Le petit côté faux-cul de la sécurité dans les aéroports
Il n'y a pas plus important que la sécurité dans les aéroports. A l'heure où le terrorisme est partout, tout le temps et tout le monde, peut-être même vous (Si vous n'êtes pas tout à fait sûr d'être, ou non, un terroriste, je publierai bientôt un test de dépistage que vous pourrez effectuer chez vous. Vous pourrez ensuite aller parler de ces résultats avec votre médecin de famille pour qu'il vous prescrive un traitement adapté à votre condition), la vigilance est de rigueur.
Comme la santé, l'éducation et la fraude fiscale en général, la sécurité dans les aéroports n'a pas de prix et ne pourra jamais être trop renforcée. C'est pourquoi des agents s'évertuent à la tâche, jour après jour, besogne après besogne, pour observer chaque heure défiler des centaines d'individus potentiellement suspects, mais aussi leurs bagages, leurs poches et, pour les plus chanceux, leur gros intestin.
Chaque jour, les agents de sécurité des aéroports font reculer les nombreux terroristes qui tentent, sous couvert d'une apparence ordinaire et parfois même EN FAMILLE - ces gens n'ont donc aucune limite ? - d'embarquer avec un arsenal terrifiant qu'interceptent héroïquement nos Anges Gardiens: coupe-ongles, bouteille de Volvic, Pompote de plus de 100 mL, shampoing qui ne pique pas les yeux mais en fait quand même si. Ces objets létaux sont neutralisés sans état d'âme et, ainsi, le monde se porte chaque jour un peu mieux.
J'ai été suspect, il y a quelques jours. Je veux dire, j'ai été plus suspect que d'habitude. En règle générale, mon teint blanc-mat - j'ai arrêté le teint blanc-brillant depuis que Stephanie Meyer a rendu ça mainstream - et ma pilosité celtique ont toujours fait de moi un suspect aéroportuaire attirant une grande sympathie puisqu'avant de me fouiller, les agents de sécurité me disaient parfois "Bonjour".
L'un d'entre eux tenta même de sourire une fois.
Tragédie.
Son visage se paralysa et il fut pris de spasmes pendant plus de trois semaines sans interruptions.
Ces gens font un dur métier.
Donc, là, sympathique, non. En revenant de Bristol la semaine dernière - j'effectuais une visite de routine dans le Pays de Galles voisin, voir comment allait la culture locale (le foie et le cerveau ont deux opinions distinctes sur la question) - je m'en allai de retour vers la capitale où m'attendaient l'amour et tant de papiers à rendre pour l'avant-veille, et n'étais équipé que d'une valise respectant les normes du bagage à main ("Si un enfant de 5 ans peut tenir dedans, c'est que ça dépasse")
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J'avais pris le bus pour aller à Cardiff - OUAIS, PARIS CARDIFF EN BUS, AUCUNE LIMITE - et ne m'étais donc plié à aucun caprice de contenu, mais là, pour l'aéroport, je savais que c'était spécial et avais pris soin de laisser derrière moi toute armurerie qui aurait fait réagir le système et alerter le MONDE de la menace que je ne suis pourtant pas, n'étant qu'amour et tendresse inconditionnelle - si quelqu'un n'a pas eu son câlin, mon adresse mail est dans la page Facebook.
C'était sans compter ma criante irresponsabilité. Etre citoyen, c'est avoir des droits et des devoirs. Exemple: j'ai le droit de prendre l'avion, j'ai le devoir de ne pas apporter de pince à épiler dans l'avion. Simple. Tout manquement à ce postulat élémentaire de sécurité est donc tout naturellement considéré comme un manquement au respect du monde libre. J'ai été un ennemi de la Démocratie. Heureusement, les agents m'ont remis dans le droit chemin.
Je passe le portique serein. Après tout, je n'ai rien à cacher. Sauf dans le gros intestin, peut-être, mais j'avais bien dit aux autres que ce restaurant indien avait l'air chelou. Je passe, donc, sans mot d'ordre. Le citoyen modèle que je suis est heureux de voir son statut une nouvelle fois confirmé. Un agent s'approche, me toise, inexpressif, et sans détourner son regard de mon visage, s'empare de ma valise encore sur le tapis roulant et la pose devant moi. "Ouvrez-la". Un citoyen modèle aurait dit "S'il vous plait", mais les Agents sont bons par leurs actes, non par leurs mots. J'ouvre la valise. Il fouille. Mes slips sont sales, je regrette tant d'infliger le contact de ces tissus indignes aux mains de nos Gardiens. Son bras s'arrête. De ma valise, il extrait l'arme, celle que j'avais véhiculée, inconscient, et que j'allais transporter dans l'avion, menaçant ainsi une double centaine de citoyens vulnérables.
Une BOMBE
de gel de rasage.
Gilette, puisqu'il faut le dire, celle qui coûte 3,50€ à Franprix. La grande. Celle qui fait bien plus que 100 mL.
J'ai la peau sensible, aussi. Il ne le saura jamais.
Le Sage Protecteur vérifie mon passeport, ferme ma valise, la scanne à nouveau, ne voit pas que sur la PSP dans la poche avant, j'y ai installé un émulateur Game Boy Color avec le jeu Barbie Aventure Sous-Marine. Il me tend la valise, pas la parole. Sans mot dire, je souffle. Son Jugement m'épargne. Le Divin jette l'objet dans une poubelle sans fond. Je ne la reverrai jamais, mais le monde, au moins, est sauf. C'est tout ce qui compte.
J'ai alors erré dans la loge Duty Free de l'aéroport de Bristol, l'aire de confiance entre laquelle et l'avion il n'y a plus de contrôle de sécurité. J'ai fait du lèche-vitrine, pourrait-on dire, et je fus heureux de voir que les objets que l'on y trouve, et donc que l'on peut acheter et transporter avec soi, sont des objets qui n'auraient jamais été confisqués par les Valeureux Sauveurs.
LISTE DES OBJETS QU'ON TROUVE EN DUTY FREE ALORS QUE BON
- Des bouteilles d'eau qui, certes, font plus de 100 mL, mais sur lesquelles on peut lire "One". Ca fait tout.
- D'autres bouteilles, probablement agréées par le Ministère des Bouteilles des Aéroports
- Certes, ce sont des bouteilles, mais à l'intérieur, il y a surtout du sucre. Et le sucre, quand il est acheté en aéroport, donne des points bonus d'intelligence dans l'avion donc on a le droit d'en acheter là.
- Oui, ce sont des bouteilles, et oui, elles sont en verre, et oui, avec des morceaux de verre, on peut probablement faire des choses pas très très gentilles aux gens dans les avions. Mais qui oserait faire quoique ce soit de mal avec de si jolies bouteilles ? Elles sont beaucoup trop jolies ! Donc y a droit.
- Probablement des bouteilles qui sont différentes des vôtres de toute façons. Qui nous dit qu'elles ne sont pas PROGRAMMEES pour se désintégrer au moment de rentrer dans l'avion ?
- Des bouteilles en verre qui font plus de 100 mL, mais c'est du bon whisky ! Qu'est-ce qu'on pourrait refuser au bon whisky ? Le votre était dégueulasse de toute façon.
- Plein de bouteilles en verre avec de l'alcool inflammable. Mais le commerce faisant bien les choses, elles coûtent toutes un bras et on serait bien feinté de vouloir détourner un avion avec. Ca serait du gâchis.
- L'emballage doit probablement se verrouiller tout seul quand on arrive à bord.
- Si ça n'est pas une incitation à se procurer un deuxième bagage à main quand notre carte d'embarquement stipule rigoureusement qu'on ne peut en prendre qu'un seul, dites-moi ce que c'est !
- Même chose pour les parfums et déodorants qui sont probablement des parfums spéciaux qui ne sont en fait pas inflammables ni toxique à haute dose ni rien. Et dont le gaz, au moins, est vérifié.
- Même chose pour ces flacons qui ne contiennent rien d'autre que des shampoings homologués "Spécial Ca Passe La Sécurité A L'Aéroport"
- Les flacons et récipients sont dangereux car ils peuvent contenir du liquide ou du gaz non homologué par les aéroports et pouvant donc servir de plus sombre desseins - que celui qui n'a jamais stocké un pet de vache dans une bouteille d'Evian jette au raisonnement la première pierre.
La situation est bien différente pour les coupe-ongles, ciseaux et, bien entendu, rasoirs, ces objets si nocifs et si violents qu'ils sont retirés systématiquement des bagages à main, et donc forcément introuvables en duty free.
A part ceux-ci.
Parce que ce sont des rasoirs magiques.
Qui ne marchent pas dans les avions.
Ou quelque chose comme ça.
- Et ceux-ci aussi, mais juste parce qu'ils sont trop chous.
- Et oh ! Tiens ! L'aéroport de Bristol qui me propose de racheter la bombe de gel de rasage qu'ils m'ont retirée dix minutes avant ! (rang du haut, quatrième en partant de la gauche) Enfin un Duty Free proche des attentes de ses visiteurs.
Ce qui est beau, avec la sécurité, ça n'est pas seulement qu'elle s'adapte à notre monde, à notre temps, à nos aspirations de citoyens et de construction d'un monde meilleur. Ce qui est beau, surtout, avec la sécurité, c'est qu'elle est incorruptible.












