Les chrétiens et l’étude
Dans sa vidéo aux Bernardins, Rafic Nahra pose la question de la valeur de l’étude pour le chrétien. Il encourage dans cette voie en faisant taire les objections fidéistes qui voudraient reléguer le labour de la Parole de Dieu au rang d’un intellectualisme desséchant et inutile pour la vie de Charité. Je voudrais apporter de l’eau à ce moulin en proposant au lecteur de s’arrêter un instant sur un détail d’un texte galvaudé qui fait souvent l’objet de commentaires touchant au cliché. Il s’agit de l’épisode de Jésus au Temple à 12 ans (Luc 2,41-52).
Nombre de prédicateurs, certes éclairés par une certaine connaissance du judaïsme, ne manquent pas de mentionner que Jésus vient ici faire sa “barmitsva”, 12 ans étant l’âge de la majorité religieuse.
“Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. “ (v. 46)
Comme en témoigne certaines peintures, les chrétiens croient déceler dans ce verset une précocité surnaturelle du jeune Jésus qui serait un dévoilement de sa divinité. C’est une interprétation possible. Pour autant, la nature divine du Christ peut-elle se passer d’une médiation et d’un apprentissage humains ? A en croire une lecture rapide, Jésus serait déjà en train de distancer intellectuellement les sages de son temps voire même de leur faire la leçon et de les enseigner. Pour autant, il est écrit qu’il les écoutait et le fait qu’il les interroge signifie probablement qu’il pose des questions pour comprendre, de la même façon que l’étude de la halakha (mise en pratique de la Torah) nécessite de poser des questions, et de bonnes questions, pour avancer et saisir le sujet.
“Tous ceux qui l'entendaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses.” (v. 47)
Et voilà la foi du charbonnier quelque peu battue en brèche. Le fils de Dieu nous donne ici un exemple d’intelligence, mais non d’intellectualisme. Il faudrait certainement s’appesantir sur le mot grec συνέσει ( http://biblehub.com/greek/sunesei_4907.htm ) et nous aurions ici le début d’une véritable étude.
Qu’il me soit permis de noter que pour Jésus “être dans la maison de mon Père” signifie étudier la Torah, écouter, interroger et répondre, cette interaction entre personnes pour comprendre la Parole de Dieu et la mettre en pratique est la réalisation du contact avec la présence du Père.















