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As-tu éprouvé quelquefois le regret que l'on a pour des moments perdus, dont la douceur n'a pas été assez savourée ? C'est quand ils sont passés qu'ils reviennent au coeur, flambants, colorés, tranchant sur le reste comme une broderie d'or sur un fond sombre. Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet (correspondance 1846 - 1851).
...in the night, my heart expands and a dew of love penetrates it. A thousand kisses, a thousand, everywhere, everywhere.
Gustave Flaubert to Louise Colet, Croisset, August 8, 1846
And only into your soul, darling, do I want to pilgrimage, deep, deep inside, where it becomes a temple. And there I want to raise my longing,
// Rainer Maria Rilke, from a diary entry featured in Diaries of a Young Poet
â F. Scott Fitzgerald, The Sensible Thing
âWe comfort ourselves by reliving memories⊠by recalling these memories [of home], we add to our store of dreams; we are never real historians, but always near poets, and our emotion is perhaps nothing but an expression of a poetry that was lost.â
âBachelard; tr. Maria Jolas
"La vraie rĂ©alitĂ© du temps, câest lâinstant ; la durĂ©e nâest quâune construction, sans aucune rĂ©alitĂ© absolue. Elle est faite de lâextĂ©rieur, par la mĂ©moire, puissance dâimagination par excellence, qui veut rĂȘver et revivre, mais non pas comprendre." â Gaston Bachelard, L'Intuition de l'instant
The universe seems to me infinitely strange and foreign. At such a moment I gaze upon it with a mixture of anguish and euphoria; separate from the universe, as though placed at a certain distance outside it; I look and I see pictures, creatures that move in a kind of timeless time and spaceless space, emitting sounds that are a kind of language I no longer understand or ever register.
EugĂšne Ionesco, from âInterviews: Brief Notes for Radioâ, Notes and Counter-Notes: Writings on the Theatre
Ces impressions Ă©taient-elles joie ou tristesse, douleur ou souffrance ? je ne pourrais le dire ; elles participaient de tous les sentiments Ă la fois. CâĂ©tait de lâamour et de la religion, des pressentiments de la vie future, dĂ©licieux et tristes comme elle, des extases et des dĂ©couragements, des horizons de lumiĂšre et des abĂźmes de tĂ©nĂšbres, de la joie et des larmes, de lâavenir et du dĂ©sespoir ! CâĂ©tait la nature parlant par ses mille voix au cĆur encore vierge de lâhomme ; mais enfin câĂ©tait de la poĂ©sie [...]
Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques, Tome 1, préface "Des Destinées de la Poésie" (1834)
Que le tour du soleil ou commence ou s'achÚve, D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ; En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lÚve, Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours. Quand je pourrais le suivre en sa vaste carriÚre, Mes yeux verraient partout le vide et les déserts : Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire; Je ne demande rien à l'immense univers.  Méditations poétiques, "L'Isolement" - Alphonse de Lamartine.
âQuand les longs loisirs et le vide des attachements perdus me rendirent cette espĂšce de chant intĂ©rieur quâon appelle poĂ©sie, ma voix Ă©tait changĂ©e, et ce chant Ă©tait triste comme la vie rĂ©elle. Toutes mes fibres attendries de larmes pleuraient ou priaient, au lieu de chanter. Je nâimitais plus personne, je mâexprimais moi-mĂȘme pour moi-mĂȘme. Ce nâĂ©tait pas un art, câĂ©tait un soulagement de mon propre cĆur, qui se berçait de ses propres sanglots.â
â MĂ©ditations poĂ©tiques - Alphonse de Lamartine
Si le mĂ©lancolique ne cesse dâexercer une emprise aussi amoureuse que haineuse sur cette Chose, le poĂšte trouve le moyen Ă©nigmatique dâĂȘtre Ă la fois sous sa dĂ©pendance et⊠ailleurs. DĂ©shĂ©ritĂ©, privĂ© de ce paradis perdu, il est infortunĂ© ; cependant, lâĂ©criture est lâĂ©trange moyen de dominer cette infortune en y installant un « je » qui maitrise les deux cĂŽtĂ©s de la privation : les tĂ©nĂšbres de lâinconsolĂ© aussi bien que « le baiser de la reine ».
Julia Kristeva. Soleil noir. Dépression et mélancolie. 1987
Tout ce qui fait le prix de la vie, le doux, le fort, le clair, le profond de cette étrange manifestation : vivre, me semble se dérober à moi... Tu peux imaginer avec quel sentiment pathétique je pense à toi... Je m'éveille trois ou quatre fois la nuit, j'allume, et je te pense... Il me semble que si tu étais là , je t'embrasserais doucement, sans t'éveiller, et que je serais bien, que tu m'endormirais sans le savoir, rien que par l'enchantement du calme de ton rythme de souffle qui me gagnerait, qui s'imposerait mystérieusement... Mais non... Je crois que je ne pourrais pas ne pas t'éveiller. Lettres à Jean Voillier, Paul Valéry.
LâamitiĂ© Ă©tait un choix oĂč elle sâengageait tout entiĂšre ; elle sây livrait absolument, et comme je ne lâai fait quâĂ lâamour. Elle mâa connu mieux que personne ; je lui ai laissĂ© voir ce que jâai soigneusement dissimulĂ© Ă tout autre : par exemple, de secrĂštes lĂąchetĂ©s. Jâaime Ă croire que, de son cĂŽtĂ©, elle ne mâa presque rien tu. LâintimitĂ© des corps, qui nâexista jamais entre nous, a Ă©tĂ© compensĂ©e par ce contact de deux esprits Ă©troitement mĂȘlĂ©s lâun Ă lâautre.
MĂ©moires dâHadrien â Marguerite Yourcenar.
Mais je demande en vain quelques moments encore, Le temps mâĂ©chappe et fuitâ ; Je dis Ă cette nuit : Sois plus lenteâ; et lâaurore Va dissiper la nuit. Le Lac, MĂ©ditations poĂ©tiques - Alphonse de Lamartine.