La fontaine à deux yeux
Rien ne me conforte autant qu'un bruit de cascade Dans ma ville il y en a toujours eu une Petite Pas très belle ni Originale Je l'ai toujours isolée du reste Dans cette ville comme un tableau Elle a toujours fait trop réel Bien que sa présence le soit Elle n'a jamais été artificielle
A son rebord on retrouve un même type de gens Des gens l'égarement Une présence nécessairement incongrue Mais cent pour cent naturelle Des gens qui rêvassent Barbotant comme les grenouilles coassent Petite brasse de l'esprit Far from business
Dans cette ville comme un tableau L'esprit est pris dans un siphon mental Rien ne semble jamais sensible Tout est toujours sensation Une ville de ciel et de mer Où l'être se déémène Ennouillé dans toutes les strates d'exigence On est toujours content de retrouver un peu de solide Un solide de solitude Où l'on peut être l'atome de ce qu'on veut Aboli des organes de la ville Une vie simplifiée Faible et toute puissante Devenue son propre tableau
Cette fontaine n'apparaît sur aucun plan Elle appartient à l'espace réel Elle n'est là que pour ceux qui sont curieux d'elle Elle doit maîtriser le secret de quelque endorphine Car bien qu'on en parle comme d'un emblème de solitude Elle n'est jamais seule Des bêtes mythiques viennent régulièrement s'y poser Autour d'un vrai plan d'eau On ne les reconnaît jamais Car ils sont toujours dans les gens qui flânent A leur insu Ces rêveurs Sont bien plus Que des corps d'humains Chacun a son blason Sa filiation Son cordage On n'est jamais totalement parent d'un rêve C'est à croire qu'on rêve avant même d'être Membre d'une tribu existentielle Qui prie L'instant de quelques secondes Sa divinité personnelle inconnue Pour quelque catharsis Et s'endort le temps d'une réalité











