Il y a des gens qui jouent à cache-cache le décharge. C'est là où ils vivent : se jeter à coté de la poubelle. Alors, ils vivent dans la poubelle. Pique-nique les fossés, boites de raviolis défaussées, j'ai vu des sacs déchiquetés par le vent, faire des guirlandes aux cous des fraises des bois.
Un jour, j'ai mis le pied dans un engrenage dissimulé, le tambour d'une machine à laver les ronces. C'était pas très loin du sommet d'une montagne, au départ d'un torrent. Je savais pas moi, je l'ai su en le longeant, mais le pneu lisse ça remonte le torrent, ça fraye à la saison des tracteurs abandonnés pour des michelins d'eau douce. J'ai fait propre sans lessive ce jour-là. Pourtant, je me suis senti sale, encore plus sale quand j'ai aperçu les barques de frigo échouées dans l'eau, boites de plantafin périmée par le vide. Les boites, elles me jugeaient l'anthropocène en fixant le vert de mes yeux.
Le passé répond de ses actes par ses vestiges. Plus bas, le patrimoine du XXème, celui des ravines et des vallées, celui de l'eau; il se lit dans les emballages de mars coincés dans les interstices des rochers-rives, le verre brisé des binouses de l'été bien arrosé qui s'entassent derrière les camping-cars en rade - loin de Toulon -, les bâches débauchées, les bidons le bidon éventré, les bouteilles polymères de Volvic à la mer, le charnier de bouts d'hommes plastiques, l'enterrement lent du confort des dieux dans de la peau de Terre, le sédiment de honte qui viendra enrager les géologues de l'avenir - si l'avenir ne jette pas l'humain au recyclage.
Il y a des gens qui jouent à cache-cache la décharge, parce qu'ils ne savent faire que ça de leur humanité : se décharger.














