Inséparables - "Montre-leur"
Number of parts: 1.
Pairings: Nick x Katlyn.
Synopsis: "La dernière, en revanche, retint l’attention de la jeune femme. En particulier, le logo dessiné sur l’enveloppe. Elle se figea. Comment l’avaient-ils retrouvée ? Elle était bien sûre de n’avoir jamais laissé d’adresse derrière elle en partant de Newark."
→ Six ans plus tard, Californie
Il était près de midi. Katlyn était assise sur le sol de la petite véranda de la maison qu’elle occupait avec Nicholas depuis sept ans maintenant. Elle n’avait jamais voulu quitter cette petite maison si agréable à vivre. Elle aimait la vue. Elle aimait le calme. Elle aimait le quartier. Elle aimait les gens qui vivaient ici. Elle avait sympathisé avec eux. En voyant cet attachement, Nicholas avait décidé d’acheter cette maison pour qu’ils puissent tranquillement y écouler leurs jours heureux. Leurs jours heureux, c’était bien l’expression car, même s’ils rencontraient parfois des problèmes d’argent dus aux coûteux soins que nécessitait leur fils unique, ils étaient heureux. Ils étaient ensemble. La Californie leur avait permis de se retrouver complètement et de se reconstruire. Ils avaient pansé leurs blessures et leur avaient laissé le temps de cicatriser. Aujourd’hui, ils profitaient de cette nouvelle chance que la vie leur avait donnée. Katlyn était toujours en internet de chirurgie pédiatrique et était passée résidente quelques années plus tôt. A ce jour, elle était toujours la meilleure de sa catégorie et on la voyait déjà chef du service qu’elle avait choisi. Cependant, elle continuait de refuser ce poste qu’on lui proposait pour pouvoir être présente auprès de son fils, Angelo. Ces dernières années lui avaient plutôt bien réussi et le fait d’avoir pu dire adieu à Anthony avant qu’il ne s’efface de sa vie l’avait aidée.
Nicholas, quant à lui, s’était fait un nom dans le journalisme et avait ouvert sa propre entreprise, nommée « Afterlife-Actuality » en référence au blog qu’il avait un jour monté alors qu’il était en France. Le succès n’avait pas été au rendez-vous tout de suite mais Nicholas n’avait pas abandonné malgré les difficultés rencontrées par sa société. Peu à peu, les ventes avaient augmenté et les abonnements avaient fini par exploser. L’entreprise s’était agrandie et Nicholas avait dû embaucher. Depuis les affaires étaient prospères et connaissaient une certaine stabilité. De même que Katlyn, malgré son travail débordant, Nicholas restait présent pour son fils et sa fiancée, qui avait finalement fini par accepter sa proposition. Une décision qui les avait tous les deux ravis, même s’ils préféraient avant le mariage en lui-même. Joseph avait été les premiers à les féliciter. Le reste de la famille s’était déplacée après pour l’occasion après avoir appris la nouvelle. Tous étaient heureux d’intégrer Katlyn pour de bon dans la famille. Une famille dont elle avait, au final, toujours fait partie.
De petits pas maladroits interrompirent le fil des pensées de la jeune femme. Elle ne releva pas la tête, sachant à qui ils appartenaient. Elle attendit patiemment que son visiteur arrive à sa hauteur, un sourire en coin sur le visage.
— Maman.
— Oui, chéri ?
— A faim.
— Tu as faim ? Demanda Katlyn en relevant la tête.
Son fils se tenait debout près d’elle. En six ans, il avait bien grandi. Il serait plus grand qu’elle, c’était certain. Il avait hérité des cheveux bruns et des yeux noisette de son père mais il restait le portrait craché de sa mère malgré son handicap. Les gens se moquaient souvent de son visage aplati et de ses yeux obliques. Contrairement aux rumeurs souvent associées à la trisomie 21, Angelo était très intelligent, plus que la moyenne ne le voulait. Son médecin traitant pensait que cela venait de sa mère, elle-même surdouée depuis son plus jeune âge. Les gens ne savaient seulement pas voir au-delà de l’handicap. S’ils le pouvaient, ils constateraient combien les personnes atteintes de trisomie étaient affectueuses et intelligentes.
— Oui.
— Papa ne devrait plus tarder à arriver maintenant. On va aller se laver les mains et mettre la table, d’accord ?
Le petit garçon acquiesça et courut dans la maison en riant. Cette joie de vivre mettait du baume au cœur de Katlyn. Le sourire de ce petit garçon était son remède contre tous les maux du monde. C’était en grande partie grâce à lui si elle avait pu se reconstruire ces dernières années. Aujourd’hui, il continuait de l’aider, sans même s’en apercevoir. La jeune femme se releva, le sourire ne quittant plus ses lèvres. Elle entra dans la maison rendue brûlante par le soleil de Californie. La chaleur n’avait cessé d’augmenter ces derniers jours et cela se révélait insupportable. Katlyn attrapa le marchepied rangé dans le placard et le plaça devant l’évier. Angelo grimpa dessus et se lava les mains tout seul, comme un grand garçon. Katlyn fit de même et tous les deux mirent la table en chantant un air diffusé par la télévision. Ils venaient à peine de finir qu’on toqua à la porte. Angelo se précipita sur la porte.
— Facteur !
Il avait raison. Il ouvrit la porte et adressa un signe joyeux à l’employé des postes qui se trouvait derrière. Ce dernier lui répondit avec tout autant d’enthousiasme. Katlyn les rejoignit et salua à son tour le facteur.
— Bonjour, Xavier. Vous apportez de bonnes nouvelles, j’espère ?
— Ah, peut-être, mademoiselle. J’ai un colis à vous remettre.
— Un colis ? Je n’attendais rien de précis.
— Vous, non mais votre petit bonhomme, oui. Le paquet est à son nom.
Xavier tendit le petit paquet enveloppé de papier kraft à Angelo qui le prit vivement et commença à s’éloigner avant que sa mère ne le rappelle à l’ordre.
— Merci, lança le petit garçon sans se retourner.
Cette attitude fit sourire l’employé des postes qui tendit un bloc à Katlyn, bloc sur lequel elle apposa sa signature à côté de son nom pour signifier la bonne réception du colis.
— Autre chose ? Demanda-t-elle en rendant le stylo et le bloc à son propriétaire.
— Seulement quelques lettres.
Il fouilla dans sa sacoche et lui tendit un total de trois lettres. Katlyn les accepta sans regarder de quoi il s’agissait. Un cri leur parvint du salon. Visiblement, Angelo avait déballé son colis et appréciait son contenu.
— Je ne sais pas de qui c’était mais ça a l’air de lui plaire.
— C’est un gentil garçon que vous avez là.
— Ouais, dommage qu’ils ne soient trop peu à s’en apercevoir.
— Oh, pendant que j’y pense, ma femme lui a préparé quelque chose hier.
— Il ne fallait pas.
— Bien sûr que si.
Xavier fouilla dans la petite poche avant de sa sacoche et en sortit un sachet en papier. Katlyn l’accepta, sachant qu’elle ne pourrait refuser cette offre. Ça faisait des années que Xavier était leur facteur et il tenait toujours à donner quelque chose à Angelo pour faire plaisir au petit garçon. Il était également l’un des seuls à accepter Angelo pour ce qu’il était. Il voyait au-delà de l’handicap.
— Merci.
— Bonne journée, mademoiselle.
— A vous aussi.
Xavier s’éloigna pour continuer sa tournée. Katlyn, quant à elle, ferma la porte et déposa courrier et sachet en papier sur le plan de travail avant de rejoindre son fils dans le salon. Ce dernier lui montra avec une joie non contenue le paquet qu’il avait reçu. Katlyn s’en saisit et regarda l’adresse de l’expéditeur. Denise. Evidemment. Cette dernière prenait son rôle de grand-mère très au sérieux et ne cessait de combler son deuxième petit-fils. La boite contenait plusieurs sachets de grosses pièces de puzzle. Visiblement, Nicholas avait parlé de la nouvelle passion de son fils avec sa mère. Une petite carte accompagnait le tout.
« En attendant de se voir.
Amuse-toi bien mon grand.
Bisous à tes parents.
Ta Mamie qui t’aime. »
— A moi.
— On fera ça tout à l’heure, mon grand. Là, on va passer à table. Allez.
Katlyn déposa la boite sur la table du salon et repassa dans la cuisine, suivie par son fils. Ce dernier s’installa à table, réclamant vivement à manger. Katlyn étudia le courrier en surveillant l’arrivée de Nicholas. Une pub pour des fenêtres et une facture d’électricité. Rien de bien attrayant. La dernière, en revanche, retint l’attention de la jeune femme. En particulier, le logo dessiné sur l’enveloppe. Elle se figea. Comment l’avaient-ils retrouvée ? Elle était bien sûre de n’avoir jamais laissé d’adresse derrière elle en partant de Newark. Ils étaient très peu à la connaitre. Peut-être cette négligence venait-elle de Nicholas. Katlyn décacheta l’enveloppe et en sortit la lettre. Ses mains tremblaient sous le choc, choc qui s’accentua en lisant le contenu de la lettre. Son cœur sembla plonger dans sa poitrine. Des images de son passé glissèrent devant ses yeux. Ses doigts se crispèrent sur le papier tandis que le tremblement gagnait tous ses membres. Elle n’était pas prête pour ça. Une main se posa sur son épaule. Elle sursauta si vivement qu’elle manqua de faire une crise cardiaque. Elle recula précipitamment.
— Hey, ça va ?
Nicholas. C’était sa voix. Il était inquiet. Il y avait longtemps qu’il ne l’avait pas vue entrer dans un état de panique. Qu’est-ce qui avait déclenché celui-ci ? Il prit la feuille des mains crispées de sa fiancée et en lut le contenu. Il comprenait mieux. Ils avaient réussi à trouver leur adresse.
— Comment ils nous ont trouvé ?
— Je n’en sais rien. On verra ça plus tard. Assieds-toi.
Doucement, il la guida jusqu’à la table et l’obligea à s’assoir. Son doux contact apaisa un peu la jeune femme mais la peur continuait de la ronger de l’intérieur. Cette peur était ridicule, elle le savait, mais elle n’arrivait pas à la surpasser. Elle en avait trop subi.
— Tu as parlé à ta mère récemment ?
— Oui.
— Ce qui explique le nouveau colis qu’on a reçu.
— Je lui avais pourtant dit d’arrêter de le gâter comme ça.
— Imagine seulement comment elle doit gâter Keith.
— Ces enfants nous mèneront la vie dure.
La conversation se poursuivit ainsi, calmant la peur de Katlyn en surface. Le déjeuner se passa sans incident et, sitôt qu’ils eurent fini, Angelo insista pour montrer son nouveau cadeau à son père. Katlyn, elle, débarrassa la table et remplit le lave-vaisselle qu’elle mit en route avant de rejoindre les deux hommes de sa vie dans le salon. Elle les regarda déballer les puzzles et trier les pièces. Le sourire sur le visage de son fils était un tel bonheur pour elle. Il ne souciait de rien et vivait sa vie au jour le jour. Elle aurait tant voulu en faire autant.
— Mr Jonas ne devrait-il pas retourner à son bureau sous peu ?
— Si. Cependant, je suis le patron. Je peux me permettre d’arriver en retard. J’ai besoin de passer du temps avec mon fils et ma fiancée.
— Tu es l’homme idéal.
— Répète ça. Je crois que je n’ai pas bien entendu.
— Tu as très bien entendu, sale menteur.
— C’est tellement rare les compliments que je ne peux m’empêcher de les faire répéter pour être sûr que c’en sont bien.
— Comme si tu n’avais pas l’habitude d’entendre que tu es le meilleur.
— Pas plus que toi.
Il avait raison. Tous deux étaient devenus les meilleurs dans leur catégorie. Durant son internat, Katlyn avait souvent été surmenée. Ses capacités dépassant de loin celles de ses camarades, elle était souvent demandée par les titulaires. Elle avait cependant dû mettre le holà avant de mourir d’épuisement. Les autres avaient également le droit d’avoir leur chance.
— C’est vrai. Même si j’ai dû céder du terrain aux autres.
— Tu serais morte d’épuisement si tu ne l’avais pas fait.
Nicholas embrassa son fils sur le front, le laissant terminer son puzzle seul, et rejoignit Katlyn à l’entrée de la pièce.
— C’aurait été dommage.
— Très dommage pour moi. Tu imagines ce que j’aurais perdu. Ce que j’ai déjà failli perdre.
— Je sais, Nicholas. Je suis toujours là.
— J’en remercie le Ciel chaque jour qui passe.
— Tu vas être très en retard.
Il la fit taire en déposant ses lèvres sur les siennes pour un doux baiser plein de tendresse. Elle avait mis du temps avant d’enfin apprécier ces moments de tendresse qu’il lui offrait. Tout cet amour qu’il avait pour elle l’avait effrayée mais, quand ses blessures avaient commencé à cicatriser, elle avait laissé entrer Nicholas dans son cœur. Petit à petit. Elle avait alors découvert combien il était agréable de se laisser dans les bras d’un homme qui vous aimait d’un amour sincère et véritable. Elle s’y était laissée aller toute entière et ne le regrettait pas. Ses propres sentiments avaient fini par faire surface et elle s’adonnait du mieux qu’elle pouvait à rendre ce que Nicholas lui avait donné.
— On en discute ce soir.
— D’accord.
Nicholas adressa un dernier signe à son fils et récupéra ses affaires pour retourner à son bureau. L’après-midi fut calme. Angelo fit une sieste tandis que Katlyn travaillait sur une nouvelle expérience. Elle travaillait dessus depuis peu et n’en avait encore rien dit à Nicholas. Elle lui ferait lire plus tard, quand elle l’aurait fini. La soirée vint vite et, avec elle, la discussion redoutée. Nicholas se chargea de coucher son fils et le borda avant de lui raconter une histoire. Quand le petit garçon se fut endormi, Nicholas rejoignit Katlyn dans le salon. Cette dernière était assise sur le canapé et regardait la télévision d’un air absent. Nicholas s’assit à côté d’elle et passa un bras sur ses épaules, l’attirant contre lui.
— Tu vas bien ?
— Je fatigue vite.
— Qu’est-ce qui t’inquiète tant ?
— Je ne veux pas retourner là-bas.
— Je sais.
— Tu le sais mieux que personne. Tu sais tout ce qui s’est passé. Je ne vois pas pourquoi je devrais accepter d’aller à leur stupide bal de promo pour les anciens.
— C’est compréhensible.
— Toi, tu veux y aller, je me trompe ?
— Je n’ai aucune raison de ne pas vouloir y aller. Si ce n’est…
— Moi.
— Oui.
— Je ne t’en empêcherais pas. Si tu veux y aller, tu peux.
— Et te laisser toute seule ? Certainement pas.
— Je n’en mourrais pas.
— Peut-être pas mais moi, oui. Je ne supporterais pas de te savoir si loin et aller à ce bal sans toi, ce serait la mort.
— Sûrement.
Katlyn s’enferma dans le silence, fixant la télévision sans vraiment la voir. Cette histoire l’inquiétait et Nicholas le sentait. Il savait qu’elle en était la raison mais il voulait qu’elle l’avoue d’elle-même.
— Qu’est-ce qui t’inquiète tant ?
— De les revoir. De penser que ça pourrait recommencer. Pour eux, je serais toujours cette fille qu’ils adoraient martyriser. Ils s’attendent à la revoir.
— Cette fille-là a disparu, répondit simplement Nicholas en serrant Katlyn plus fort contre lui. Elle a disparu depuis bien longtemps. Aujourd’hui, c’est une survivante. Elle a survécu à un homme violent, à la peur, à la culpabilité et même à la mort. Aujourd’hui, c’est un médecin de renom alors qu’elle n’a même pas encore atteint a fin de ses études. Cette fille a été accueillie à bras ouverts dans un nouvel établissement alors qu’elle n’y connaissait personne. Cette fille a préféré ignorer les jugements et a publié un essai sur l’handicap de son fils. Moi, je n’appelle pas ça rien.
— Je m’en souviens. Du jour où j’ai eu mon rendez-vous ici pour reprendre l’internat.
- Flashback -
Katlyn marchait nerveusement dans les couloirs de cet hôpital qu’elle n’avait pas l’habitude de fréquenter. Elle était stressée. Elle avait été convoquée par le chef afin de déterminer si elle pouvait continuer son internat ici. Cette décision, elle l’avait prise avec Nicholas. Au début, il n’était pas très partant mais il avait concédé que c’était sûrement la meilleure chose pour elle. Katlyn avait toujours rêvé d’être médecin et, après toutes les épreuves qu’elle venait de passer, réaliser son rêve ne pouvait lui faire que le plus grand bien. Alors, il l’avait encouragée, l’avait aidée à trouver un nouvel établissement et à rédiger ses lettres de motivation. Tous les établissements avaient répondu positivement à sa demande mais c’était celui-ci que Katlyn avait choisi. Non pas parce qu’il était classé parmi les meilleurs mais parce qu’il était le plus proche de chez elle et, par conséquent, de sa famille. Aujourd’hui était le rendez-vous qui allait déterminer si elle était retenue pour le job ou non. Ses mains tremblaient tant elle était stressée. Elle espérait que sa candidature serait retenue. Elle arriva devant le bureau, plus angoissée que jamais. Son avenir se jouait maintenant. Elle hésita un instant avant de frapper, reprenant son souffle, reprenant son calme. Quand elle eut repris contenance, elle frappa enfin et entra quand on lui ordonna. Elle se retrouva alors face à son avenir, calme en apparence mais paniquée intérieurement. C’était maintenant que tout se jouait. Le chef se leva et lui tendit une main qu’elle serra franchement. Elle se félicita de constater que cette main ne tremblait plus.
— C’est un honneur de vous avoir dans mon hôpital, Mlle Itachi. Pour être honnête, je pensais que vous en choisiriez un plus prestigieux.
— La célébrité de l’établissement ne m’intéresse pas. C’est sa localisation. Ici, je suis proche de chez moi et donc de ma famille.
— C’est un honneur pour moi d’accueillir une élève aussi prestigieuse que vous dans mon programme. Votre titulaire est lui aussi très impatient de vous rencontrer.
— Je suppose que le Dr Jonas a été élogieuse dans ma lettre de recommandation.
— De même que tous vos autres maitres de formation. Votre dossier est de loin le meilleur que j’ai eu.
— Ils ont toujours surestimé mes capacités.
— Peut-être est-ce vous qui les sous-estimez trop. J’aimerais vous mettre à l’épreuve. Même si je pressens que vous allez la réussir haut-la-main.
— Qu’en savez-vous ?
— Vous êtes un génie. Probablement le meilleur médecin de votre génération. Vous aurez une grande carrière. J’en suis certain. Vous êtes déjà une légende dans nos services.
Katlyn ne sut que répondre. On lui promettait un poste et on lui prêtait un avenir prometteur. On était persuadés qu’elle allait réussir, qu’elle serait quelqu’un. Elle en était flattée. Pourtant, elle n’en montra rien et se plia à l’épreuve qu’on lui donna, épreuve qu’elle réussit sans difficulté. Elle fut immédiatement engagée et c’est avec Joseph et Nicholas qu’elle fêta le début de cette nouvelle vie…
- Fin -
— Vous êtes une légende vivante, chère amie.
— C’est peut-être vrai.
— Alors, montre-leur. Montre-leur que tu es devenue quelqu’un malgré tout ce qu’ils t’ont dit ou fait.
— Nicholas…
— D’accord. Promets-moi juste d’y réfléchir, d’accord ?
— D’accord.
— Je vais dormir maintenant. Rejoins-moi vite.
Nicholas lui déposa un doux baiser sur les lèvres et disparut dans la maison. Katlyn resta un long moment dans le canapé à réfléchir à cette conversation qu’ils venaient d’avoir. Nicholas avait raison, elle le savait. Cependant, elle ne pouvait pas s’empêcher de repenser au passé, de penser à la souffrance que ses années lycée avaient provoqué… C’était là-bas qu’elle avait vécu le pire en matière de harcèlement, là-bas qu’elle avait rencontré Anthony, là-bas qu’elle avait brisé le cœur de Nicholas… C’était là-bas que la relation qui l’avait détruite avait commencée. Anthony serait-il là-bas ? Se croiseraient-ils si elle y allait ? Katlyn soupira et s’allongea en proie au doute. Nicholas voulait y aller. Elle ne pouvait pas le laisser y aller seul. Ses arguments étaient convaincants. Malgré tout ce qu’on lui avait fait, elle avait réussi. Elle avait une famille, elle avait des amis, elle avait un travail dans lequel elle excellait… Elle était devenue une légende. Pourtant, elle craignait toujours ces gens. Des gens qu’elle n’avait pas vu depuis des années. Des gens qui avaient dû évoluer. Des gens qui ne se souvenaient sûrement même pas d’elle. Rentrer à Newark lui permettrait de revoir Kevin, Amber et Keith ainsi que Denise, Kevin Senior et Frankie. Tous lui manquaient énormément et la dernière fois qu’ils s’étaient vus remontait à longtemps. Elle avait quelques jours de congés en réserve. Un peu de repos lui ferait du bien. Il était temps de rentrer…
×
Ils avaient débarqué à Newark depuis peu mais n’avaient toujours pas rejoint la maison des parents Jonas. Ces derniers ignoraient la venue de Nicholas et Katlyn pour ces quelques jours. Le jeune couple voulait leur faire la surprise. Pourtant, ils ne se pressaient pas, retrouvant la ville dans laquelle ils avaient grandi. Le voyage en avion avait encore été mouvementé, Katlyn ne supportant décidemment pas ce moyen de transport. Alors, après le débarquement, Nicholas les avait entrainés, elle et son fils, dans un endroit calme pour qu’elle puisse respirer. Ce ne fut que lorsqu’elle se sentit mieux qu’ils rejoignirent enfin les parents de Nicholas. Ces deniers furent agréablement surpris de voir le couple et leur fils débarquer. Cette surprise fut également suivie par une crise de larmes de joie de la part de Denise qui serra la petite famille très fort dans ses bras.
— Maman, ça ne fait pas si longtemps qu’on ne s’est pas vus, protesta Nicholas.
Les démonstrations d’amour de sa mère le mettaient toujours mal à l’aise, même si, au fond de lui, il adorait ces petits moments. Ses parents avaient une grande place dans sa vie et, si un jour, l’un d’eux devait le quitter, il aurait du mal à s’en remettre et tous ces petits moments lui manqueraient. Alors, il en profitait, sans l’avouer.
— Une heure loin de sa famille, c’est déjà trop long, répondit Denise en relâchant la petite famille. Je suppose que tu le sais déjà.
— Oui. Je le sais déjà.
— Que nous vaut l’honneur de votre visite surprise ? Demanda alors Kevin Senior.
— Nous avons été conviés à participer au bal du lycée pour les anciens.
— Invitation qui ne ravit pas tout le monde.
Denise coula un regard en direction de Katlyn, occupée à discuter avec Franklin un peu plus loin. Ce dernier était très heureux de revoir sa tante et son cousin et ne s’en cachait pas. Il les entraina tous les deux à l’étage pour leur montrer combien sa chambre avait changé. Les posters avaient disparu. Au lieu de ça, ils avaient des collages avec de nombreuses photos, des photos d’amis et de famille ou même de célébrités qu’il avait eu la chance de rencontrer. A cela, il avait mélangé les paroles de ses chansons préférées. Le rendu était superbe.
— Elle ne veut pas y aller.
— On ne peut pas lui en vouloir.
— Je ne lui en veux pas. Je veux juste qu’elle leur montre que, malgré tout ce qu’ils ont pu lui faire, elle a réussi. Elle est passée au-dessus de leurs vacheries et elle a la vie qu’elle voulait.
— Mais il n’y a pas que ça, n’est-ce pas ?
Nick esquiva la question de son père, sachant où il voulait en venir. C’était vrai. Il y avait une autre raison qui poussait Nick à vouloir que Katlyn l’accompagne à ce bal. Les bals de fin d’années, c’était une tradition et y aller avec la fille qu’on aimait les rendait inoubliables. Nicholas n’avait pas oublié son dernier bal de promo mais seulement parce qu’il avait souffert et c’était bien un souvenir qu’il souhaitait oublier.
— Vous devez être extenués. Je vais vous préparer une chambre.
— Je vais t’aider.
Nicholas suivit sa mère, emportant une partie des valises de sa petite famille avec lui. Son père lui donna un coup de main en montant le reste. Denise les installa dans la plus grande chambre de la maison. Kevin Senior ne resta pas pour les aider et alla toquer à la porte de la chambre de Frankie. Ce dernier l’ouvrit, surexcité.
— Je pourrais te parler un instant, Katlyn ?
— Bien sûr.
La jeune femme demanda à Franklin de garder un œil sur Angelo. Mission que l’adolescent accepta sur le champ. Ensuite, elle suivit le père Jonas dans le couloir. Ils descendirent tous les deux à la cuisine afin de pouvoir discuter tranquillement.
— Je suis content de voir que tu peux remettre les pieds dans cette ville.
— C’est toujours difficile mais je le fais pour Nicholas. Il aime cette ville. Nous avons grandi ici et vous lui manquez.
— Pourquoi ne voulais-tu pas revenir ?
— La peur, tout simplement. Je n’ai jamais été très courageuse et ce qui s’est passé ici… Je n’ai toujours pas oublié.
— C’est compréhensible.
— Anthony est sorti du coma. Il est venu nous présenter des excuses. Je pense que j’ai eu peur de lui faire de nouveau face. Dans cette ville où tout a commencé. Ce bal stupide me fait peur. Me retrouver au milieu de tous ces gens qui m’ont fait vivre un Enfer…
— Laisse-moi être honnête avec toi.
— Il n’y a pas de raison que vous ne le soyez pas.
— A votre bal de terminale, Nicholas et toi étiez fâchés. Je l’ai vu tout de suite malgré le fait que vous essayiez de sauver les apparences. Avec Denise, on a tous les deux crus que vous iriez ensemble.
— Mais Anthony est arrivé.
— Même s’il ne t’en a rien dit et qu’il ne t’en dira probablement jamais rien, Nicholas en a souffert. Aller à ce bal sans toi l’a blessé plus qu’il ne pourrait l’avouer. Te voir avec Anthony l’a quasiment achevé. C’est pour cette raison qu’il est parti en France.
— Il vous l’a dit ?
— Non. J’ai appris à écouter mes fils même quand ils se taisent. On en dit souvent plus quand on garde le silence.
— C’est souvent ce que me dit Joseph.
— Ce que je veux te dire, Katlyn, c’est que Nicholas se fiche complètement de ce bal. Ce qui l’intéresse, c’est d’y aller avec toi afin de rattraper celui qu’il a raté il y a dix ans. Il en a souvent rêvé. Il s’y voyait déjà.
— Et j’ai détruit ce rêve.
— Je ne veux pas te forcer la main. Je voulais juste que tu saches que c’était important pour Nicholas.
— Je vais y réfléchir. Merci.
Kevin Senior lui serra doucement la main et quitta la pièce. Katlyn resta assise un moment à la table. Elle réfléchissait à cette conversation qu’elle venait d’avoir. Au fond, elle savait ce qu’elle allait faire. Elle avait hésité longtemps mais la conversation qu’elle venait d’avoir avec Kevin Senior avait fini par donner de lourds contre-arguments pour contrer sa peur. Elle savait qu’elle devait y aller, ne serait-ce que pour réparer le mal qu’elle avait fait à Nicholas. Après tout, elle le devait bien. Et il avait raison. Elle n’était plus cette adolescente paumée et faible qu’elle était dix ans plus tôt. Elle devait le leur montrer. Leur prouver qu’elle avait réussi malgré leurs vannes incessantes. Ne restait plus qu’à surmonter cette peur dont elle n’arrivait pas à se débarrasser.
→ Samedi soir, aux alentours de dix-neuf heures
Katlyn était au bord de la crise d’angoisse mais elle était prête. Sa peur la rendait indécise mais elle savait qu’elle devait le faire. Pour Nicholas. Ce dernier n’était même pas au courant. Elle ne lui avait rien dit, même si elle avait pris sa décision peu après sa discussion avec Kevin Senior. Elle avait bien vu que Nicholas était blessé par son non-changement de décision. Elle aurait pu s’en sentir coupable mais ce n’était pas le cas. Parce qu’elle avait changé d’avis. Parce qu’elle irait avec lui. Ensemble, ils allaient recommencer leur histoire là où elle aurait dû commencer : au lycée. La porte s’ouvrit brusquement et Nicholas entra dans la chambre. Il était prêt. Même prêt à partir.
— Katlyn, je… Commença-t-il avant de s’arrêter brusquement.
Ses yeux parcoururent le corps de Katlyn de haut en bas et un « wow ! » silencieux lui échappa. Les mots lui manquèrent. Elle était tout simplement époustouflante.
— Pas très bavard pour un journaliste.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? Demanda-t-il, toujours sous le choc.
Katlyn s’approcha de lui et crocheta son bras au sien en lui souriant. Il répondit à son sourire. Il avait compris. Elle avait changé d’avis. Ils y allaient ensemble. Son sourire atteignit ses yeux qui se mirent à briller de bonheur.
— Jerry, me feras-tu l’honneur d’être mon cavalier ce soir ?
— Comment pourrais-je refuser ? Répondit-il en déposant un léger baiser sur les lèvres de son amante.
— Tes parents gardent Angelo pour la soirée. Nous avons toute la nuit.
— Profitons-en pleinement.
En souriant, ils descendirent dans l’entrée où ils passèrent inévitablement par la case photos. Ensuite, ils allèrent directement au lycée avant que quiconque ne change d’avis. Katlyn était nerveuse mais elle savait qu’elle avait fait le bon choix. Il était temps qu’elle cesse d’avoir peur et qu’elle leur montre qu’elle s’en était sortie, qu’elle était devenue plus forte. Ce soir, c’était son soir. Ils arrivèrent rapidement au lycée et se présentèrent à l’entrée. C’est Evana en personne qui les accueillit. Lorsqu’elle vit Katlyn, elle écarquilla les yeux, semblant ne pas y croire. Elle se tourna brusquement vers les anciens déjà présents et s’adressa à l’un d’eux.
— Ryan, tu me dois cent dollars ! Elle est venue !
Ledit Ryan se détacha de la foule et vint rejoindre Evana à l’entrée. A son tour, il ouvrit grand les yeux en voyant Katlyn. Il se résigna à donner les cent dollars qu’il devait à la pompon girl. Cette dernière les empocha et donna les étiquettes autocollantes correspondantes à Nicholas et Katlyn. Etiquettes que le couple colla sur leurs vêtements avant de se fondre dans la foule.
— On a passé le plus dur, souffla Nicholas à l’oreille de Katlyn.
— Le plus dur sera de survivre à tous les curieux qui approchent.
Elle n’avait pas tort. Tous les anciens de la promo approchaient pour voir ce qu’était devenue la fille qu’ils avaient tant martyrisé. Ils l’avaient insultée, frappée et humiliée. Elle n’avait jamais oublié. Aujourd’hui, ils étaient limite en train de lui lécher les bottes. Des paris avaient été lancés pour savoir si elle viendrait, d’autres pour savoir si Nicholas et elle viendraient ensemble ou encore pour savoir s’ils auraient enfin sauté le pas et étaient devenus amants. Les murmures fusaient. Pourtant, ça n’entacha pas la soirée de Katlyn. Elle refusait d’être leur centre d’attention. Elle refusait de voir ces gens qui l’avaient autrefois détestée et qui aujourd’hui retournaient leurs vestes comme si rien n’était arrivé. Elle s’amusa. Nicholas aussi. Elle n’était pas là pour eux, pour ces hypocrites. Elle était là pour elle. Pourtant, une personne faillit lui faire rebrousser chemin.
— Tu es magnifique.
Le sang de Katlyn se glaça dans ses veines. Elle connaissait cette voix. Elle avait été terrorisée par cette voix. Mais Dieu qu’elle avait aimé cette voix. Elle se retourna pour faire face à son interlocuteur. Il n’avait pas changé. Il avait seulement vieilli mais cela n’enlevait rien à sa beauté naturelle.
— Je me suis demandée si tu serais là.
— Je me suis posé la même question.
— J’avais un peu peur de te revoir.
— Je ne vois pas ton cavalier.
Il changeait de sujet. Il ne tenait à revenir sur leur passé commun, un passé qui continuait de le tourmenter. Il n’avait pas été lui-même. Il avait été trop loin. Il le regrettait. Pourtant, il l’avait toujours su. Il avait toujours su que Katlyn ne serait jamais entièrement sienne. Elle était à Nicholas depuis toujours.
— Il est parti me chercher un verre. Il ne devrait pas tarder.
— Je ferais mieux de te laisser dans ce cas. J’ai été content de te revoir.
Katlyn le regarda disparaitre dans la foule. Leur courte conversation avait été tendue, pleine de souvenirs du passé. Elle lui avait trouvé un air malheureux et ne put s’empêcher d’en ressentir une pointe de tristesse. Peut-être l’avait-il vraiment aimée après tout.
— Ça va ?
Nicholas. Il lui glissa un verre dans les mains. Elle en but une longue gorgée avant de lui répondre.
— J’ai seulement vu un fantôme de mon passé.
— Ce sont tous des fantômes de ton passé.
— Mais j’ai eu une histoire avec celui-là.
— Il est ici ?
— Je viens de le voir.
— Comment il était ?
— Triste. Malheureux. Me voir semble lui faire du mal.
— Et tu t’en sens coupable.
— Je me dis que…
— Hmm ?
— Peut-être m’aimait-il vraiment au final.
Sans répondre, Nicholas la serra contre lui à l’en étouffer. Elle n’avait pas tort. Nicholas s’était demandé la même chose la dernière fois qu’il avait vu Anthony. Malgré tout le mal qu’il avait fait, il avait décidé de prendre sur lui et de venir s’excuser. Cette attitude relevait d’un grand courage mais, également, d’une preuve qu’il avait tenu à Katlyn ne serait qu’un peu. Nicholas serra sa fiancée plus fort contre lui. La soirée continua son cours et se déroula à merveille. Quand ils rentrèrent, Nicholas borda Katlyn qui s’était endormie dans la voiture et la changea. Il se changea à son tour et s’allongea auprès d’elle. Il l’embrassa sur le front et ferma les yeux. Il continuait de songer à leur conversation à propos d’Anthony. Au fond, peut-être l’avait-il vraiment aimée…
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