Cher journal,
Je t'écris ces quelques mots depuis Noduwez, un petit village propret mais sans aucun commerce, après une étape ensoleillée et plutôt plate, donc plus sympatoche que la veille.
On a eu un peu peur en arrivant : au milieu d'une rangée de petites maisons de briques gentiment alignées, on a remarqué un mur dégueu en tourbe ou en terre, très très artisanal, fait main (mais par une main maladroite et contrôlée par un cerveau malintentionné), dans lequel était incrusté un petit panneau "good people are welcome, others FUCK OFF". Mais on s'est vite rendu compte que notre gîte, c'était en fait la grande maison bourgeoise d'à coté et au final je t'écris depuis une chambre des plus douillettes, qui ne sent pas la tourbe (mais la chaussette et la transpiration, ça, oui).
Revenons-en d'abord à l'après-midi d'hier. Je t'ai déjà parlé de la coupure d'électricité, déclenchée par l'attaque des milices flamandes, et de la raffinerie de betteraves, mais j'ai omis de considérer la dimension animalière de notre séjour. Quand on est arrivés à l'Airbnb, on a en effet été accueillis par une dame sympa (qui, malgré une conversation assez détaillée avant notre visite, nous a quand même demandé où étaient nos vélos) mais aussi par un chien énorme, qui faisait à peu près la taille d'un poney Shetland. Elle nous a dit que c'était un berger d'Anatolie mais quand on l'a gentiment qualifié de "beau bébé", elle a cru qu'on se moquait de son embonpoint (manifeste) parce qu'elle nous a répondu que, par rapport à ses congénères, il était plutôt maigrichon.
Le soir, pour manger, comme on avait pas envie de se contenter de betteraves sucrières, on est allés chercher des pizzas à Bella Napoli, un établissement tenu par une nonna au bras cassé (donc pas de pâtes aujourd'hui), assistée d'un duo italo-belge très occupé à faire connaissance dans plusieurs langues, dont l'ouverture le dimanche avait motivé en grande partie notre choix de parcours. Comme nous en avons maintenant l'habitude en Belgique, le paiement par carte s'avère impossible, ce qui ne nous empêche pas de commander trois pizzas : deux pour le soir et une troisième (avec supplément oeuf ; diététique, quand tu nous tiens) pour le petit déj.
Ce matin, notre pizza froide avalée, on est donc partis à l'heure habituelle, après un badigeonnage en règle au Footglide. On doit par contre confesser que le Footglide, c'est pas sûr les pieds qu'on l'utilise : pour Thomas c'est plutôt vers le bas du corps, mais on peut pas dire où parce que c'est un gros mot ; chez Julien pareil, mais au dessus de la ceinture.
L'étape, comme je le disais plus haut, s'est avérée très plaisante, grâce à un météo clémente, un petit vent du sud pas désagréable, et un relief fort peu accidenté. Au point de vue paysages, on n'est pas au niveau des affiches de campagne ultra-nationalistes du premier jour, mais les villages, quoique généralement désertés par leur population, ne sont pas sans charme, dans un genre un peu scandinave et assez moderne ; on y voit beaucoup d'exemples de ce qu'il convient d'appeler des "maisons d'architecte" - au singulier, parce que comme dit Thomas, le même design a visiblement été recyclé pas mal de fois dans la région.
Pour finir, cher journal, je tenais à t'annoncer qu'on avait presque clos le "débat des huit jours". Julien a en effet trouvé un article sur un site hyper sérieux qui explique à propos de cette expression que "l’usage en a fait petit à petit un synonyme quasi parfait de une semaine." Sans vouloir rentrer dans les détails, ça remonte aux Romains et tout, mais Thomas n'est pas convaincu...
À demain cher journal. Je t'écrirai alors de Wavre, ville de naissance de Maurice Carême, notre poète préféré. En son hommage, on a déjà commencé à composer un sonnet sur l'amour filial (auquel un tiers de son œuvre est dédié), dont on te réservera bien-sûr la primeur.






