En toute modestie - Archipel Di Rosa
Et si nous allions nous coltiner avec les Arts Modestes, à Sète l’exubérante, la Méditerranéenne aux relents de sardines et aux cris de mouettes. Sète la populaire, des pêcheurs et des dockers, bouillonnante de toutes les cultures. Et son MIAM, gourmand et savoureux comme un fruit chapardé sur l’arbre du voisin. Musée International des Arts Modestes, d’emblée le nom prête à sourire, une Institution internationale dédiée aux choses sans prétention – le paradoxe est là comme un clin d’œil malicieux, un parti pris artistique.
Parmi les acronymes prestigieux, préférons au MOMA le MIAM, plus appétissant dans son jus bigarré et son humour goûteux des rumeurs de son port, gouttant par tous ses pores des rêves en partance.
Et l’exposition « Archipel DiRosa » y est magnifique.
Murs noirs : sortir du cadre dès le départ.
Accrochage aléatoire, c’est à dire sans fil conducteur apparent ni hiérarchie, de 89 œuvres côte à côte sur un même mur, comme symbole du hasard des rencontres et des influences réciproques.
Un archipel vibrant des origines télescopant Buffet et Dubuffet dans des joutes fertiles (nous sommes bien à Sète), véritable festin des confluences. Parmi ces œuvres quelques Di Rosa seulement, participant du terreau généreux de ces inspirations croisées et collaborations fructueuses.
Di Rosa est pleinement là dans son élément : en retrait discret, mais en catalyseur essentiel des alchimies. Et en révélateur de ce mouvement des Arts Modestes, établissant ses fondations, larges et mobiles, et lui ayant apporté éclairage et reconnaissance. Un engagement puissant au service des artistes jusqu’aux plus simples, et un effacement plein de pudeur.
Sur le mur faisant face à cette constellation bariolée, trois tableaux monochromes de Sarah Tschann, magnétiques, dont la sobriété ne déparerait pas des cimaises plus conventionnelles. Mais nous sommes bien à Sète, toujours, et comme pour nous le rappeler, trait d’union avec le reste de l’exposition, trône fièrement face à son œuvre l’outil qui a servi à la peindre : un nain gargouille muni d’un pinceau, contemplant le travail accompli.
Ce jour-là Hervé Di Rosa est présent, il nous accueille plein de gentillesse et en toute simplicité malgré son statut d’artiste, lui aussi, international. La modestie en action : un mode de vie, une démarche esthétique érigée en philosophie du quotidien.
Une œuvre artistique n’est pas forte de par sa seule efficacité directe, sa puissance et ses qualités intrinsèques. Elle tire son sens et son impact profond de l’association des idées qu’elle convie et des confrontations qu’elle provoque, des combinaisons qu’elle installe du plus lointain, du plus sensible, du plus personnel, au sein de nos territoires les plus reculés. Elle prend sa force dans ses liens tissés avec l’intime – et là Di Rosa touche au cœur, à l’essence de chacun avec son œuvre, jusqu’à l’imaginaire de l’enfance.
A travers ces mêmes mécanismes l’exposition, ne montrant que quelques Di Rosa au milieu de tant d’autres travaux remarquables, nous donne à voir les circulations effervescentes, les regards sensuels et accouplements féconds qui l’ont construit en tant qu’artiste, en tant qu’homme et constituent les bases de son œuvre protéiforme et hors la loi.
Elle nous raccroche ainsi aux nombreuses créations racines irriguant Di Rosa,
jouant allègrement avec notre histoire personnelle, elle-même déjà faite de rebonds capricieux et d’arborescences concentriques.
Cette exposition nous embarque bien loin dans l’archipel des possibles, des résonances, derrière la raison objective.
Rien que pour cela, au-delà de la grande qualité des œuvres présentées, cette exposition est vivifiante et inspirante, synthèse de notre propre culture, et nous renvoyant à nous-mêmes à chacun de ses détours.
Exposition à voir absolument, du 4 février au 17 septembre 2017, pour les amateurs ambitieux des arts modestes.
Pour plus d’informations : site du MIAM.