VOL Porté par bien des ailes de l’amour, je vis la démesure des éléments, la douceur de ses chutes, l’effarement, les airs uniques d’une musique polyrythmique, la couleur sonore de vents dispersés, le bruit sourd des grillons, les rires, les échos de différents courants. Je veux m’arrêter ici et là, être le geste de l’épi de blé dans le vent, m’embourber dans la noirceur de raisins foulés. Au milieu de souffles divers je traverse un nœud de branches et de destins, la chaleur du soleil, l’aura noire de la nuit, la peau de pain et les ailes lustrales. Je vole, non que je craigne la nuit de cendre ni le vent froid d’acier dépouillé, mais parce que les ailes se déploient en un point solaire, luminaires dans la poussière de l’août. Je guette comme un hibou l’ombre grise des pins, la campagne désolée, l’eau de la lune, et, les yeux lourds, je lève le voile, âme d’amour, amour sur chaque aile.
PEDRO SERRANO




















