintifs qui n'ont pas de gîte les suivent un moment en silence. Ils sont livrés à une multitude de bourreaux et le coup de chaque heure leur fait mal ; ils rôdent, solitaires, autour des hopitaux en attendant leur admission avec angoisse. La mort est là. Non celle dont la voix les a miraculeusement touchés dans leurs enfances, mais la petite mort comme on la comprend là ; tandis que leur propre fin pend en eux comme un fruit aigre, vert, et qui ne mûrit pas.
Rainer Maria Rilke, Le Livre de la pauvreté et de la mort
« Je voudrais avoir un moment le contrôle de tous les postes de radio de la planète pour dire aux hommes : « Attention ! Prenez garde ! La liberté est là, sur le bord de la route, mais vous passez devant elle sans tourner la tête. »
La France contre les robots, Georges Bernanos
Delphine de Girardin - La Canne de M. de Balzac
« Élaborer une technique de survie ; comme en temps de guerre ou de catastrophe naturelle : “tenir”. […] Écrire comme si j’écrivais en prison, me poser des questions. 1. Écrirais-je en prison ? 2. Quand ? (Après avoir terminé mon travail de prisonnier et m’être un peu reposé.) 3. Quoi ? (Exclusivement l’essentiel, le produit de l’irrépressible.) »
Comment faire face, accompagner la dépression de nos amis, ou plutôt leur chagrin enfoui, si profondément qu’il a creusé un trou maudit ? Qu
Imre Kertész, Journal de galère