La Route des Grandes Alpes de Menton à Briançon
La Route des Alpes est le projet de liaison routière entre Nice et Thonon lancé par le Touring Club de France en 1904 et concrétisé entre 1909 et 1970.[1] Jusqu'aux années 1930, les autocars PLM font transiter des milliers de touristes pour rejoindre les Alpes du Nord en été et la Côte d'Azur en hiver. Longtemps, le tronçon Nice-Briançon est assuré par un concessionnaire de la Compagnie PLM, la Société Niçoise de Transport par Automobile. Mais suite aux années 1930-1940, les modes de transport et de tourisme changent : la nouvelle SNCF abandonne l'itinéraire, les transports en commun ne sont plus en vogue, le tourisme massif approche et les saisons de vacances ne sont plus les mêmes - on préfère la montagne en hiver et la côte en été.
En 1950, la Route des Alpes est renommée Route des Grandes Alpes pour être redynamisée. Son tracé est progressivement changé : la Route des Grandes Alpes relie désormais Menton à Thonon et on la prend généralement du Nord au Sud.
La roche rouge caractéristique des alentours de Guillaumes et des gorges du Daluis est la pélite. Ce passage de la Route des Alpes fait aujourd'hui partie du Parc National du Mercantour, créé en 1979.
La Route des Grandes Alpes passe par Saint-Sauveur-Sur-Tinée, village que l'itinéraire originel de la Route des Alpes ne traversait pas. Saint-Sauveur illustre l'art baroque alpin. Son église gothique est réaménagée au XVIIe siècle : de l’originale subsiste le clocher de style roman tardif datant de 1532 et la travée centrale voûtée d’ogive. Le retable majeur est dédié à la Transfiguration. Cette œuvre de Guillaume PLANETA est à dominante rouge et dorée, largement ornée de feuilles d’acanthe, autant sur les chapiteaux des pilastres que sur les entablements. Au centre du premier registre, une statue de la Vierge remplace un panneau disparu. Les peintures des volets latéraux représentent sainte Elizabeth et saint Jean-Baptiste enfant à gauche, et sainte Anne et la Vierge enfant à droite. Au registre supérieur, le tableau de la Transfiguration est encadré de représentations de saint Antoine abbé et de saint Blaise. Dieu le Père est représenté au centre de l’attique, dominant l’ensemble. Des statues de saint Grat et saint Blaise encadrent le retable. L’église abrite également des tableaux. L’un d’eux, signé Guiguielmo THAONE en 1711, évoque le Saint Suaire : saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Paul sont sous le linceul déployé par des anges. Le médaillon qui couronne la toile, dont le cadre est sculpté de généreuses volutes et feuilles d’acanthe dorées, est illustré par une représentation de Dieu. Notons enfin la vue du village de Saint-Sauveur au XVIIe siècle représentée dans une des chapelles latérales.[2] L'édifice est inscrit aux Monuments Historiques depuis 1939.
Le passage du col de la Cayolle est ouvert en 1913 par l'armée. Avant sont ouverture, les autocars PLM empruntent la Colle-Saint-Michel et le col d'Allos. Le col de la Cayolle est l'un des chantiers les plus importants de la Route des Alpes. Son maître d'oeuvre est le général baron Henri BERGE. L'inauguration de ce tronçon, en août 1914, n'a cependant pas lieu, comme prévu, avec le président de la République Raymond POINTCARE, car l'Allemagne vient alors de déclarer la guerre à la France.
L'Ubaye est une vallée dans anciennes Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence) qui a profité du désenclavement dû à la Route des Alpes, mais qui demeure aujourd'hui assez peu connue et reconnue. Elle fait néanmoins partie du Parc National du Mercantour.
Barcelonnette était une étape sur la Route des Alpes qui a énormément concouru à son désenclavement. Si le nom de cette bourgade est antérieur aux exodes, beaucoup de Barcelonnettes ont émigré en Amérique du Sud, et plus particulièrement au Mexique dans les années 1820. C'est eux qui ont fait la richesse de la vallée.
Le Queyras est un massif des Hautes-Alpes où un Parc Naturel Régional a été créé en 1967.
La Casse Déserte est un paysage hors du commun du Queyras. Ses tours de pierre sont en cargneule, roche sédimentaire de teinte jaune donnant des reliefs monolithiques. Ce décor lunaire a ébloui les premiers comme les actuels touristes de la Route.[3]
Le col d'Izoard est un lieu de passage de toujours : pélerins, colporteurs, militaires, contrebandiers le franchissent. Le refuge du col est construit sous Napoléon III avec les fonds laissés par Napoléon Ier dans sont testament aux départements victimes des invasions.
Franchi pour la première fois en automobile par un membre du Touring Club de France en 1901, le col d'Izoard est l'un des premiers passages de la Route des Alpes. Le monument du col en l'honneur de l'armée à l'origine de la route stratégique et des acteurs à l'origine de l'itinéraire touristique, est érigé en 1934.
Briançon était également une ville-étape sur la Route des Alpes. Elle est surtout connue pour sa forteresse Vauban, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Mise en valeur patrimoniale
La Route des Grandes Alpes est aujourd’hui assez peu mise en valeur. En effet, elle l’est localement, notamment depuis les années 2010, mais aucun projet ambitieux d’envergure alpine n’est mené, ce qui explique notamment l’oubli de cette voie en tant qu’itinéraire. En effet, dans l’esprit des habitants, la Route des Alpes est une belle route, rien de plus. D’ailleurs, la Great Alpine Way est généralement plus connue à l’étranger. La longueur de l’itinéraire explique en partie son abandon par les locaux : l’avion mène les touristes de Genève à Nice en une heure et les excursions plus courtes dans les Alpes sont privilégiées. Paradoxalement, la vitesse est un enjeu atemporel : c’est elle qui crée l’oubli, mais c’est aussi elle qui permet de ralentir et de penser le patrimoine.
- Grande Traversée des Alpes
- Parc National du Mercantour
[1] ECOMUSEE DU PAYS DE LA ROUDOULE, La Route des Grandes Alpes, Catalogue d’exposition, Melis, 2010, 156 pages
[2] LORGUES-LAPOUGE Christiane et LORGUES René, Comté de Nice baroque, t. I, Serre, 2004, 100 pages
[3] FERRAND Henri, La Route des Alpes françaises (suivi de : GUITON Paul, La Route des Alpes d’Hiver et La Route Napoléon), Arthaud, 1939, 248 pages
Cf. Les églises baroques dans l’Etat de Savoie, réflexion sur une transmission, 2014, 144 pages (PDF)
Cf. La Route des Alpes, un patrimoine de tôle et de papier, 2015, 186 pages (PDF)