Louis, Maria, Bernard, Suzanne... à Paris !
Quand je ne suis pas au collège, je corrige les copies des élèves : « Le surnom de Louis XIV était Loulou », quand je ne corrige pas, j’écris.
Et quand je n’écris pas, je profite de Paris.
La pianiste Maria Jao Pires a donné un concert à la philharmonie de Paris jeudi dernier.
Un jour, à Amsterdam, Maria Jao Pires a appris un autre concerto que celui qu’elle devait jouer. Elle s’en est rendu compte sur scène, alors que tous les instruments avaient commencé à jouer.
Elle panique, prévient le chef d’orchestre qui l’encourage à jouer quand même. “I’m sure you’ll do that ! You’ll do well”
Elle attaque la partition, et, de mémoire, la joue sans accroche.
Mais regardez plutôt :
J’étais impatiente de voir ce génie !
Je n’ai pas été déçue...
Coupe garçonne, longue robe de magicienne, dauphin tatoué sur le poignet, Maria Jao Pires lance un sort à toute la salle.
Elle se penche sur son clavier, le regarde de haut, rit, s’amuse, parle aux notes, les amadoue, leur sourit, les cajole. Elle avance sa banquette comme pour bien les observer qui dansent sous ses doigts. Quand elle marque une pause, elle pose la tête sur son piano, dans ses mains, en prière. Parfois elle passe l’index sous son oeil pour essuyer une larme invisible.
J’y connais pas grand chose en musique classique, mais en écoutant Beethoven et Schubert, j’oubliais les toux des spectateurs, le monsieur qui ronflait à coté de moi, je regardais Maria dans le demi-cercle de lumière au centre de la salle, j’oubliais même la chance que j’avais d’être là.
Jusqu’à ce que le concert s’arrête, que Maria Jao Pires nous salue très bas sous les hourras, longtemps, revienne, joue à nouveau et qu’il faille sortir de la salle.
J’ai encore les notes dans la tête sur le vélib pour rentrer chez moi, rue de Panama.
En parlant de Vélib’, ce week-end j’ai voulu acheter des gants pour pouvoir continuer à rouler dans la bouillie de feuilles mortes congelées.
Avec ce froid d’Alaska, c’est ça ou perdre mes doigts.
Samedi, tout le monde avait eu cette idée ! Au moins cinquante personnes trépignaient dans la queue aux caisses, les paniers remplis de grosses mailles. Devant moi, deux clientes en baskets compensées et sourcils dessinés au crayon dévisageaient les vendeurs haletants :
“-J’ai postulé pour bosser ici, ils m’ont même pas prise.
-Quand tu vois la gueule des gens qui sont embauchés, ça pique…. “
J’abandonne les gants dans un bac à chaussette, file au musée. Ce sera plus gai.
J’opte pour le musée Montmartre, perché en haut de la butte, rue Cortot, juste à coté de la statue du Passe Muraille.
Renoir y eut son atelier, et Suzanne Valandon, et Utrillo…
En ce moment ils exposent Bernard Buffet, je connais pas.
Je flashe sur le noir et blanc, les façades ciselées de Paris, les natures mortes vraiment mortes, comme des brouillons, pleines de lignes droites, de grilles au crayon à papier. Ce que je préfère, ce sont les illustrations pour Les voyages fantastiques aux états et empires de la lune et du soleil, de Cyrano de Bergerac, et cette vue de Paris :
Au deuxième étage, j’entre sur la pointe des pieds dans l’atelier de Suzanne Valadon.
De grandes vitres donnent sur les arbres hauts de Montmartre, des arbres oranges dans le coucher du soleil. Les murs gris sont poussiéreux, des piles de tableaux inachevés, un courant d’air glacé me transporte un siècle en arrière, en 1912. On dirait que le fantôme de Suzanne vient de sortir, de tout laisser en plan, de sauter par la fenêtre.
Un couple entre, bavardant fort :
-J’aimerais bien avoir un atelier ici… T’imagines ? Je serais tranquille
-Ben ouais
-Il devait geler.
-Ben ouais.
-Ça sent un peu le rance...
-Ça sent le vieux.
Je sors en claquant la porte, direction la chambre d’Utrillo le fils de Suzanne. Des grillages barrent les fenêtres… pour qu’il ne jette pas des objets sur les passants lors de ses crises de colère.
Je suis sortie repue de couleurs et d’idées. J’ai descendu les escaliers de Montmartre, croisé un oiseau sur la pierre grise.
Et je suis rentrée écrire ce billet, collée au radiateur qui souffle une odeur de poussière chaude.
Paris, Paris ! Je l’aime à l’infi(lharmo)ni !
















