Pas un mot – ou presque – écrit par moi ne s’accorde à l’autre, j’entends les consonnes grincer les unes contre les autres avec un bruit de ferraille et les voyelles chanter en les accompagnant comme des nègres d’Exposition. Mes doutes font cercle autour de chaque mot, je les vois avant le mot, allons donc ! le mot, je ne le vois pas du tout, je l’invente. Ce ne serait pas encore le pire, mais il faudrait que je pusse inventer des mots propres à chasser l’odeur de cadavre dans une autre direction, afin qu’elle ne nous saisisse pas à la gorge, moi et le lecteur.
Franz Kafka, Journaux, 15 décembre 1910










