Aujourd’hui est un jour particulier. Aujourd’hui est un jour qu’on avait l’habitude de passer, tous les deux, entre ami. Aujourd’hui est un jour qui ne devrait pas exister. Nous sommes le 28 Février. C’est la journée internationale contre les maladies rares.
Tu faisais partie de ces gens, de ces anonymes touchés par ces saletés. Un jour, tu m’avais expliqué que vous étiez seulement 5 en France, a avoir cette maladie. Et que votre espérance de vie ne dépassait pas les 19 ans. Mais tu aurais eu tes dix-neuf ans cette année. Oui, cette année. On l’aurait fêté ensemble, avec tes potes, de la musique, de l’alcool et d'la bonne humeur. Mais on n'pourra pas. Tout simplement parce que tu n’es plus là. Tu es partit avant, bien avant cet âge là.
On rêvait de notre futur, on se faisait des plans sur la comète, on éclatait de rire pour rien, et on vivait comme des cons, insouciants, jeunes, naïfs.
Mais tu sais, p’tit frère, j’peux pas oublier tes yeux verts. Pailleté, c’est la couleur que je leurs avais donné. J’peux pas oublier les deux fossettes qui se creusaient quand tu souriais.
Mais, et j’ai honte de le dire, j’ai oublié le son de ta voix. Ton rire mélodieux, lui, ne me parvint que par quelques bribes de sons, faisant écho sur mes souvenirs détruits.
Toi … Toi, tu étais la Vie avec un “V” majuscule. Un “V” de la victoire, un “V” de valide, qui s’est transformé en un “V” de vain, de défunt.
Putain, j’t’aimais. Je t’aimais tellement. Je t’ai dédié l’entièreté de ma vie, et je te promet que je réaliserais ton rêve. J’y arriverais, j’m’imposerais. J’me battrais jusqu’au bout, pour qu’à travers moi, tu puisses accomplir ce dont tu as toujours rêvé, ce dont nous rêvions tous les deux quand on était gamins. Je te promet qu’un jour, on pourra voler. On sera comme des oiseaux dans le ciel. Des oiseaux aussi fragiles que du papier, et au moindre coup de vent, on pourra partir à la dérive, on pourra pleurer nos souvenirs, et on pourra devenir du papier mâché, du carton-pâte, qu’on aura plus qu’à ré-assembler pour continuer à exister.