IS TROPICAL, la tête dans le sablier
De g à dr : Simon Milner, Gary Barber, Kirstie Fleck, Dominic Apa et un bras / © Facebook
Cyber-rencontre avec Gary Barber, qui s’apprête à sortir le quatrième album du groupe préféré des kids des 00′s - enfin, si tout va bien...
Qui se souvient d’IS TROPICAL ? Pas grand monde hélas, et c’est bien dommage. On avait déjà senti le vent tourner lors de la sortie pour le moins “confidentielle” de Black Anything en 2016, un ambitieux album en cinq parties, chacune enregistrée dans un coin différent du globe. Une envie d’ailleurs que le désormais quatuor (la chanteuse Kirstie Fleck, réincarnation inavouée de Nico, rejoignait officiellement Gary Barber, Simon Milner et Dominic Apa en 2014) n’a jamais caché : en 2013, il sort un EP, Flags, entièrement dédié à l’Amérique latine. Quelques mois plus tard, le groupe (formé à Londres) partira jouer en Mongolie, devenant un des premiers projets occidentaux à se produire là-bas - Vice avait suivi les musiciens à l’occasion, et le branle-bas de combat diplomatique provoqué par leur venue en disait long sur la teneur de l’événement.
https://youtu.be/NKAk3x-QZI4
https://youtu.be/QledL8dNKsU
Si la pop d’IS TROPICAL a toujours voyagé, elle est aujourd’hui à l’image du reste du monde : clouée au sol. Contacté par mail, Gary Barber nous explique : “La pandémie a pour elle que du coup, on n’est pas pressés de sortir l’album pour partir en tournée derrière, puisqu’on peut pas. Du coup, on prend notre temps.” Et pas qu’un peu, puisque Cola Spirit, le quatrième album du groupe, avait été à la base annoncé pour l’été 2020. “C’était une expérience plus simple, c’est sûr, mais on s’est quand même inspirés de nos voyages pour l’écriture. Une de nos nouvelles chansons parle d’un ministre du pétrole en Arabie saoudite, dans les années 60/70. (...) C’est donc une notion qui transparaît toujours pas mal malgré tout.”
Le temps, IS TROPICAL n’a pas attendu la pandémie pour le prendre : au-delà du retard pris pour Cola Spirit, Black Anything, l’album précédent, est sorti il y a plus de quatre ans déjà. Et les affaires, dans tout ça ? “On a tous été occupés, mais séparément, répond Gary. Dom est parti vivre à New York, Simon en est revenu, et moi et Kirstie on est partis s’installer à Margate, au bord de la mer. Dom a joué dans pas mal d’autres groupes, y a un peu de sa magie sur quelques CD sortis depuis, Simon a réalisé quelques clips et a produit d’autres artistes. De mon côté, j’ai dessiné des artworks pour des groupes, j’ai lancé une agence, et Kirstie a ouvert un super restaurant mexicain. Bref on a été très occupés, mais on a toujours trouvé le temps de se retrouver avec l’objectif de refaire de la musique ensemble.”
Après tout, comment leur reprocher de prendre leur temps dans ce contexte ? D’autant plus qu’IS TROPICAL décélère depuis quelques temps déjà, entre un premier album electro ravageur, dans la pure lignée des sorties Kitsuné du début des années 2010, jusqu’à une pop plus organique, presque plus posée. L’effet Kirstie peut-être ? “Y a clairement une douceur dans sa voix, et ça a sûrement joué sur l’aspect mélodique de certaines chansons, d’une manière ou d’une autre. Et puis soyons honnêtes : on se fait vieux bordel.”
Mais alors, de quoi va parler Cola Spirit ? En tout cas sûrement pas du bon vieux temps, comme l’explique le musicien : “Cola Spirit a plusieurs facettes, mais aucune au sujet du temps qui passe.” Et vlan. Pourtant, au vu du vide abyssal de nos vies, difficile de s’inspirer du quotidien. Gary rebondit : “Comme on a arrêté de se créer de nouveaux souvenirs, on se tourne vers les anciens, et on reconnecte avec ‘le bon vieux temps’ et de vieux amis. J’ai fait écouter le disque à Blaine (Harrison, des Mystery Jets, ndlr) et il m’a répondu qu’on faisait de la dance music triste, très nostalgique - je sais pas trop si c’est un compliment ou pas à vrai dire.” Pour nous, ça l’est. “Le prochain extrait s’appelle ‘Hummingbird’, et on y chante ‘Je vole droit, comme un colibri’ (hummingbird en anglais, ndlr) - je trouve que c’est à l’opposé de la notion de temps qui passe.”
En attendant un retour à la normale et sur scène (l’un devrait coïncider avec l’autre), IS TROPICAL continue de ne rien faire comme les autres : alors que l’album est à moitié annoncé, le groupe a mis en ligne un étrange site web composé essentiellement d’un générateur d’anecdotes manifestement inspirées de leurs nombreuses tournées ; aussi improbables que certaines d’entre elles puissent sonner, Gary nous le certifie, “le dieu du site ne ment jamais.” Une manière de faire amende honorable ? Absolument pas. “Je pense qu’on devrait célébrer le joyeux bordel” plus que s’en excuser. Même s’il le confesse, il est désolé pour les haters - “ça doit être chiant pour eux.”
Contacté par mail fin novembre 2020, Gary a fini par me répondre deux mois plus tard, se confondant en excuses pour un retard qui n’en était pas vraiment un. Une preuve supplémentaire de cet autre espace-temps dans lequel évolue IS TROPICAL, celui dans lequel on prend les choses en toute tranquillité, et où les albums arrivent... quand ils arrivent (à ce jour, toujours aucune date de sortie pour Cola Spirit). Par les temps qui courent, qui osera leur en imposer un ?
















