***Cela faisait plus d’une heure que nous jouions tous les trois. Une heure de caresses lentes, de baisers profonds, de peaux qui glissent et se cherchent, de plaisirs offerts et reçus, mais sans jamais franchir le seuil de la pénétration. L’air du salon était lourd de nos souffles et de l’odeur de nos envies.
Je décidai de changer la donne. Je m’installai dans le vieux rocking chair en bois, celui qui grince doucement à chaque mouvement. Je nouai moi-même le bandeau sur mes yeux, puis feignis d’attacher mes poignets aux accoudoirs avec des cordes de shibari.
« Je vous laisse jouer à deux, murmurai-je. Je veux juste écouter… et essayer de deviner ce que vous faites. »
Ma femme hésita. Je sentis sa main se poser sur ma poitrine, son corps qui restait tout proche.
« Je n’aime pas te sentir à l’écart comme ça… Et si tu te sens jaloux ? »
Je tournai la tête vers elle, même aveugle, et trouvai ses lèvres.
« Je ne suis pas jaloux. Je suis excité. Et je vous fais confiance. Allez… »
Elle m’embrassa plus longtemps, plus profondément, comme pour sceller cette confiance. Ses lèvres étaient chaudes, légèrement gonflées par nos jeux précédents. Puis elle resta penchée au-dessus de moi, ses seins effleurant mon torse, ses cheveux tombant sur mon visage.
Au début, il n’y eut que le silence et sa respiration. Puis un premier gémissement, tout près de mon oreille. Un son doux, presque surpris. Le rocking chair bougea à peine. Sa bouche doit être à l’oeuvre pensai-je.
« Qu’est-ce qu’il fait ? » demandai-je à voix basse.
« Il me lèche… » répondit-elle dans un souffle.
Un point pour moi. Je souris, imaginant sa langue lente et précise glissant entre ses lèvres intimes, explorant chaque repli humide. Puis ses gémissements devinrent plus graves, plus longs. Des plaintes de plaisir que je lui connaissais peu, presque vulnérables. Le rocking chair restait étrangement stable.
Mon imagination s’enflamma. Avait-il osé remonter un peu ? Était-ce sa langue qui caressait maintenant cet endroit si secret, si sensible ? L’idée qu’il la goûtait là, qu’il la faisait frissonner d’une façon nouvelle, fit durcir mon sexe encore davantage.
« Qu’est-ce qu’il fait maintenant ? » murmurai-je tout contre son oreille, ma voix rauque.
Elle prit une inspiration tremblante.
« Il… il me fouille avec ses doigts… »
Sa voix était presque cassée. Je l’imaginai cambrée au-dessus de moi, les cuisses écartées, tandis qu’il glissait ses doigts en elle, lentement, profondément, trouvant ce point qui la faisait fondre. Elle n’était pas habituée à tant d’insistance digitale, et pourtant elle se laissait aller, offerte, trempée. Chaque mouvement de sa main faisait naître chez elle un nouveau soupir qui vibrait contre ma joue.
Puis vint une pause. Son corps se tendit légèrement contre le mien.
Et soudain, un long gémissement rauque, profond, presque animal. Je le reconnus immédiatement. Ce son-là, c’était celui de la pénétration. Il venait d’entrer en elle. Lentement. Jusqu’à la garde.
Je me dégageai de mes attaches fictives, gardai le bandeau, et pris son visage entre mes mains. Je l’embrassai avec tout l’amour et tout le désir que j’éprouvais.
« Je t’aime, » lui soufflai-je entre deux baisers. « Je t’aime tellement comme ça. »
Le rocking chair commença à se balancer. Doucement d’abord, puis plus franchement au rythme des coups de reins qu’il lui donnait. Chaque mouvement se répercutait en moi : le bois qui craque, le poids de son corps qui s’abandonne un peu plus contre ma poitrine, la chaleur de sa peau brûlante.
Ses gémissements se transformèrent en plaintes continues, puis en râles plus profonds, plus incontrôlés. Je sentais son souffle saccadé contre mon cou, ses seins qui se pressaient contre moi à chaque va-et-vient. J’imaginais la vue qu’il avait : son cul magnifique cambré, offert, ce petit trou qui se contractait à chaque coup de boutoir, luisant de leur excitation mêlée.
Je glissai une main dans ses cheveux, l’autre caressant son dos moite.
« Tu aimes le sentir en toi ? » murmurai-je tout contre sa bouche.
Elle ne pouvait plus répondre. Seuls des sons inarticulés sortaient d’elle, de plus en plus aigus. Son corps se crispait, ses ongles s’enfonçaient dans mes épaules. Le rocking chair allait maintenant à un rythme presque frénétique, transmettant chaque choc, chaque pénétration profonde.
Enfin, elle s’avachit complètement sur moi, tremblante, secouée par les dernières vagues de plaisir. Je l’entourai de mes bras, la serrai fort contre moi, caressant sa nuque, son dos, ses fesses encore frémissantes. Son cœur battait follement contre le mien.
Elle tendit la main et retira doucement mon bandeau. Nos regards se croisèrent, brillants, complices. Un petit sourire mutin apparut sur nos lèvres en même temps, comme si nous nous disions en silence : « Qu’est-ce qu’on a encore fait… »
Derrière elle, notre ami nous observait avec ce même sourire complice, le souffle encore court, faisant partie de cette intimité étrange et merveilleuse que nous partagions tous les trois.***