La grève reconductible gagnante des TA de Sotteville
Le 3 août, après 54 jours de grève, l'assemblée générale des conducteurs de manœuvre de Sotteville a décidé la fin du mouvement. C'est aussi en assemblée générale que les grévistes reconduisaient la grève depuis le 11 juin.
C'est une grève victorieuse !
Le protocole de fin de grève acte les reculs de la direction :
Les TA sont maintenus à Sotteville.
Les accords locaux demeurent.
Les roulements seront améliorés.
C'est la victoire de la détermination, de l'unité, de la démocratie ; et aussi de la solidarité : les TA et TB de Villeneuve, les TA de Chartes, les TB de Sotteville ont fait grève en soutien aux camarades TA de Sotteville. La solidarité financière a aussi compté et elle demeure utile : www.lepotcommun.fr/pot/slsjcmka
Au 20ème jour de grève, nous avons questionné 2 conducteurs de manœuvre et de lignes locales (CRML) Fret, Stéphane Lachèvre et Stéphane Simon, militants SUD Rail de Normandie.
AL : en plein conflit national, les 12 CRML de Sotteville-lès-Rouen ont décidé le 11 juin 2018 de partir en grève, reconductible chaque jour en Assemblée Générale, Pouvez vous nous dire les raisons de ce conflit suivi à 100% ?
Stéf L : La direction veut encore réduire drastiquement les effectifs Fret sur Sotteville, dont les CRML et en même temps s’attaque frontalement à nos conditions de travail et de rémunération.
Stéf S : La « brutalité » de la direction a facilité la mobilisation de nos collègues, rendant le conflit inévitable au vu des pertes de salaire et des conséquences sur la vie privée de chacun.
AL : Comment vous êtes vous organisés ?
Stéf L : Ce sont les agents qui ont décidé naturellement de partir en grève reconductible en AG car ça a toujours été notre façon d’agir lors des conflits locaux précédents. Ce sont les AG qui décident, y compris de nos revendications.
Stéf S : Nous avons malheureusement une vieille expérience des conflits et nous pensons collectivement que la grève reconductible est la mieux adaptée quand on est déterminé et qu’elle facilite la démocratie directe dans la lutte
AL : d’après vous quelles raisons peuvent justifier la provocation et la précipitation de la Direction ?
Stéf L : La direction agit comme un bulldozer et applique la méthode Macron. De plus, elle pensait à tort que nous étions affaiblis par le conflit national.
Stéf S : Il y a, de la part de la direction, une volonté de faire subir une forme de « mal être », « d’inconfort » aux agents afin de favoriser d’éventuels départs. En effet, une partie du personnel est censé travailler avec des enchaînements difficiles et une productivité accrue tout en perdant de l’argent, pendant que l’autre partie du personnel serait peu ou pas utilisée en perdant également de la monnaie……
AL : la direction refuse de négocier sérieusement, quelles sont vos perspectives et propositions d’actions
Stef L : Nous essayons d’élargir le mouvement. Des collègues CRML de Chartres font régulièrement des jours de grève en solidarité. On a le soutien des conducteurs de ligne (CRL) voyageur et fret de Sotteville et maintenant ce sont les conducteurs fret de Villeneuve-Saint-Georges qui se mettent en grève.
Stef S : On organise notamment la solidarité afin de tenir pour obliger la direction à ouvrir de réelles négociations
AL : Ces réorganisations et ces suppressions de postes sont elles liées à la future filialisation du Fret ?
Stéf L : Cela fait de nombreuses années que l’Etat et la direction préparent la filialisation du Fret. Il y a un coup d’accélérateur depuis l’arrivée de Macron.
Stéf S : Oui, pour la direction il faut réduire l’écart entre la SNCF et la Privé en terme de productivité, de précarité et de salaire afin de rendre en apparence la passage à la filiale moins douloureux
AL : Cette filialisation va-t-elle améliorer la situation du fret ferroviaire ?
Stéf L : Bien sûr que non ! D’ailleurs les entreprises de fret ferroviaire privées sont toutes en difficultés face à la concurrence de la route qui pratique un dumping social effréné.
Stéf S : Non, le Fret ferroviaire, public comme privé, est dans une impasse car peu ou pas rentable, ce qui rend sa survie compliqué sans investissement financier de l’Etat et un rééquilibrage du chemin de fer face à la route.
AL : A travers cette lutte exemplaire, quelle politique du Fret réclamez vous pour le bien de toutes et tous ?
Stéf L : Nous revendiquons un développement du Fret ferroviaire public, qui passe notamment par des décisions politiques contraignantes vis-à-vis des entreprises et une réfection des petites lignes sur tous le territoire.
Stéf S : Un Fret appuyé sur une vision politique écologique, le tout en gardant une vocation de service public serait une belle évolution...
AL : avez-vous des compléments d’infos ou de ressentis à nous transmettre
Stéf L : Il y a plein de conflits dans beaucoup d’entreprises. Il faut arriver à se coordonner et construire un mouvement général.
Stéf S : Face à ce style de gouvernement, notre lutte n’est qu’un grain de sable. Seule une grève générale agglomérant l’ensemble des luttes, et l’ensemble des mécontents pourrait changer les choses de façon conséquente.
Merci d’avoir répondu à mes questions, Alternative Libertaire apporte son total soutien à votre lutte exemplaire à plus d’un titre
Interview réalisé par Jacquot CAL Rouen le 30 juin 2018.