« C'est personnel » Prédication par Andrew Rossiter à Villeneuve sur Lot le 25 juin 2023
Jérémie 20.10-13, Matthieu 10.26-33
Le film « Vous avez un message » est l’improbable histoire d’eau de rose de la relation entre une femme qui a une librairie pour enfants à Greenwich Village et un multimillionnaire qui installe un mega-supermarché de livres à deux pas de son magasin.
Quand Kathleen Kelly (jouait par Meg Ryan) découvre le projet de Joe Fox (Tom Hanks) elle est dévastée. Ils se rencontrent plus tard dans le film et le casting est excellent avec Meg Ryan dans le rôle de la pleurnicheuse. Pour expliquer que le projet ne vise pas sa boutique Joe Fox lui dit, « Ce sont les affaires, ce n’est pas personnel », sa réplique est, « c’est totalement personnel, c’est ma librairie qui va disparaître ».
Le thème de pleurnicher était aussi pris par le cinéma français en 1974 avec Jean Carmet dans « Comment réussir quand on est con et pleurnichard » et il découvre que pleurnicher peut vous faire réussir auprès des femmes et dans les affaires.
C’est « la France qui pleurniche », comme l’a dit Richard Ferrand à l’Assemblée Nationale, autant fière que cette France qui râle. Comme si les habitants d’un seul et même pays peuvent partager les mêmes traits de caractère.
Se lamenter, pleurnicher - nous connaissons tous des personnes qui se plaignent et qui peuvent nous plomber notre journée avec leur vision négative du monde. Ces personnes ne connaissent jamais ce que c’est d’être contents. C’est comme si le monde entier s’aligne contre eux pour leur apporter un mauvais coup après l’autre. Ces personnes peuvent détruire des relations et devenir des gens toxiques au point que nous essayer de les éviter. Nous les inviterons jamais pour fêter nos anniversaires.
Il existe un mot en français « jérémiades » que le dictionnaire définit par « une plainte sans cesse sur la place publique qui importune ». Le mot vient de notre prophète Jérémie qui a écrit cinq poèmes de lamentations, dont nous avons entendu un extrait ce matin.
Nous sommes bien plus hésitants que lui d’adresser nos prières à Dieu de cette manière. Nous ne nous plaignons pas auprès de Dieu, nous ne le morigénons pas, nous employons un vocabulaire « spirituellement correct » pour parler avec Dieu. C’est peut-être la mesure de la vérité d’une relation de pouvoir justement houspiller, réprimander et pourquoi pas engueuler l’autre. Si c’est le cas, nous pouvons dire que Jérémie entretenait une relation vraie et honnête avec Dieu.
C’est ainsi que je peux comprendre le langage souvent très violent dans plusieurs Psaumes par exemple. Exprimer sa soif de violence, vengeance et colère, vouloir voir Dieu détruire les ennemies et raser des villes est peut-être l’expression du fait qu’avec Dieu on peut tout dire. Face à l’autre, en qui nous avons une confiance totale, on peut tout dire.
Mais rares (ou non-existantes) sont nos relations où nous avons cette liberté d’expression. Nous avons peur de blesser l’autre, ou peur que l’autre nous tourne le dos et rompre la relation que nous avons tisser avec beaucoup de mal et de soin, donc nous enrobons nos quatre vérités d’une couche sucrée, pour « faire passer la pilule ». Nous nous entendons dire, « J’espère que je ne vais pas te blesser quand je te dis… » Sachant pertinent que ce que j’ai à dire va blesser l’autre. Mais comment le dire sinon? Ou nous entendons, « Je te le dis pour ton bien, tu sais ». Mais non, je ne sais pas, c’est peut-être plutôt pour TON bien que tu me le dis. Ou encore « Je dis ce que je pense ». C’est souvent mieux de penser alors avant de dire.
C’est justement avec Dieu que nous n’avons pas ces craintes. Dieu n’attend pas de nous les mots qui lui plaisent. Dieu n’attend pas de nous un comportement exemplaire et un vocabulaire correct. Certes nous pouvons blesser Dieu avec ce que nous disons ou faisons mais Dieu ne rompra jamais la connexion avec nous, Dieu ne nous tournera jamais le dos. Jérémie parle de ce qui dans son cœur, il ne parle pas de ce qu’il pense, rumine ou calcule. Il dit « Tu m’as dupé ». « Maudit soit le jour de ma naissance ». « Tu m’as séduit ». Il reproche Dieu d’avoir fait de sa vie un lieu de lamentations, de colère et de « négativité ». Car il ressent que tout est contre lui, comme si le monde gravite autour de son nombril. Il a trouvé le responsable et c’est pour cela qu’il est malheureux. Il est comme tous ces croyants qui ont la foi éprouvée, ou qui ont abandonné la foi et voient en Dieu le responsable de leurs malheurs. Comme si Dieu peut arranger leur situation par sa toute-puissance. Il voient un Dieu qui fait ce qu’il veut avec les humains et le monde, sans devoir rendre compte à quiconque.
Mais est-ce le Dieu de la révélation? C’est devant cette question que Jérémie s’arrête. C’est ici qu’il voit une autre possibilité. Jérémie déploie toute son énergie à aimer Dieu: il le sert, il prend sa défense, il est son porte-parole auprès du peuple… et il reste perplexe car il n’en tire aucune satisfaction. C’est comme si Dieu n’existe pas, ou qui ne donne aucun signe de son existence. Il descend dans un spiral de lamentations et de pleurnicheries.
Mais si ce Dieu n’existe pas? Si le Dieu manipulateur, injuste et interventionniste n’existait pas. S’il n’y pas de Dieu indigne d’amour? Si un tel Dieu n’est autre qu’un produit de l’imaginaire de ceux qui pensent mériter son intervention? Car c’est ce Dieu, ou cet image de Dieu que Jérémie conteste. Car ce Dieu n’est pas le Dieu d’amour, de grâce et du pardon inconditionnel.
Et s’il existait un tout autre Dieu? S’il existe un Dieu de la relation intime. Pas un Dieu qui arrange, ou qui n’arrange pas les choses selon nos souhaits, nos désirs et nos besoins, mais un Dieu qui intervient dans nos vies pour les transformer pour que nous devenions les croyants engagés à la transformation du monde.
Dans le film, Joe Fox représente le croyant bien dans ses bottes, « Ce sont les affaires ce n’est pas personnel ». Mais oui, c’est personnel, c’est pratiquement uniquement personnel. Intimement, viscéralement, profondément personnel. Meg Ryan, la pleurnicheuse, avait raison.
C’est à ce Dieu, le seul et unique, que Jésus consacre sa vie. C’est le seul et même Dieu qui attend notre amour en acte en son nom, pour que le monde aille mieux. Peut-être pas tout le monde, mais au moins le petit bout autour de nous. Et surtout parce que nous ne voyons pas, et peut-être nous ne verrons jamais la récompense de nos actions.
Ne soyons pas étonnés que le monde rejette ce message et ce Dieu, car le monde ne veut pas sa conversion et refuse les témoins qui en parlent. C’est à la conversion de ce Dieu que nous prêchons et c’est contre tout autre Dieu que nous révoltons. C’est parce que nous sommes libres d’exprimer les injustices avec nos mots à nous et de faire entendre nos incompréhensions que nous nous proclamons en faveur du Dieu de Jésus Christ qui agit en nous et fait de nous les témoins de ses actions dans les cœurs de gens afin que le monde change.