Ma participation à l'exercice lancé par @lulantis ! Dialogue original disponible ici !
Cela faisait un moment que Raph était réveillé. Il était toujours allongé sur son matelas, les yeux fermés, mais il se doutait que le sommeil ne reviendrait plus. En revanche, il n’allait pas se lever de sitôt. Il ne savait que trop bien dans quelle ambiance il allait retrouver la pièce commune du labo.
Hier soir, il s’était rendu au bar avec Renard et Henry pour fêter une mission particulièrement réussie. Et, comme cela arrivait parfois, l’ambiance avait changé entre ses deux amis après quelques verres. Les regards et les touchers d’apparence anodine qu’ils échangeaient avaient commencé à se multiplier, à devenir plus insistants. Une main s’attardait plus que raison sur un bras, un regard traitre glissait sur les lèvres qui lui faisaient face, une cuisse était serrée trop longtemps pour passer pour un geste amical.
Raph connaissait parfaitement leur petit manège.
Alors, quand il avait eu l’impression que les deux autres avaient entièrement oublié sa présence, il s’était levé pour rentrer, prétextant une fatigue soudaine. Son mouvement avait miraculeusement semblé sortir Renard de sa transe, et ce dernier lui avait demandé s’il avait besoin d’être accompagné pour rentrer. Raph avait répondu que non, leur avait souhaité une bonne fin de soirée, puis était retourné au labo pour aller se coucher.
Il avait été réveillé quelques heures plus tard par le bruit de la lourde porte d’entrée qui se fermait, suivi de chuchotements fort peu discrets qui transperçaient les murs intérieurs bien trop fins du labo. Il avait tout de même apprécié l’intention. Cependant, il avait moins apprécié quand les rires s’étaient tus, remplacés par des murmures sporadiques et précipités, que Raph avait malheureusement appris à reconnaitre. Et quand il entendit la porte de la chambre de Renard s’ouvrir maladroitement et le lit grincer sous un poids soudain, il avait su que c’était le moment d’enfiler son casque antibruit.
C’était toujours pareil. Quand l’alcool entrait dans l’équation, les sentiments réprimés que Renard et Henry éprouvaient l’un pour l’autre débordaient, et ils ne savaient visiblement l’exprimer que d’une seule manière.
Cette façon de faire n’aurait pas tant dérangé Raph si les deux autres assumaient leurs actions et leur affection une fois sobres. Mais, malheureusement, on était loin du compte. Leur ego trop développé — à moins qu’il ne s’agisse d’une peur de se montrer vulnérable ? — les empêchait d’avouer l’attirance qu’ils éprouvaient visiblement pour l’autre.
Alors, aujourd’hui, Raph savait ce qu’il allait une nouvelle fois retrouver. Il avait entendu Henry se glisser hors de la chambre de Renard au petit matin, en prétendant probablement qu’il avait une expérience sur laquelle il devait travailler. Il avait entendu Renard se lever quelques dizaines de minutes plus tard et faire les cent pas dans sa chambre, sans la quitter. Il-
Tiens ? Renard venait d’ouvrir la porte pour rejoindre le salon.
— Bonjour, retentit la voix d’Henry. Café ?
Son ton était tout à fait neutre, égal à lui-même. Bien trop pour être naturel.
— Oui, s’il te plait, répondit Renard.
Le Visiteur était un excellent menteur, mais, depuis le temps, Raph avait appris à reconnaitre la tension dissimulée dans sa voix enjouée. Il ne doutait pas que c’était également le cas de Henry.
La cafetière gargouilla. Le Castafolte reprit la parole, l’air de rien :
— Raph n’est pas encore réveillé ?
— Non, je crois pas.
Un long silence suivit ces mots. Raph ne pouvait pas ressentir son poids depuis sa chambre, mais il ne le devinait que trop bien.
Il resta encore sur son matelas. Il espérait que l’un des deux parviendrait à se ressaisir et à relancer un semblant de conversation, mais en vain.
Il finit par se résigner. Il n’allait pas rester dans sa chambre toute la journée. Et puis, il commençait à avoir sacrément faim.
La vision qui l’accueillit quand il sortit faisait peine à voir.
Henry était debout devant son atelier, réorganisant du matériel déjà parfaitement rangé. Renard, quant à lui, était assis à la table qui lui servait de bureau, à l’opposé de la pièce. Il sirotait un café, les yeux soigneusement dirigés vers une coupure de journal, tandis que, de sa main libre, il caressait du bout des doigts une marque rouge sur son cou qu’il n’avait pas hier. Une tension invisible alourdissait l’air, différenciant ce moment des matins calmes qu’ils pouvaient partager.
— ‘Jour… marmonna Raph.
Renard redressa brusquement la tête en entendant sa voix, remplaçant immédiatement son air sombre par un sourire trop large pour être sincère. Il le salua d’un signe de tête, puis se racla la gorge pour parler, mais Henry le devança :
— Bonjour, Raph.
Il ne s’était pas départi de son ton affreusement neutre et poli, et ne quittait pas son travail du regard.
— Bien dormi ? enchaina Renard.
Son attention était entièrement braquée sur Raph, loin de sa volatilité habituelle. Renard semblait mettre un point d’honneur à ne pas regarder Henry. Raph en regrettait presque les coups d’œil constants que ses deux amis avaient l’habitude d’échanger, communiquant en silence d’une façon qu’il trouvait insupportable.
— Bof… répondit Raph. J’ai entendu les zombies grogner toute la nuit, mentit-il.
Il préféra ne pas remettre de l’huile sur le feu en expliquant ce qui l’avait réellement réveillé. Il savait que les choses allaient revenir à la normale le lendemain, voire ce soir, avec un peu de chance. Mais il aimerait tout même un jour que ces deux-là assument leurs sentiments et se déclarent. Ça serait plus facile pour tout le monde.