Lecture de train. J’en suis au tout début et je dois dire que je suis très intriguée.
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Lecture de train. J’en suis au tout début et je dois dire que je suis très intriguée.
Lecture du jour
[…] le paysage natal, le site des premières amours, ou une rue ou un coin de la première ville étrangère visitée dans la jeunesse. Tous ces lieux gardent, même pour l’homme le plus franchement non-religieux, une qualité exceptionnelle, « unique » : ce sont les « lieux saints » de son Univers privé, comme si cet être non-religieux avait eu la révélation d’une autre réalité que celle à laquelle il participe par son existence quotidienne.
Le sacré et le profane, Mircea Eliade
Quand j’avais 17-18 ans je m’étais lancée le défi de lire La guerre et la paix de Tolstoï. J’y allais sans grande confiance et puis finalement j’avais dévoré le premier tome. J’ai fait mes meilleures séances de lecture sur ce livre. Et puis le bac est arrivé alors que j’avançais dans le deuxième tome, ma relation avec ma mère devenait de plus en plus infernale, j’avais plus aucune motivation, rien que de l’angoisse. Et le livre est tombé de mes mains.
Je l’ai racheté il y a quelques mois et je compte bien consacrer tout janvier/février à sa lecture. J’aurais alors mis plus de 10 ans à aller jusqu’au bout…
C’est peut-être idiot mais j’ai fait de ce livre un certain symbole dans ma vie et je me demande comment je me sentirai quand je le finirai.
Aimer l’autre, cela devrait vouloir dire que l’on admet qu’il puisse penser, sentir, agir de façon non conforme à nos désirs, à notre propre gratification, accepter qu’il vive conformément à son système de gratification personnel et non conformément au nôtre. Mais l’apprentissage culturel au cours des millénaires a tellement lié le sentiment amoureux à celui de possession, d’appropriation, de dépendance par rapport à l’image que nous nous faisons de l’autre, que celui qui se comporterait ainsi par rapport à l’autre serait en effet qualifié d’indifférent.
Éloge de la fuite, Henri Laborit
La vie est bien trop courte. On ne voudrait être injuste avec personne. On a des scrupules, on hésite à juger tout ça d’un coup et on a peur surtout d’avoir à mourir pendant qu’on hésite, parce qu’alors on serait venu sur la terre pour rien du tout. Le pire des pires. Faut se dépêcher, faut pas la rater sa mort. La maladie, la misère qui vous disperse les heures, les années, l’insomnie qui vous barbouille en gris, des journées, des semaines entières et le cancer qui nous monte déjà peut-être, méticuleux et saignotant du rectum. On n’aura jamais le temps qu’on se dit ! Sans compter la guerre prête toujours elle aussi, dans l’ennui criminel des hommes, à monter de la cave où s’enferment les pauvres. En tue-t-on assez des pauvres ? C’est pas sûr… C’est une question ? Peut-être faudrait-il égorger tous ceux qui ne comprennent pas ? Et qu’il en naisse d’autres, des nouveaux pauvres et toujours ainsi jusqu’à ce qu’il en vienne qui saisissent bien la plaisanterie, toute la plaisanterie… Comme on fauche les pelouses jusqu’au moment où l’herbe est vraiment la bonne, la tendre.
Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline
[...] L’estropié de la guerre du Pacifique dit à son frère : "accommode-toi de ta couleur comme moi de mon moignon ; nous sommes tous les deux des accidentés". Pourtant, de tout mon être, je refuse cette amputation. Je me sens une âme aussi vaste que le monde, véritablement une âme profonde comme la plus profonde des rivières, ma poitrine a une puissance d'expansion infinie. Je suis don et l'on me conseille l'humilité de l'infirme... Hier, en ouvrant les yeux sur le monde, je vis le ciel de part en part se révulser. Je voulus me lever, mais le silence éviscéré reflua vers moi, ses ailes paralysées. Irresponsable, à cheval entre le néant et l'Infini, je me mis à pleurer.
Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs
[…] Car Van Gogh aura bien été le plus vraiment peintre de tous les peintres, le seul qui n’ait pas voulu dépasser la peinture comme moyen strict de son œuvre, et cadre strict de ses moyens. Et le seul qui, d’autre part, absolument le seul, ait absolument dépassé la peinture, l’acte inerte de représenter la nature pour, dans cette représentation exclusive de la nature, faire jaillir une force tournante, un élément arraché en plein cœur. […] Je vois à l’heure où j’écris ces lignes, le visage rouge sanglant du peintre venir à moi, dans une muraille de tournesols éventrés, dans un formidable embrasement d’escarbilles d’hyacinthe opaques et d’herbages de Lapis-lazuli. Tout cela, au milieu d’un bombardement comme météorique d’atomes qui se feraient voir grain à grain, preuve que Van Gogh a pensé ses toiles comme un peintre, certes, et uniquement comme un peintre, mais qui serait, par le fait même, un formidable musicien.
Antonin ARTAUD, Van Gogh le suicidé de la société