Performances - Natures Mortes • Anne IMHOF au Palais de Tokyo
Une dérangeante inquiétude
L'espace d'un soir, suspendu, le temps troublant d'un orgasme existenciel.
Les ombres longilignes et encapuchonnées déambulent. L'oeil fixe de ces présences muettes porte le fardeau de ténèbres profonds qui les obsèdent. La démarche lente mais assurée, les silhouettes animées mènent la sourde introspection de leurs chairs avivées. Jusque dans l'abstraction expiatoire, elles se laissent guider par leurs voix les plus intimes, abandonnées. Elles glissent, semblent survoler le sol. Elles cognent aussi, tant les corps, les esprits et les sens confrontés se mêlent au fil d'un délire bestial mu par une pulsion sexuelle étouffante. Dans une folie vibrante s'épanche la procession solennelle.
L'énergie dévorante de ces corps habités nous pénètre comme un soufflet de vie des plus intenses. Jusqu'à plus, les sombres personnages s'épuisent et se délectent d'une trans viscérale.
L'alcool bénit, la cire coule, brûle et sanctifie.
Les scènes sont nimbées de l'aura d'une piété morbide aux éclats rouges, bleus, du sacrifice à la rédemption, d'une blancheur crue au noir tranchant. Les ondes disruptives d'une musique entêtante offrent leurs âpres caresses. Partout, les voix tonent en canon une douleur mystifiée au lyrisme sardonique.
Des instincts cacophoniques articulent une tortueuse cérémonie qui envahit jusqu'aux entrailles secrètes du Palais : ils touchent les abysses de mystère et d'une fougue délectable, ornés d'un halo brûlant à la sensualité étrange.
Dansent les démons inquiets, vibrant de mille feux dans une ronde infernale. Ils vénèrent leur idole du beau sexe en parade. La madone illuminée et mugissante, muse de l'artiste, a des airs d'icône déchaînée. Par une domination impérieuse propre à une redoutable prédatrice, elle possède la foule engluée et se nourrit avidement de l'attente de la masse recevant béatement l'eucharistie apocalyptique.
L'obsession poursuit, colle à la peau et investit la chair en égarant l'esprit fatalement impuissant face au tonnerre sensitif de cette fièvre tourmentée.
La perfomance proposée par Anne Imhof dans le cadre de son exposition événement Natures Mortes éblouit et fascine, ébranle et provoque profondément.
À vivre


















