«Si può dire che i fantasmi che abitano l’ombra del nostro tempo sono gli scarti dell’attività umana. Si incontrano delle presenze per la maggior parte pericolose, solo nei luoghi dove l’uomo ha l’abitudine di sbarazzarsi degli elementi indesiderabili che possono nuocere alla sua esistenza».
Mac Orlan, Scritti sulla fotografia; trad. di Claudina Fumagalli; prefazione Simone Paliaga.
Nella foto di André Kertész, al quale Mac Orlan tributa un vero e proprio culto, The Bicycle, Paris 1928, un angolo della Ville Lumière.
"Il faut écrire, surtout dans l'époque actuelle, parce que, quand on écrit, on n'est jamais seul." Pierre Mac Orlan, entretien avec Bernard Baritaud, 1968.
Jean Rabe, jeune homme de vingt-cinq ans, sans profession, prit entre ses mains sales son chapeau de feutre et le secoua afin d'en faire tomber la neige qui l'alourdissait.
En tant qu’unité de sens, été est à la fois une des quatre saisons et le participe passé du verbe être. Comme saison, la plus connue est le troisième mouvement de Vivaldi. Il faut le jouer en molto vivace, en presto même. Surtout ne pas lambiner. Attaquer avec des coups d’archet tranchés, comme le boucher qui découpe un bon morceau dans la longe ou le filet. Car l’été, c’est la belle saison. Et comme toutes les bonnes choses, il n’a qu’un temps. Il ne dure que ce que durent les roses. Dans deux trois mois on en parlera au passé. C'est dire que l'été aura été. Le bon sens même l’enseigne : on ne peut à la fois être et avoir été. Tout été passe, tout été lasse, tout été se casse.
Quittant les arpèges de Vivaldi – mieux, les gardant au creux de l’oreille -, contemplons l’été de Brueghel le Jeune. C’est ce qu’il y avait de plus estival dans la campagne flamande de la fin du XVIe siècle. Gavons-nous la vue avec ces travaux de moisson, ces faucheurs alignés, les blés noués en gerbes, ceux-ci transportés au loin pour la mise en faisceaux. Mais avant tout imaginons la soif que la besogne inflige au moissonneur. Et qu’il faut désaltérer à intervalles réguliers. Voici les cruches qui circulent entre les blés fauchés, voici les en-cas que la fermière apporte dans des paniers à provisions, voire juchés sur sa tête. C'est un temps de repos, de répit, voire de repas pour le faucheur en avant-plan, qui a abandonné un instant sa longue faux. Mais qui devra bientôt rejoindre ses compagnons pour ne pas casser le rythme des rangées de fauche. Car comme on ignore de quoi demain sera fait, il faut profiter du bel aujourd’hui. C’est bien connu : la cigale chante tout l’été quand la fourmi travaille. Or en moissonnant l’homme avisé pense déjà aux saisons suivantes, « quand la bise sera venue ».
D’autres étés furent conçus par les impressionnistes qui trouvèrent en cette saison un éventail de teintes, de tons et de touches répondant à l’éclat du soleil sur la nature chatoyante. Ce sont les rayons de Van Gogh allumant le blond doré des blés et le bleu des cyprès alentour. Ce sont les meules de foin de Monet et son avenue ombrée de Giverny. C’est le paysage d’été avec femmes à l’ombrelle de Renoir. Au point qu’on est incapable désormais de voir l’été sans emprunter leurs yeux, leurs coups de pinceaux et le chromatisme de leur palette. Qui peut traverser la Provence sans reconnaître les « oliviers sous le soleil » de Van Gogh ? Comme le disait joliment Vialatte, la nature a le bon goût d’imiter nos meilleurs peintres.
Le brave Mac Orlan estimait que tout doit se terminer par des chansons. Obéissons à son précepte en écoutant Jean Ferrat évoquer l’ombre bleue du figuier : A l’ombre bleue du figuier / passent, passent les étés / à l’ombre bleue du figuier / passent, passent, ils sont passés. Avouons que c’est beau comme du Verlaine ! J’aurais voulu être l’auteur de ces vers. Pour y parvenir, il eût fallu que j’essayasse. Mais à quoi bon ressasser des palindromes en plein été ?