Hilma af Klint (1862-1944) au Grand Palais. Avant même de pénétrer dans les salles, quelque chose m'a gêné dans le texte introductif, comme si on cherchait à forcer le sens du geste artistique de la Suédoise : "Pionnière de l'abstraction", "artistes femmes et leur contribution aux mouvements fondateurs". Hilma af Klint n'oeuvre pas dans le champ de l'abstraction. Elle ne s'abstrait pas, au contraire, elle est porteuse d'un message, celui de la théosophie. Ses dates (1862- 1944) coïncident avec la montée des périls et leur mise en oeuvre. J'ai suspecté des arrière-plans historiques douteux et silenciés dans l'exposition. En rentrant chez moi, j'ai appris que la théosophie et l'anthroposophie, auxquels l'artiste a donné beaucoup de ses forces, ont partie liée avec le pire de l'Histoire. Dès 1910, la théosophie place la race nordique et aryenne au sommet de sa typologie humaine ! L'artiste n'a jamais remis en cause sa dévotion à ces mouvements, qui ont contribué à l'enfantement ésotérique des monstres. Rien ne signale ce contexte dans l'exposition, comme si l'artiste avait vécu sur un nuage coloré, hors de l'histoire, loin de ses crimes. Je n'ai pu m'empêcher d'être frappé par ces paroles de Rudolph Steiner, prononcées lors d'une conférence aux ouvriers de son Goetheanum, bâti au sud de Bâle. En 1923, il évoque la "transplantation des Noirs en Europe" comme "un fait susceptible d'affecter négativement les femmes enceintes par influence visuelle." J'ai repensé aux deux gardiens noirs de l'exposition, au public, principalement composé de femmes blanches.












