Le soleil de cinq heures, si glorieusement qu'il resplendisse, fait amitié avec le ciel immense, l'horizon bleu, le caillou et la feuille, les cheveux de mon amie. Juste au-dessus de nous, frôlant le mur de leurs branches basses, les arbres du "Château" éploient leurs cimes seigneuriales. Par-dessus elles, l'ancien jardin à la française a cédé l'espace aux cultures. Aussi belles et mieux encore : labours roses de l'automne, tendre vert des pâtures de mai, colzas éblouissants et rousseurs des épis mûrs, elles chatoient au long de l'an, ainsi soit-il. Et des arbres encore, des bouquets d'arbres arrondis sur leur ombre jalonnent la plaine et conduisent les yeux vers le grand fleuve, ses eaux qui doucement irradient, l'air qui tremble sur elles imperceptiblement, sur les grèves, les touffes d'osier, l'autre plaine sur l'autre rive, les métairies éparses, les vieux sureaux à l'angle des basserelles, près des puits où dorment les eaux folles ; et là-bas, longue sur l'horizon, aériennement suspendue, la ligne bleue des bois de Sologne.
—Que regardes-tu ? dit Blonde.
—Toi, nous. Le Val d'Orléans. La France.