J’avais pas envie de rentrer chez moi, alors j’ai traîné dans les rues à la recherche d’un endroit où boire un coup. Je suis tombée sur un bistrot qui avait l’air fermé, mais la porte était entrouverte. Je suis entrée sans faire de bruit. Personne en vue, juste des tables et des chaises renversées, des verres cassés, des bouteilles vides. Le comptoir était couvert de poussière, le miroir tout fendu, le juke-box sans voix. On aurait dit que ça faisait des lustres que personne n’avait mis les pieds ici. Frissons dans l’dos, comme si j’étais entrée dans un tombeau. Je me suis approchée du bar, j’ai fouillé dans les tiroirs, j’ai trouvé une bouteille de whisky à moitié pleine. Je me suis servi un verre, je l’ai bu d’un trait. Ça m’a brûlé le gosier, mais ça m’a réchauffé le cœur. Je me suis assise sur un tabouret, j’ai regardé autour de moi. Il y avait des photos accrochées aux murs. Des gueules souriantes, levant leur verre. Souvenirs d’une époque où l’endroit était bouillant de vie. Je me suis demandé ce qui s’était passé, pourquoi ils avaient mis la clef sous la porte, où étaient passés les clients, le patron, la serveuse. Peut-être qu’ils étaient partis ad patres, peut-être qu’ils avaient foutu l’camp ailleurs, peut-être qu’ils avaient tout oublié. J’ai englouti un autre verre, puis un autre, puis un autre. Je me suis mise à parler toute seule, à vider mon sac. J’ai pleuré, j’ai ri, j’ai gueulé. J’ai commencé à délirer, à voir des spectres, à entendre des voix. J’ai balancé les chaises, fracassé les bouteilles contre le mur. J’ai saigné, vomi, suffoqué. Je me suis effondrée à terre. Je me suis assoupie, sans savoir combien de temps. Quand je me suis réveillée, la lueur du jour s’infiltrait. Le bistrot était toujours là. Vide de tout. Vide de moi.







