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T R A N S E S
C O M I N G S O O N
Jod
APRÈS LA PLUIE // PARTIE III
Ces pensées pernicieuses restaient à l’arrière-plan, il faut dire que ses yeux ne s’étaient pas fermés depuis plusieurs minutes maintenant et que la quasi-totalité de son esprit était absorbé par les nuances célestes. Il fallait prendre une décision, mais son corps ne semblait pas disposé à obtempérer : un magnétisme insensé le clouait là, devant cette fenêtre. Il commença par lentement détourner le regard, puis la mâchoire, puis tout son visage, distordu par l’effort. L’instant d’après, il faisait face à la chambre; il avait le sentiment de s’être extrait de la gravité. Il traversa la pièce en trois enjambées, passa à travers la porte, descendit les marches quatre à quatre, franchit le hall de l’immeuble et se trouva - sans bien comprendre ce qu’il venait de se passer, à l’extérieur. La rue sentait le pain chaud, les gens déambulaient les yeux vissés au ciel, se rentraient parfois dedans et s’excusaient poliment, se souhaitant la bonne journée. Une femme qui passait sur le trottoir d’en face lui sourit, il lui sourit en retour. Il comprit qu’il devait avoir l’air d’un ermite qui, après avoir passé une vie solitaire dans des montagnes retirées, découvrait la cité; et il avait le cœur à en rire. Il descendit la rue, sans se souvenir où elle menait, prit à droite, puis à gauche, puis à droite encore jusqu’à ce qu’il ne sache plus du tout où il était. La ville lui était étrangère; même les mots que les gens échangeaient lui étaient inconnus. Il s’assit sur un banc et observa cette vie fascinante, les arbres qui respirent, l’eau qui court dans les caniveaux, les ombres par les fenêtres ouvertes.
see u (soon) dpplr *
Jod
APRÈS LA PLUIE // PARTIE II
Il s'assit par terre, espérant repérer une relique invoquant quelque souvenir, mais rien ne semblait avoir survécu à la pluie. Il faut dire que ça avait duré longtemps, trop pour que l'on puisse dire si elle avait réellement commencé à tomber un jour. À ces pensées, le découragement fourmillait dans ses pieds, gagnant rapidement du terrain mais il ne pouvait s'y résoudre; il se leva lentement, déroulant ses vertèbres comme une chaîne de vélo et s'avança vers la fenêtre. Il attrapa un coin du rideau et le tira d'un coup sec : la lumière inonda la chambre, faisant valser la poussière. Avec la même véhémence, il envoya les deux battants claquer contre le mur, et fut lui même surpris de ce fracas. Ses paupières plissées ne lui laissaient entrevoir que des formes abstraites, l'ébauche d'un décor pourtant familier, et il se força à écarquiller les yeux de sorte à ne plus embrasser qu'un blanc laiteux. Le contour des immeubles se tissait peu à peu d'une dentelle éblouissante, jusqu'à laisser paraître les cheminées de brique et les antennes sur les toits. Le froid pénétrait son corps et la chambre, chassant la moiteur et l'odeur de renfermé qui occupaient les lieux. Il se dit que c’était ce que doivent ressentir les habitants des déserts, lorsqu’une pluie inespérée se met soudain à tomber, ce mélange d’euphorie et de crainte. Car lorsque l’on attend plus une chose, la trouver devant soi fait l’effet d’un fantôme. Doucement, il reconnaissait les fenêtres, les façades, les arbres, les trottoirs, les rues. En contrebas, des gens s’affairaient, semblables à de petites graines sur lesquelles on souffle. La couleur du ciel lui parut incroyable, d’un bleu électrique. Il n’y avait plus un seul nuage, pourtant des gouttes perlaient sur son visage; sans doute des rémanences d’humidité, se dit-il. Il fut partagé entre une furieuse envie de sortir au dehors, d’aller toucher cette beauté du doigt et la peur qu’une fois le dos tourné tout cela disparaisse, prisonnier de la fenêtre. Après tout, il était peut-être devenu définitivement fou, peut-être était-il en train de projeter ses rêves sur grand écran. Si c’était le cas, il ne supporterait pas le retour à la réalité cette fois, pas après tous ces efforts, toutes ces sensations. Il demeurerait ce fou qui ne veut pas enfiler sa camisole.
Jod
CHAQUE SEMAINE, UN EXTRAIT D’ “APRÈS LA PLUIE”.
CADEAU <3
L'aube perçait les rideaux comme une évidence; cela faisait pourtant longtemps que ses rayons ne passaient plus les carreaux sales. Et puis cela faisait simplement longtemps que l'astre du jour ne s'était pas pointé ici; des nuages d'encre se balançaient constamment au dessus des crânes, suspendus au zénith par des crins de chevaux. L'appartement baignait dans cette chaude clarté qui lui donnait des airs intimes de nid d'oiseau. La cafetière faisait son office, sonnant les matines goutte après goutte; il avait décidé de la brancher à côté de son matelas pour ne plus jamais avoir à quitter le lit sans y être préparé. Malgré les années passées depuis sa première cigarette, il ressentait le même frisson, le même désir aussi de l'allumer discrètement, de la fumer sans bruit. Les volutes se muaient en personnages de coton, se livrant une guerre épique qu'il dispersait d'un souffle. Le café commençait à dissiper le brouillard, déjà la réalité le rattrapait en éclairs d'idées claires, des retards, des négligences; c'était ça tous les matins. Pourtant le retour du soleil lui fit penser qu'il en serait autrement aujourd’hui, qu'il était temps de reprendre la main. Commencer par mettre de l'ordre dans la pièce, se mettre en quête de n'importe quoi qui pourrait attiser cette envie. Comme un gamin dans un bac à sable, il creusait le plancher à la recherche de son trésor, classant en tours fragiles les morceaux de papier; des listes de choses à faire, ou quelques lignes de prose. Les livres retrouvaient leur place sur les étagères. On commençait à distinguer le parquet, qui se vengea d’une longue écharde, d’un trait dans son poignet. Il soupira un instant et jugea bon de désinfecter sa plaie. Sa salle de bain avait toujours était bien tenue; il se complaisait dans le désordre, pas dans la saleté. Impossible cependant de retrouver ce produit aseptique; de l'eau fraiche suffirait. De retour dans la chambre, il fut surpris de l'équilibre qu'il était parvenu à instaurer; cela le ramena soudain au temps où une femme avait vécu ici, avec lui.
Kuna Maze
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Nigaud
« Tant qu'on n'aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l'utilisent et tant que l'on n'aura pas dit que jusqu'ici cela a toujours été pour dominer l'autre, il y a peu de chance qu'il y ait quoi que ce soit qui change. »
— Henri Laborit, Mon oncle d'Amérique
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“26 août - Trou noir”
"27 août - Soupe de goudron en entrée. D63-D8; et des tas de mots qui manquent à l'appel, des tas. Les plateaux défilent. Et je repense à l'été. Trous noirs, au pluriel. Je me revois raide et gauche, à essayer de paraitre comme un étang du Berry alors qu'à l'intérieur, c'est plus Gibraltar qu'autre chose. Et j'entends des voix dans la pluie, la pluie, la pluie, et des voix. Comme une furieuse envie de rire et de danser. C'était beau."
Sapowa
Dpplr