Portrait de Virginie artisan-relieur, 2018
Virginie est une relieure qui vit et travaille près de Paris. Elle crée des livres, des leporellos, réalise des coffrets, coopère à des livres d’artiste, conçoit de la papeterie et bien plus encore. Pour ce faire, Virginie a un remarquable panel de compétences techniques et artistiques à sa disposition qui incluent la dorure, le papier marbré, le papier poncé, l’entoilage et certaines méthodes de gravures.
1. Ta vie en quelques mots ?
Je suis née en Alsace, à la campagne, entre montagnes et vignoble, avec les Alpes et l'Allemagne à l'horizon. J'ai commencé par des études scientifiques pour me plonger ensuite dans la littérature et dans l'apprentissage des langues. J'ai eu l'opportunité de pas mal voyager ce qui m'a permis de découvrir qui j'étais et ce que je voulais faire de ma vie.
J'ai découvert, un peu par hasard la reliure au cours de mes pérégrinations, mais elle a su s'imposée à moi comme une évidence dès les premiers instants. Je suis arrivée il y deux ans et demi à Paris où j'ai eu l'opportunité de me former au métier, de faire de belles expériences en institution et de recevoir mes premières commandes.
2. À quoi ressemble ton espace de travail, quels outils utilises-tu ?
Depuis un an et demi, j'ai la chance de partager mon appartement avec une fille très créative. J'ai aménagé ma chambre pour qu'elle devienne d'abord un agréable atelier. Il y a de grandes fenêtres qui baignent l'espace d'une belle lumière. Les murs sont blancs pour la refléter mais il y a beaucoup de couleurs partout avec les outils, les matériaux et les dizaines de livres. Comme c'est tout petit, j'essaie d'être organisée et de maintenir les tables de travail le plus rangé possible afin d'être efficace dans mes gestes et dans ma pensée.
Sur l'établi et dans les tiroirs on trouve toutes sortes de crayons, gommes, pots de colle et de peinture, bouteilles d'encre de chine, pinceaux petits et gros, marteaux, scies, scalpels de toutes les tailles, couteaux variés et lames affutées.
3. Qu’aimes-tu le plus dans ton métier ?
Ce que j'aime le plus c'est qu'il est varié. Chaque livre, chaque projet est unique. On repart de zéro à chaque fois ou presque.
Ensuite le processus lui-même de production est très long. Avec une quarantaine d'étapes qui peuvent tour à tour demander de la délicatesse, une extrême précision, de la force, de la créativité, on n’a pas le temps de se reposer sur ses lauriers, il faut être efficace et concentré.
4. Qu’est-ce qu’une journée quotidienne pour toi ?
Je débute encore dans le métier et dans le travail indépendant. Aucune journée ne se ressemble. Je me laisse en partie portée par la nécessité ou l'inspiration du moment, mais le fait de travailler de chez-soi à un gros impact. Il est souvent tentant de passer du temps à des tâches domestiques ou à des projets personnels, autant qu'il est difficile, parfois, de s'arrêter de travailler le soir ou les week-ends.
5. Où trouves-tu ton inspiration ?Â
J'adore l'art en général, les artistes en particulier. Je m'inspire de la littérature, du théâtre, de la photographie, de la musique, de la sculpture, de la gravure. Tout m'intrigue, je suis quelqu'un de passionné et curieux.Â
Il est parfois bon de passer par des périodes d'aridité mais le reste du temps je me nourris du beau, sous toutes ses formes, même les plus quotidiennes. Les rencontres avec des personnes atypiques, entières ou engagées dans un grand projet relancent ma propre imagination et motivation.
Les voyages aussi sont très importants pour moi. J'aime découvrir de nouvelles parcelles de paysage, appréhender des cultures et langues ignorées. Tout cela se transforme en couleurs à l'intérieur de moi et les émotions s'imprègnent de nouveaux mots.
6. Des personnes créatives que tu admires ?
Louise Bescond, une jeune relieure installée en Belgique, qui créer de véritables bijoux ; Celesté Havenga, une amie sud-africaine que j'ai rencontrée en Italie : poétesse, photographe, architecte et designer ; Erwan Gabory, un écrivain-voyageur avec qui je collabore pour un projet éditorial ; Manon Hamard, ma colocataire, peintre en bâtiment, créatrice de décors pour le théâtre, relieure, technicienne en conservation du patrimoine et gabière sur l'Hermione ; mon grand-père, bricoleur hors-pair, roi du système D.
7. Quels sont les plus grands défis à relever dans ton travail ?
Selon moi dans le travail indépendant, c’est de maintenir sa motivation à flot, malgré les déboires, malgré la lenteur des retours sur investissements, malgré les erreurs et au beau milieu de ses pensées perdues.
Le plus grand défi de mon métier aujourd'hui c'est d'arriver à se renouveler suffisamment brillamment pour se consolider un avenir dans l'air du numérique et du jetable. Les ateliers d'antan sont voués à disparition mais je reste persuadée que de nouvelles collaborations sont possible et que l'art est un besoin humain aussi fondamental que celui de respirer. Je crois également que l'homme aimera toujours le papier et tenir un livre dans ses mains, qu'il trouvera toujours un plaisir sourd à gratter des mots avec un stylo ou tracer de belles lignes au crayon sur un support qui gardera une trace même périssable de l'instant présent.
8. La commande de tes rêves ?
Je ne crois pas rêver à une commande en particulier. J'aime les défis et j'aime faire rêver les gens, les rendre heureux par mon travail. Je retrouve déjà ces aspects dans presque toutes mes commandes. Je me sens donc comblée.
9. Quels sont tes espoirs et tes rêves pour le futur de ton entreprise ?Â
Un de mes projets est de réaliser des livres dans leur intégralité : ne sauter aucune étape depuis l'écriture jusqu'à la finalisation de l'objet, en passant par les choix typographiques et du papier.
Un de mes rêves est celui de pouvoir voyager tout en rencontrant mes pairs, apprendre de leur savoir et de leur expérience, tout en faisant la promotion de leur travail par le biais d'un livre, d'un documentaire, de photographies ou d'interviews.