« C'est l'heure silencieuse. Il n'y a même plus de cris d'enfants. Au loin, la Méditerranée change de couleur. Un soleil orange apparaît à l'horizon. Des serviettes sèchent sur une corde à linge. La journée a ressemblé aux précédentes. C'est l'été. On a rien fait. Enfin... rien : il a fallu gonfler le matelas des enfants, les emmener fait du ski nautique, trouver des palmes pour l'aîné dont la pointure a doublé depuis l'an dernier. Le plus jeune a voulu pêcher à la ligne. Sa sœur a posé le pied sur un oursin. Ça n'est pas tout Les dames ont décidé d'aller voir un charmant village de l'arrière-pays. Elles en ont rapporté tout un tas de poteries dont elles ne sauront pas quoi faire à Paris. À l'heure de l'apéritif, les pères de famille s'effondrent sur des transats. Ce sont, on le rappelle, les héros du monde moderne. Ils n'ont même plus la force d'ouvrir le journal local. Un remontant serait le bienvenu. Spritz ou sangria ? Les femmes sortent de la douche. Leurs cheveux mouillés sentent le shampooing. Elles ont des jambes fines et bronzées. Truffaut avait raison. Les jambes des femmes sont une des preuves de l'existence de Dieu. Surtout en vacances. Quand les bains de mer ont laissé des traces de sel sur la peau. Les paroles sont rares. Il paraît qu'il va y avoir un feu d'artifice ce soir sur la plage. Voilà un spectacle auquel il sera difficile d'échapper. Parfois, la tentation est grande de s'installer à l'écart, de se cacher au fond du jardin avec un gros roman de Somerset Maugham. Plus personne n'écrit comme ça aujourd'hui. Les yeux se ferment quelques secondes. Il n'est pas interdit de rêver, de penser à la chance qu'on a. Au moins, nos épouses n'ont pas de tatouages sur la cheville ou dans le bas du dos. Ce sont des bonheurs simples. La place manque pour en effectuer l'inventaire. Profitons-en. Bientôt, ça sera la rentrée. On marchera dans des feuilles mortes. » Eric Neuhoff