La banque centrale russe face à la fuite des capitaux
Depuis la chute de l’URSS, le système bancaire russe semble avoir suivi l’évolution d’une économie de marché sans tabou, pour ne pas dire sans limites. L’explosion libératrice de 1991 avait ainsi précédé l’ouverture de 2500 banques en quatre ans, avant un retour à l’équilibre et une stabilisation à 1200 structures au début du siècle. Depuis trois ans et l’arrivée d’Elvira Nabioullina à la tête de la banque centrale russe, cette évolution sauvage se trouve désormais sous contrôle : durcissement des régulations, application systématique de sanctions, mises en faillites.
En trois ans, 279 banques se sont vues retirer leur licence. Cette semaine, trois autres sont en passe de subir le même sort avec la mise en faillite et le placement sous tutelle de la Rosintenbank, la Finprombank et la RKB. La première par défaut de fonds propres, les suivantes pour participation au blanchiment d’argent. Ces trois banques sont en outre accusées d’obstruction pour ne pas avoir fourni les pièces comptables et informatiques exigées par la Banque Centrale au cours de l’enquête. Sans doute l’héritage d’un passé de corruption encore difficile à oublier pour l’administration actuelle. Un passé fait de connivences et d’impunités organisées qui a permis aux dirigeants de banques en faillite de quitter le territoire avec l’argent public débloqué pour le sauvetage des banques elles-mêmes.
Illustration parmi d’autres, en 2011, la Bank of Moscow faisait faillite après avoir accordé pour 366 milliards de roubles (5 milliards d’euros) d’emprunts abusifs au bénéfice d’Andrei Borodin, son directeur, et de son entourage. Après avoir fui le pays avec 6,7 milliards de roubles, Borodin trouvait l’asile politique au Royaume-Uni. C’est d’ailleurs à Londres qu’il se serait lié d’amitié avec George Bedjamov, autre banquier en fuite qui a depuis trouvé refuge dans la Principauté de Monaco. L’histoire de ce dernier se confond avec celle de Borodin : après la faillite de la Vnesprombank et la disparition de 200 milliards de roubles, il s’enfuit. Il est finalement arrêté avant d’être libéré grâce au soutien de Dmitry Rybolovlev. Ce dernier, que certains surnomment « la crapule de Monaco », a purgé une année de prison pour une accusation de meurtre en 1995 en Russie et est responsable de l'une des plus grandes catastrophes écologiques russes: Berezniki. Au final, cette succession de faillites, très profitable aux milliardaires en fuite, est un gouffre financier pour le système bancaire russe qui a perdu en 15 ans plusieurs centaines de milliards de roubles.
Si la presse parle de purge du système bancaire, c’est en tout cas une vaste entreprise qui est menée par la jeune directrice de la banque centrale russe. Celle-ci doit faire face à une collusion à l’échelle internationale au sein d’une oligarchie qui semble au-dessus de toute loi. Reste à savoir si dans leur chute, les trois dernières organisations dans le collimateur de la Banque Centrale laisseront s’échapper d’autres milliardaires en fuite ; lesquels rejoindraient ainsi la diaspora actuelle du grand capital russe.













