Joyeux mois des fiertés je suppose voici une fic. J'ai pas relu et on est en pleine nuit donc vous excuserez les fautes. Bisous
Il n'était pas rare, ces temps-ci, de voir la zelle plantée devant son ordinateur. Tant qu'elle fixait l'écran, elle n'était pas sur leurs dos alors ils s'en accommodaient très bien. Toutefois, son air sérieux et les notes qu'elles prenaient tout du long les interrogeaient.
Assez pour aller fouiner ? Probablement pas. Ils profitaient de ces moments où son attention était accaparée pour filer en douce de l'Institut et rejoindre Eloïse.
Malgré tout, ils durent s'en mêler quand, à la sortie des cours, elle les interpela :
- Sébastien, Gabriel, vous passerez me voir dans mon bureau après le dîner.
Eh bien soit.
Le soir venu, sous les moqueries des jumeaux et les regards inquisiteurs de leurs camarades - Toni en particulier - ils se rendirent au bureau de la zelle.
- Navrée de vous embêter, les garçons, je souhaitais demander votre avis concernant un projet pour l'Institut.
Ils échangèrent un regard intrigué. Jamais elle ne leur demandait leur avis pour quoi que ce soit, et encore moins à eux... Quoique, Gabriel c'était possible, mais Tag ? Son fauteur de trouble en titre ? L'idée était risible. En temps normal, elle en aurait discuté avec le corps enseignant, voire uniquement avec Chrono.
- Bien sûr, Mademoiselle, répondit Gabriel.
- Ouais, renchérit Tag, c'est pour quoi ?
Elle attrapa ses notes sur son bureau, et en ajusta les feuilles.
- Eh bien, voici : l'Institut accueille beaucoup d'élèves d'horizons différents, et nous avons toujours lutté pour la bienveillance envers chacun.
Ils hochèrent la tête, perplexes.
- Cela dit, il a été porté à mon attention que certaines différences ne sont... eh bien... différentes de celles auxquelles nous avons l'habitude ici.
Très bien, ils étaient définitivement perdus.
- J'ai eu l'idée d'organiser une semaine dédiée à ces identités, afin que ceux de nos pensionnaires que cela concerne se sentent accueillis. Je souhaitais demander l'avis de jeunes de votre âge : pensez-vous que c'est une bonne idée, ou qu'au contraire ça attire l'attention sur eux sans qu'ils en aient nécessairement envie ?
- Pardon, Mademoiselle, réagit Tag, mais de qui vous parlez exactement ?
- De nos pensionnaires homosexuels, Sébastien.
A côté de lui, Tag voyait du coin de l'oeil que Gabriel réfléchissait sérieusement à la question de mademoiselle Adélaïde. Mais dans son propre cerveau, c'était le grand vide. Un trou immense. De la sueur froide lui coulait le long du dos.
- Je pense que ça dépend de ce que vous comptiez organiser, Mademoiselle, finit par répondre Gabriel.
Leur conversation continua, ils échangèrent sur les idées de la zelle, ce qui semblait approprié, ce qui ne l'était pas, et probablement plein d'autres choses. Mais Tag n'entendait plus rien. La pièce se resserrait autour de lui.
- Je pense pas que ce soit une bonne idée, lâcha-t-il.
Il y eut un blanc et ils se tournèrent tous les deux vers lui. Il n'avait aucune idée de ce qui se montrait sur son visage. Il fronça les sourcils.
- Je vais me coucher. Bonne nuit.
Et il sortit. Peut-être que la porte claqua, peut-être pas. Peut-être était-ce uniquement le son de son sang battant dans ses veines qui résonnait à ses oreilles. Il ne répondit à aucune question des Tekno alors qu'il se glissait sous ses draps.
Dans le bureau d'Adélaïde, Gabriel et elle fixèrent la porte un instant, abasourdis.
- Désolé, Mademoiselle, je ne pensais pas qu'il réagirait comme ça.
- Ce n'est rien, Gabriel. Il a peut-être été surpris.
Malgré tout, Gabriel gardait une mine renfrognée. Lutter contre les mises à l'écart, n'était-ce pas là ce qu'ils cherchaient aussi à faire avec le foot de rue ? Eux, les rejetés du monde, pouvaient-ils à leur tour tourner le dos à d'autres ?
- Je maintiens que c'est une bonne idée, trancha-t-il.
- C'est gentil, Gabriel, répondit-elle avec un sourire. Je pense que nous n'en faisons pas encore assez, mais il est toujours temps de changer cela.
Toute la journée du lendemain, Gabriel était d'une drôle d'humeur. Il passait son temps à faire la tête à Tag, tout en essayant de lui soutirer des réponses. Tag, bien sûr, fit mine de rien. Alors à la fin des cours, il le retint dans leur chambre.
- Partez devant, fit-il aux Tekno, on vous rejoint. J'ai deux mots à dire à Tag.
Râlant d'être mis à l'écart, ils s'exécutèrent malgré tout.
- Gab, soupira Tag, je sais ce que tu vas dire et j'ai vraiment pas envie d'en parler.
- Peut-être, mais c'est pas une excuse. C'est quoi cette embrouille, Tag ? Qu'est-ce qui te prends tout à coup ?
- Y'a rien du tout. Lâche-moi.
Il mentait. Il mentait effrontément au nez de Gabriel. Ça arrivait, et Gabriel le connaissait suffisamment bien pour en reconnaître les signes.
Le cerveau de Gabriel faisait du mille à l'heure. Avait-il jamais réagi de la sorte, confronté à ce sujet ? Son problème avec Ben n'avait rien à voir, n'est-ce pas ? Il n'avait pas semblé être choqué ou quoi que ce soit quand la petite amie d'Agathe était venue assister à un match. Alors qu'est-ce qui clochait ?
- Tag, tu peux tout me dire, tu sais ?
Il eut le culot de détourner les yeux.
- Je sais.
Et puis plus rien. Gabriel ne lui parla plus de la soirée, à la grande frustration d'Eloïse et des Tekno.
Mais une fois la nuit tombée, une fois assuré que tous les autres dormaient, Tag se leva et se glissa hors de la chambre. Gabriel ne faisait que feindre et le suivit en douce.
Il se rendait à la chambre de mademoiselle Adélaïde. En pleine nuit ? Au lieu d'essayer de l'éviter à tout prix ? Etrange. Gabriel se fit tout petit quand Tag frappa à la porte.
Peu de temps après, la zelle apparut, en pyjama et apprêtée pour la nuit. C'était toujours un spectacle bizarre, même après toutes ces années, mais ce soir-là Gabriel n'avait pas envie de rire.
- Sébastien ?
La surprise était évidente dans sa voix, même si Gabriel ne pouvait plus la voir : il s'était retranché derrière le mur.
- Qu'est-ce qu'il y a, mon petit ? Tu es malade ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette.
- Non, non, c'est pas ça... Je... je peux vous parler, un petit peu ?
Pas dans son assiette, c'était le cas de le dire. A sa voix, Gabriel l'aurait même qualifié d'accablé. Il eut un pincement au coeur. Depuis quand il allait parler à la zelle de ce qu'il lui taisait à lui ?
- Bien sûr, entre, Sébastien. Je vais te chercher un verre d'eau.
Après un instant de panique sans entendre plus de bruits de pas, Gabriel comprit qu'elle parlait d'eau et de verre dont elle disposait déjà dans sa chambre. La porte émit un clic en se fermant et Gabriel jeta un oeil au tournant. Ils avaient disparus.
C'était l'heure de choisir. Ou bien il les laissait discuter, ou bien il écoutait à la porte.
Ignorant tout des dilemmes internes de son meilleur ami, Tag était assis sur le bord du lit de mademoiselle Adélaïde. C'était étrange. Elle lui servit un verre d'eau avec une carafe qu'elle gardait sur sa table de nuit et un verre qu'elle sortit d'un placard. Il haussa un sourcil mais il n'était pas d'humeur à fouiner plus avant. Il accepta le verre d'eau et mademoiselle Adélaïde s'assit à côté de lui.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Ça concerne ce que vous avez dit l'autre jour... sur votre projet.
Elle acquiesça et attendit qu'il continuât. Il but une gorgée d'eau pour se donner une contenance.
- Pourquoi vous voulez faire ça ?
- Comme je disais, fit-elle doucement, il y a encore beaucoup de préjugés et de haine. Ce serait pour lutter contre tout ça.
- Mais vous... ça ne vous dérange pas ?
- Bien sûr que non, Tag.
Et l'utilisation de son surnom était assez rare dans sa bouche pour qu'il relève les yeux vers elle.
- A vos yeux, j'ai peut-être l'air d'une vieille mégère, mais je vous aime tous profondément, tu sais ?
Oui, il le savait. Lui plus que nul autre. Et il avait beau s'en plaindre sans cesse, lui aussi l'aimait beaucoup.
- Donc même si j'étais... enfin, vous savez, ça ne changerait rien ?
- Rien du tout, confirma-t-elle. Je te dirais quand même de ranger ton ballon dans le réfectoire, je te passerais quand même un savon quand tu manques le couvre-feu, et je te ferais toujours un cadeau à Noël.
Il hocha la tête, pensif. Elle n'insista pas, le laissant ruminer ces paroles quelques temps.
- En fait, finit-il par confier, d'une toute petite voix, je ne suis pas sûr. Il y a une fille que j'aime bien (Adélaïde haussa un sourcil, ce que Tag manqua, focalisé comme il était sur le verre d'eau entre ses mains) mais en même temps...
Les mots coinçaient. Il pensait s'être préparé suffisamment. Pensait que si c'était elle, il réussirait à le dire. Des mots qu'il avait déjà à moitié avoués à Requin. Qu'il ne pouvait pas dire à Gabriel.
- Il y a un garçon qui te plaît aussi ? fit gentiment Adélaïde.
Il croisa enfin son regard. Elle comprit bien qu'il ne dirait plus rien, elle le connaissait comme sa poche.
- Tu sais, j'ai fait beaucoup de recherches sur la... toile d'araignée avant de préparer le projet. Apparemment, bien aimer à la fois les filles et les garçons est assez courant, et ça s'appelle être bisexuel, pas homosexuel.
Il avait un gros noeud dans la gorge.
- Ah bon ?
- Oui, oui. Homo, ça veut dire pareil, donc un homosexuel aime bien les gens du même sexe. Hétéro, ça veut dire différent, donc un hétérosexuel aime bien les gens de l'autre sexe. Et bi, ça veut dire deux, donc un bisexuel aime bien à la fois les filles et les garçons.
- D'accord, souffla-t-il.
- Tu vois, c'est pour ce genre de choses que j'aimerais faire ce projet. Expliquer les mots, montrer à chacun qu'il n'est pas tout seul, montrer aux autres qu'on n'est pas si différents les uns des autres.
- D'accord, répéta-t-il.
- Qu'est-ce que tu en penses, Tag ?
Il ne put que hausser les épaules. Mais cela ne le satisfit pas. Il but le reste du verre d'eau et avala la boule dans sa gorge avec. Il retrouva sa voix.
- Vous avez peut-être raison. Mais vous ne direz rien, hein ?
- Motus et bouche cousue, Sébastien.
Et sur ces mots, il la remercia et repartit se coucher.
Quand il pénétra dans la chambre, un chuchotement l'accueillit :
- Tag? T'étais où ?
Gabriel. Une bouffée de panique envahit Tag. Il l'avait dit à mademoiselle Adélaïde, et il se sentait mieux après leur conversation. Mais il ne pouvait pas le dire à Gabriel. Pas encore. Ou peut-être jamais. Il ne savait pas encore. Sa nausée revint.
- Aux chiottes.
- Et ça va mieux ?
Ah. Il devait être réveillé depuis un moment. Son absence avait duré pas mal de temps. La conclusion de Gab était logique. Il hocha la tête avant de se rappeler qu'il ne devait pas le voir dans l'obscurité.
- Ouais, t'inquiète.
- Hm. Tant mieux alors. Bonne nuit.
- Bonne nuit.
Il lui dirait, Tag décida. Pas ce soir, pas le lendemain non plus. Peut-être pas avant des années, il n'en savait rien, mais il lui dirait un jour. Promis.
















