Entretien avec Jean-Paul Delfino. Comment est née votre passion pour le Brésil et la musique brésilienne?
C’est venu comme une histoire d’amour. Quand vous marchez dans la rue, vous rencontrez des milliers de personnes et, à un moment, vous croisez quelqu’un en particulier. Vous ne savez pas pourquoi, ça a la saveur de l’évidence, et vous tombez follement amoureux. C’est ce qui s’est passé avec le Brésil. Ce jour-là, j’avais 13 ans, et en écoutant la musique brésilienne de João Gilberto, j'ai eu mon premier déclic. Ensuite, j’ai fait mon premier voyage au Brésil à 20 ans. À part la musique, je connaissais deux choses: Pelé, le génie du football qui a remporté la Coupe du monde en 1958, et tous les ans, un spectacle exceptionnel à la télévision, le carnaval de Rio. J’ai trouvé cette coutume terriblement intéressante…. Comment expliquez-vous le grand nombre d’adaptations françaises de titres brésiliens? Il y a une explication d’ordre historique. En 1964, avec le début de la dictature, la censure frappe le Brésil et on ne peut plus écrire ce qu’on veut. Il y a énormément de chanteurs, de compositeurs et d’auteurs qui ont quitté le pays de 1964 à 1984. La majorité d’entre eux est allée en France. Il existe un lien amoureux entre la France et le Brésil depuis sa découverte en 1500.Dans son histoire, le Brésil a été français pendant quelques années, alors que les Français avaient chassé les Portugais. Puis Victor Hugo a beaucoup fait pour que le Brésil acquière son indépendance. Il y a toujours une espèce de dette d’amour pour la France, de moins en moins aujourd’hui avec la mondialisation, mais pendant très longtemps, la langue de la culture là-bas, c’était le français. On ne pouvait pas prétendre être un homme accompli si on n’avait pas passé un séjour en France. Parmi les chanteurs français, Claude Nougaro est un de ceux qui se sont le plus inspiré de la musique brésilienne. Que pensez-vous de ses adaptations? J’ai eu la chance de connaître Nougaro et lui n’a jamais tenté de traduire une chanson brésilienne en français. Il a toujours utilisé la mélodie et l’atmosphère originales en ajoutant des textes totalement nouveaux. Mais « Bidonville » reprend un certain nombre des clichés que vous critiquez: «les filles qui ont la peau douce la vendent pour manger», «les gosses jouent, mais le ballon, c'est une boîte de sardines» Avec « Bidonville », il est allé au plus rapide. «Ah, tu verras» est formidable, c’est un petit bijou. La chanson d’origine n’a rien à voir, c’est une chanson contre la dictature. Il y a un proverbe italien qui dit «traduttore, traditore». Obligatoirement, quand on essaye de traduire, on trahit. Claude Nougaro ne parlait pas brésilien, alors plutôt que de faire des mauvaises traductions, il a fait de belles créations originales. À mon avis, il a rendu service au pays car beaucoup de Français sont passionnés pour le Brésil grâce à ses chansons. LIRE LE RESTE sur :http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20140708.OBS3094/le-bresil-champion-du-monde-de-musique.html