Pas besoin d’être malin pour trouver un calmant à la vie des morts. Qu’est-ce que j’attends, en ce cas, pour conjurer la mienne ? Ça vient, ça vient, j’entends d’ici le coup de gueule qui va tout apaiser, même si ce n’est pas moi qui le pousse. En attendant, inutile de se savoir défunt, on ne l’est pas, on se tortille encore, les cheveux poussent, les ongles s’allongent, les entrailles se vident, tous les croquemorts sont morts. Quelqu’un a tiré les rideaux, soi-même peut-être. Pas le plus petit bruit. Où sont les mouches dont on a tant entendu parler ? On se rend à l’évidence, ce n’est pas soi qui est mort, c’est tous les autres. Alors on se lève et on va chez sa mère, qui se croit vivante. Voilà mon impression.
Samuel Beckett, Molloy, Les Éditions de MInuit, 1951










