Seen a few times, doesn’t get old... #berlin #fuckausterity #refugeeswelcome (at Wedding, Berlin)
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I am a black identity extremist. I am extremely proud to be black I am extremely happy with my identity, culture and heritage. What you saying Jeff?? #blackidentityextremists #blm #JeffSessions #trump #blacklivesmatter #FUCKJEFFSESSIONS #FUCKPOLITRIX #FUCKTORYSCUM #FUCKTERESAMAY #FUCKAUSTERITY #FUCKRACISM #FUCKTHEKKK (at Supreme Court of the United States)
Le 14 mars dernier était décerné le prix de l'austérité à bruxelles dans les locaux de D.G. Economie&Finance
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Madrid, #25S, une journée particulière
Comment ne pas profiter des méfaits de notre époque? Le mini trip dans l'Eurozone est praticable même pour quelqu'un en déficit budgétaire permanent. Simple et cheap, à condition d'avoir un réseau social en partie délocalisé. Comme on vous a coupé votre connexion internet, vous utilisez la connexion wifi du voisin pour choisir une destination sur le site d'une compagnie aérienne lowcost. Une fois que vous avez repéré le prix plancher, vous demandez la carte Visa à votre grand-père, dernier de la lignée à en avoir encore une, en lui promettant que dès que vous touchez, vous rembourserez. Au moment voulu, vous prenez l'avion dans les faubourgs d'une ville au passé industriel majestueux, mais qui, aujourd’hui, n'est plus connue que pour ses faits divers les plus sordides. Il y survit une population qui ne comprend toujours pas ce qui lui arrive et des autorités locales qui n'ont pas d'autres idées de société que de tout miser dans un aéroport pour, « inch Allah », d'éventuelles retombées en terme d'emplois précaires. Ensuite, il faut quand même se farcir la compagnie lowcost c'est à dire supporter d'être entassé, d'être sollicité toutes les cinq minutes pour une boisson, une tartine, une cigarette électronique, un loto ou un parfum. Mais très vite, vous arrivez loin de chez vous, bien dépaysé, sans vraiment comprendre le chemin emprunté.
Avec mon ami, Bigroot, on a choisi de se poser à Madrid. Et lorsque après une heure de métro, nous sommes arrivés dans le dernier quartier populaire du centre de Madrid, Lavapiés, on ne s'est pas directement dirigé vers l'appartement de notre hôte, mais vers les locaux du journal El Diagonal où se tenait l'assemblée de la Coordinadora #25S. Ce collectif appelle depuis le mois d’août dernier à l’opération "Rodea el Congreso " pour la journée du 25 septembre. C'est demain. Les personnes rassemblées veulent encercler le Congrès des députés pour exiger la fin du gouvernement Rajoy et de ses politiques d'austérité. Ils entendent aussi ouvrir un processus constituant qui permet de redimensionner les pouvoirs de la finance aux temps de la mondialisation et de la dette comme modèle de gouvernement. Une démonstration de force qui se veut dans la lignée du mouvement du 15 mai 2011, lorsqu'il y a maintenant plus d'un an les Madrilènes avaient occupé la place de la Puerta del Sol pendant un mois et initié un processus de discussion en assemblée sur une sortie de crise démocratique hors de toutes organisations politiques et syndicales. Le mouvement du 15M s'était alors étendu à toute l'Espagne. Les places principales de nombreuses villes étaient occupées. La presse avait parlé de personnes «indignées».
Depuis, les choses ne se sont pas arrangées. La crise économique et sociale se répand. Les plans de coupes budgétaires et salariales se suivent à une telle rapidité qu'il est difficile de suivre le feuilleton. Le chômage explose. On parle de choc. Personne ne bouge. Les sociétés européennes sont figées par la peur de ce qui pourrait se produire. Dans ce contexte, la Coordinadora #25s est un ovni. Le titre de leur manifeste"La démocratie a été kidnappée. Le 25 septembre nous allons la sauver" devient un événement surprise et héroïque tant l'intrigue jusqu'ici souffrait de l'absence de réaction des victimes. Comment en est-on arrivé à parler de confiscation de la démocratie? Étrange, il n'y a eu aucun coup d’État en Europe, aucun général à galon n'est apparu à la télévision, aucun colonel avec un bâton ne nous a menacés. Malgré le silence médiatique, le sentiment de confiscation est sans doute le sentiment politique le plus partagé en Europe.
Nous sommes restés dans cette ville quelques jours. J'aimerais partager cette journée du 25 septembre, une journée particulière. Malgré le fatalisme actuel et la relégation de nos vies aux zones périphériques de l'action, j'y ai rencontré de nouvelles personnes et de nouvelles possibilités.
Cette journée nous la commençons en rejoignant des amis qui se trouvent au Patio Maravillas, un lieu autogéré et occupé dans le quartier de la Moncloa. A pied, nous remontons le quartier de Lavapiés et une fois au-dessus , dans les ruelles qui bordent la Puerta del Sol, j'ai tout de suite reconnu les lieux où j'avais passé quelques nuits, il y a plus de vingt ans quand j'avais 18 ans et que je me rendais au Maroc en train. A l'époque, il n'y avait que l'Océan et les flics pour arrêter ma fuite. L’Espagne de Felipe Gonzàlez, alors Premier ministre socialiste du gouvernement de la transition démocratique, était en plein boom économique. Je n'ai pas de souvenir précis de l'ambiance madrilène tellement j’avais le cerveau dans l’éther à l'époque. Mais par contraste avec aujourd'hui, je peux dire qu'il y régnait un sentiment de liberté et d'espoir partagés. Disons que l'époque actuelle paraît plus maussade et que le côté décadent de la société de consommation ne s'encombre plus de vernis. Une fois passée la Puerta del sol, on monte une artère commerciale piétonne, où les putes et les acheteurs d'or rabattent le client devant les magasins H&M, Zara, Bershka et Celio complètement vides. Pour faire face à la crise, certains Espagnols vendent les bijoux de famille. Pour oublier un peu leur insondable solitude, des mâles d'âge mûr se paient un peu de chair et de chaleur humaine sur le temps de midi. Pour les mafias, acheter de l'or est une bonne manière de recycler l'argent sale en temps de crise.
Arrivés au Patio, Celia vient nous ouvrir. On s'embrasse, on est content de se rencontrer. On monte au 2éme étage et nous ouvrons la porte d'une salle de réunion où une dizaine de personnes sont rassemblées autour d'une grande table, chacun devant son laptop. Toret, une vieille connaissance, relève la tête et nous dit avant de la replonger immédiatement: «Bienvenue dans la situation room». Ces jeunes trentenaires organisent la communication sur le web. Ils produisent de l'info sur le rendez-vous de cette fin d’après midi. Ils suscitent le désir de participer sur Facebook et Twitter, font de la curation de contenu, dénoncent les contrevérités du gouvernement, des hommes politiques, des experts et des médias mainstream. Chacun rassemble, compose, décompose, commente et diffuse. La vérité n'est plus engendrée par un monopole d’État ou de corporation.
Celia donne le signal et nous partons manger dans un restaurant ouvrier non loin de là. Je suis assis en face d'un beau jeune hidalgo à la fine moustache, galicien, vivant à Barcelone et que Bigroot me présentera comme Ciudadano Zero. Quelle surprise ! Je le suis sur Twitter. Une moyenne de 50 tweets par jour, 1500 par mois. Rien dans son être de chair ne me rappelle son profil Twitter, ou plutôt, ce que j'ai imaginé à partir de son profil. Je lui en fais part. Il me répond que lorsque les lunettes Google seront commercialisées, il ne quittera plus le monde virtuel. En attendant, il se replonge dans son smartphone. Et il faudra que dans une conversation, j'évoque, de manière de plus en plus virulente, mon scepticisme sur le nationalisme catalan pour lui faire relever la tête.
La majorité des amis autour de la table vivent à Barcelone. Je ne peux m'empêcher de lancer la discussion sur la grosse manifestation des nationalistes catalans des jours précédents. D’après ce que les journaux disent, les Catalans en ont marre de payer pour les autres. Ce qui, comme un écho, réveille en moi l’humiliation subie et les réactions colériques face aux discours populistes du nationalisme flamand. Le projet des nationalistes flamands n'a rien de démocratique, c'est plutôt une « ethnocratie » illusoire pour des temps déprimés. Bart De Wever veut faire de la Flandre une nation dont les droits découlent de son identité. Tout ce qui ne se conforme pas à l'identité flamande n'a pas de droit, ne mérite aucune solidarité. C'est exactement ce que fait la presse populiste allemande et les classes politiques au pouvoir en Allemagne avec les pays du Sud de l'Europe. Et, tiens donc, avec les Catalans. L’Allemagne est l'esprit de l'Euro et si les pays du Sud veulent rester dans l'Euro, ils doivent se conformer à l'esprit de l'Allemagne. Un principe de solidarité européenne est impossible selon cette logique. L’Europe des identités est un musée des horreurs où le personnel habite dans des chambres à gaz isolées les unes des autres.
Je m'énerve et Ciudadano Zero me fait remarquer que le nationalisme et l'indépendantisme ne sont pas la même chose. «Nous n'avons pas la même conception de la démocratie qu'Edmund Burke. Pour moi, les droits ne découlent pas de l'appartenance à tel identité. On a des identités différentes et nous avons le droit qu'elles soient respectées. Au contraire des adeptes de la vox populi et du populisme, nous pensons que personne ne peut parler au nom du peuple». Le mouvement du 15M a adopté une posture qui permette à chacun de s'exprimer mais qui interdit de s'exprimer au nom de tous tant que le consensus n'est pas obtenu. Aujourd'hui, à Madrid, il y a parmi « tous », des indépendantistes Catalans et Galiciens. Jusqu'à présent, le mouvement du 15M transcende les divisions identitaires. Il est une réalité à l'échelle espagnole. Ce qui le rend évidemment encore plus intéressant pour penser un mouvement constituant à l' échelle européenne. La manière dont ce mouvement dépasse les différences est à retenir.
Il n'en reste pas moins difficile pour moi de me représenter ce mouvement du 15M. Je n'en vois que des bouts. Le 15M n'est pas un front, c'est un essaim.
Après le dessert, on divise l'addition par tête de pipe. On paie, et avec Bigroot, on refait le chemin inverse jusque Lavapiés. Sur la porte du Patio Maravillas, je remarque une affiche où il est écrit «No EuroVegas». Un richissime milliardaire américain viendrait construire un Las Vegas en Europe - et il y en a qui rechignent? Pourtant, les politiciens de Madrid et de Barcelone s'arrachent le projet, modèle de la transition économique à venir. Les autorités locales proposent d'établir une zone franche aux portes de Madrid: EuroVegas pour que lors des froides et pluvieuses soirées d'hiver, les banquiers de Francfort viennent se distraire à la roulette et se faire tirer une pipe par une jeune moldave, au chaud. Après avoir bétonné en Espagne tout ce qui donnait sur la Méditerranée, on construit demain des châteaux dans la sierra. Chassez le naturel de la classe politique par un choc financier, il revient au galop dès que les premiers suintements de l'or refont surface. On ne s’obsède pas à construire des empires qui s’effondrent au moindre coup de vent, pour les yeux de la princesse.
Cette journée particulière, nous la reprenons à la gare d'Atocha. Il est 18h. Maintenant, avec nos hôtes du quartier de Lavapies, nous empruntons le Paseo del Prado pour se diriger vers la place Neptuno juste en-dessous du Congrès des députés. La gare d'Atocha me rappelle les attentats du 11 mars 2004 et les centaines de morts qui se rendaient au travail, piégés dans un train de banlieue. Les Espagnols sont alors en guerre en Irak dans une coalition qui tente de repousser la crise de l'unilatéralisme occidental. A trois jours des élections, le chef du gouvernement détourne l'attention sur les conséquences de sa politique étrangère en attribuant les attentats à l'organisation terroriste basque ETA. Ce qui semble prendre au début, se retourne contre lui. La population des grandes villes refusera le mensonge des médias dominants et d'un Aznar qui n'assume pas de payer le prix de ses aventures guerrières. Par les moyens alors à leur disposition, des citoyens vont par sms, ponctués d'une injonction virale comme « fais passer », convoquer des manifestations pour exiger la vérité. Des milliers de personnes battront des casseroles dans les rues. Aznar sera battu aux élections, alors que tous les sondages lui prédisaient une large victoire. Bel exemple de ce que peut faire une société organisée en réseau.
Arrivés aux abords de la plaza Neptuno, nous sentons une certaine appréhension chez nos amis madrilènes. Il y a peu de monde au rassemblement. Cette journée sera-t-elle un flop? Pas facile de vaincre la peur quand on est stimulé comme un rat de Skinner pour mener à bien la transition en cours. Les manifestants scandent un puissant coagulateur: « nous n'avons pas peur». Les Madrilènes affluent des boulevards et le flux n'a pas l'air de s’interrompre. La place se remplit, une foule éclectique, « perroflautas », pensionnés, fonctionnaires et jeunes précaires se massent au pied de l'avenue donnant sur le Congrès. Des escouades policières nous bloquent le passage. Une clameur s’élève: «Que no, que no, que no nos representan» ou encore « se llama democracia y no lo es». Ce qui unit les gens de la place c'est leur hostilité à la classe politique actuelle. Ils demandent une réelle démocratie. La Constitution espagnole est construite sur un équilibre de forces qui est complètement dépassé par la situation de déséquilibre du pouvoir actuel.
Au XXe siècle, l’Espagne a été synonyme de transition. De la République à la guerre civile, de la guerre civile à la dictature fasciste, de la dictature à la démocratie libérale. Mais aussi depuis peu, de l'intégration au projet européen à la mondialisation et à la soumission de la dictature des marchés. C'est beaucoup en peu de temps. Les représentants de ces « différentes Espagne(s) » se retrouvent sur cette place Neptuno, comme les représentations de l'Espagne contemporaine se retrouvent au musée Reina Sofia tout proche. La nouvelle transition se dessine comme la fin de la démocratie libérale et la désintégration du welfare state que la classe ouvrière a créé au cours du siècle précédent. Elle inaugure une post-démocratie où les forces en jeu sont celles que je vois sur le terrain: d'une part, les flics armés jusqu'aux dents et tirant à la balle en caoutchouc sur tous ceux qui contestent le parlement, de l'autre une société politique protéiforme qui tente de résister à la désintégration en cherchant des manières de rester unis et en constituant un futur à partir du mouvement libre des corps et de la parole. Il y a mille et une manières d'occuper la place. Assis, debout, dos au mur, couché dans son sac de couchage, sous une tente, appuyé sur sa canne, en se tenant la main ou en tenant sa pancarte ou son chapeau, en marchant ou en courant...
Il est bientôt minuit. La nuit est une partie de la journée. Ça discute sec dans la rue. On s'embrasse, on marche ensemble, on se sépare , on se retrouve. La chose qui m'a le plus frappé lors de cette journée, c'est cette conscience partagée de la fin d'un modèle de société, mais aussi la conscience aiguë qu'il se joue une mutation sociale qui permettra peut-être d'élaborer une société ouverte, démocratique et égalitaire basée sur le partage peer to peer. On est loin d'une idée romantique de la révolution. On assiste à une intelligence collective en acte. Intelligence dans les réseaux avant la manifestation, mais aussi intelligence dans l'organisation des flux. Malgré les charges répétées et parfois très longues de la police -- des manifestants seront poursuivis et tabassés jusque sur les quais de la gare Atocha -- , la foule va se disperser pour former d'autres flux, prendre les boulevards et continuer à encercler le Congrès. Si bien qu'en descendant un boulevard jouxtant ce Congrès, je ne savais plus très bien si la foule qui remontait était l'expression d'une manifestation de colère ou le rituel antique de la passeggiata qui remplit aux heures tardives les rues des villes du sud de l' Europe. Il n'y a pas à construire de front, juste des possibilités de combinaisons nouvelles.
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