Ma petite femme, chaude et grave, dans la lumière qui effleurait votre visage, après l’amour, encore le désir. Je regarde votre chair, sous la caresse de la lampe, cette soie de votre peau qui appelle mes mains. Quand j’embrasse votre cou, l’envie sauvage d’y planter mes crocs, de vous mordre jusqu’au sang, de prendre de vous cette sève pourpre qui fait votre corps brûlant dans l’amour. Tandis que mes doigts effleurent ce corps tendu, épanoui, des poignets au creux des paumes, le long des bras jusqu’aux aisselles, le frisson soudain sous cette volupté de douceur âpre… Glisser encore longuement jusqu’à enserrer votre taille et sentir votre être se contracter, se détendre soudain, s’élancer vers quelque chose infinie… Vous prendre contre moi, ma tendresse, et lentement, de tous les muscles, de tous les reliefs de mon corps, me fondre en vous… Poser, comme un oiseau de proie, mes lèvres sur la douceur humide et rouge de votre bouche qui est la fleur et le fruit de votre visage. Relever ce visage pour découvrir, sous les paupières mi-closes, noyées d’ombre, l’éclat velouté d’un regard lourd, félin, ce regard humide de petit chat amoureux… Tenir dans mes bras, contre mon corps, contre mon cœur, cet être qui est un miracle de beauté. Revivre l’émotion du premier corps de femme qu’on serre contre soi, quand on est encore l’enfant qui apprend l’amour, je croyais avoir perdu ça. Vous m’avez réappris la fraîcheur d’aimer.
Jacques Higelin, Lettre à Pipouche












