9-07-2001 // The Director’s cut
Putain, une majorité!
Est-ce qu’un T-shirt peut influencer l’achat d’un skeud? Quand on n’est pas encore assez vieux pour avoir développé une résilience à l’incitation marketing de tout poil, la réponse est malheureusement oui. C’est ce qui m’est arrivé avec Fantômas, et par la suite l’ensemble de l’œuvre du génial Mike Patton, alors que j’entrais de plain-pied dans ma vingtaine. Étant donné que Fantômas est haut la main le bébé le plus taré du maestro de Faith no more, c’est peut-être pas plus mal de faire connaissance d’abord par l’intermédiaire d’un T-shirt…
Rappel des faits: quelque part au fil de l’année 2006, un mec de ma classe avait le look grave. Un peu redondant à force de porter la même chose toute l’année, mais pas peu efficace : pantacourt (ça se fait encore aujourd’hui cette merde??), montures de lunettes vernies en noir (comme l’ongle de son petit doigt droit), casquette usée jusqu’à la corne, piercing tribal et T-shirt coolos généralement à l’effigie d’un groupe rock ou métal… en bon métalleux, le succès potentiel avec la gente féminine s’arrêtait à la dégaine, car il avait une vilaine tête de farfadet. Un beau jour où je devais porter au mieux une chemise à carreaux “bucheron” de Celio et un jean pourri de chez H&M, le type se ramène avec un T-shirt (noir, comme d’hab’) porté jusqu’aux genoux plein d’illustrations qui claquent dans les tons roses flashy. Un gros ninja et un tas de petits persos cartoon marrants… « Trop cool la marque de sape », que je me suis dit à l’époque. La requête Google n’a pas délivré ce que j’attendais. C’était le visuel de la dernière tournée en date de Fantômas, pour l’album Suspended animation. Bon bah, écoutons ce que c’est que ce binz sur Deezer (la version gratuite, hein, j’ai pas mis un rond dans cette cochonnerie). ‘04/02/05 – Saturday’ m’explose à la gueule. Inaudible, c’est ma première impression.
Mais je m’obstine. Changement de disque. Dans la bibliothèque, la pochette du premier album donne pas trop envie. Ce n’est pas le cas du deuxième opus, ‘The Director’s cut’, dont l’œil grand ouvert sur la pochette m’intrigue. J’ai toujours eu un faible pour les films d’horreur...
Dans le septième art, le “director’s cut” c’est censé être la version longue d’un film, avec des scènes coupées au montage pour une raison x ou y mais qui valent quand même le visionnage. “Si ça se trouve c’est un genre de best-of de Fantômas ?», pensé-je. Et me gouré-je.
‘The Godfather’ m’attaque à la jugulaire avec ses 2:46 de pure folie. Cette fois, même si ça râpe les tympans sévère, ça accroche ma curiosité. J’enchaîne directement les 38’ de l’album, entre les percus lourdes comme des coups d’enclume et les vocalises improbables d’un Mike Patton qui passe plus de temps à déformer sa voix qu’autre chose. Et puis vient la récompense inattendue à la piste 15: ’Twin Peaks: fire walk with me’. Mais siiiii tu sais, quand un titre te scotche dès la première écoute! Tellement rare et tellement bon. Vers 2 minutes, le titre déjà intrigant avec son riff bien pesant, bascule dans un registre encore plus glauque et jouissif. Après avoir culminé dans les aigus, la voix de Patton se fait grave et nous accompagne dans une espèce de lente descente aux enfers. Une dernière accélération sur ‘Charade’ et rideau.
Le track qui m’a le plus fait regretter de pas avoir vu Fantômas en live... please tell me it’s not too late Mikey?!
'Twin Peaks [...]’ illustre pourquoi ‘The Director’s cut’ est à mon avis un petit chef d’œuvre. Alors certes, on pourrait reprocher à Patton et son super-groupe de ne pas trop s’être foulés, à reprendre des bandes sons de films, qui plus est thématiques. Mais pouvoir “switcher” allègrement entre bourrinage instrumental et phases plus mélodieuses (‘Experiment in terror’) n’est pas donné à n’importe quel groupe de métal. Bien sûr, ça tient beaucoup aux talents de vocaliste du leader de Fantômas.
Rien que pour réentendre ‘Twin Peaks [...]’, je me suis refait un shootune boucle de la “version longue” du réalisateur Patton. Et j’ai pas été déçu. Des sensations fortes, des frissons (’Spider baby’ qui ressemble vraiment à la bande son d’une grosse tarentule qui te remonte sur la jambe) et même du suspense sur ‘Henry: Portrait of a serial killer’... Avoir autant d’émotions réunies en même pas 40 minutes, chapeau l’artiste!
Aujourd’hui, je n’ai toujours pas vu – oui, même ‘Le parrain’! un seul des 15 films de ‘The Director’s cut’, mais je suis devenu un fan inconditionnel de cette galette. Elle ressort régulièrement de ma collection de CDs poussiéreux pour un nouveau tour de piste. Les frissons ne sont plus là, mais le fun reste intact. Mon jeu préféré étant d’essayer d’imiter les vocalises de Patton. Heureusement que j’écoute à pleine balle pour pas entendre le massacre...
Par contre, à chaque réécoute j’ai un petit pincement au cœur: parce que j’ai découvert trop tard Fantômas, jamais pu voir le grand Mikey jouer aux côtés du flippant Buzz Osborne (qu’on appellerait le coton tige de Satan dans certaines soirées un peu fermées). J’ai dû me contenter d’un bout de live dans émission tardive de Tracks, et l’ambiance avait l’air... apocalyptique. Et ce n’est pas le show assez conventionnel de Faith no more au Rock en seine en 2009 qui aura épanché ma frustration.
Une (maigre) consolation possible si vous êtes dans mon cas, voir TOUS les films où le père Patton est aux manettes de la bande son. Et y en a une palanquée! Si je ne devais n’en recommander qu’un, ce serait le court-métrage ‘A perfect place’, (et pas ‘A place beyond pines’) me semble-t-il un peu beaucoup méconnu en France - fais toi plaiz’, il est téléchargeable sur Napster achetable sur Amazon Prime. Entre le look noir & blanc stylé et l’ineptie du scénario - 3 loosers font une partie de poker; on dirait un film taillé sur mesure pour l’univers musical déjanté de Mike Patton.
Sinon, on peut aussi s’amuser à écouter le thème principal d’Hypertension 2 décliné en « j’ai pas compté combien » de versions. Mais soyez prévenus, ce film est un putain de gros nanar.
La note complètement arbitraire de HBD pour ‘The Director’s cut’: 9.5/10 (0.5 en moins pour ‘Henry: portrait of a serial killer’ qui devrait durer 10 minutes minimum au lieu de 3 minutes tellement c’est bon)















