Archivage en ligne des documents concernant les époques de la Révolution, du Consulat et du Premier Empire à Aix-en-Provence, depuis peu labellisée "Ville Impériale". Ce blog s'inscrit dans le cadre du projet de mise en avant du patrimoine et de l'héritage napoléonien aixois par la Société Napoléonienne d'Aix-en-Provence.
Lettre du Général Bonaparte rédigée à Aix, à l'Hôtel des Princes/des Quatre Nations, à l'intention du Directoire
Source : Archives Nationales
Cote du document : AF IV 861
Page 1.
A Aix, le 18 Vendémiaire
Citoyens Directeurs,
Depuis mon départ de France je n’ai reçu qu’une seule fois de vos dépêches ; elles me sont arrivées le 5 germinal, devant Acre ; elles étaient datées du 14 brumaire et 5 nivôse ; elles me donnaient la nouvelle de nos succès contre Naples, ce qui me faisait conjecturer une guerre prochaine sur le continent ; et dès lors j’ai pressenti que je ne devais pas rester longtemps éloigné de France. Mais, si j’avais détruit dans ma campagne de Syrie les armées qui menaçaient d’envahir l’Égypte en traversant le désert, il me restait à voir l’issue de l’expédition maritime
Page 2.
qui se préparait avec beaucoup d’activité dans la mer Noire. Le débarquement ne pouvait s’opérer qu’à Alexandrie ou à Damiette. Je confiai au général Kléber la défense des côtes de Damiette, et me tins prêt à me porter sur Alexandrie. Vous avez vu dans mes dernières dépêches l’issue de la bataille d’Aboukir. L’Égypte, à l’abri de toute invasion, est entièrement à nous.
Je me procurai, à l’issue de plusieurs conférences diplomatiques, les gazettes d’Angleterre jusqu’au 6 juin, par lesquelles je fus instruit des défaites de Jourdan, en Allemagne, et de Scherer, en Italie. Je partis sur-le-champ, à l’heure même, avec les frégates La Muiron et La Carrère, quoique
Page 3.
mauvaises marcheuses. Je n’ai pas pensé devoir calculer les dangers ; je devais me trouver où ma présence pouvait être le plus utile. Animé de ces sentiments, je me serais enveloppé dans mon manteau et serais parti sur une barque, si je n’eusse pas eu de frégates.
J’ai laissé l’Égypte bien organisée et sous les ordres du général Kléber. Elle était déjà toute sous l’eau, et le Nil était plus beau qu’il ne l’avait été depuis cinquante ans.
J’ai traversé plusieurs croisières anglaises : j’ai des obligations à l’activité et aux bonnes manœuvres du contre-amiral Ganteaume d’avoir débarqué à Fréjus
Page 4.
sans aucune espèce d’accident. Je serais à Paris presque en même temps que ce courrier ; mais l’air sec et froid qu’il fait ici me saisit et me fatigue extrêmement : ce qui m’occasionne un retard de 30 ou 40 heures.
Adresse à l'armée par le prince de Bénévent Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, conseiller de préfecture et remplissant en l’absence les fonctions de préfet du département des Bouches-du-Rhône
Marie Saissi coupable de vol au préjudice de la princesse Pauline à Aix-en-Provence
Source : Archives départementales des Bouches-du-Rhône
Cote du document : 2 U 2 4828
Page 1.
A Madame la comtesse de Cahors
Dame d’honneur de S. A. I. Madame la princesse Pauline
A la Mignarde
Aix, le 19 août 1813
Madame la comtesse,
M. de X et M. de la Boulie me communiquèrent hier de votre part les sollicitudes que vous avez fait éprouver l’infidélité X d’une domestique de la maison de S. A. I. ainsi que la crainte des inconvénients qui pouvaient résulter des liaisons de cette femme avec des complices quelle aurait au dehors. Je fis part à ces messieurs des mesures qui me paraissaient convenables, d’abord pour découvrir la vérité, ensuite pour prendre des précautions afin de faire cesser toute crainte pour l’avenir en prenant des précautions, qui X la clémence avec la justice.
M. le commandant de la gendarmerie m’ayant appris que vous approuvez(?) m’a mandé de voir dans cette affaire. Je me suis empressé d’examiner d’interroger la nommée Marion [Saissi] ainsi que le militaire présumé son complice, j’ai mis tout le temps et tous les soins possibles dans mon examen, j’ai taché de pénétrer la vérité et je crois l’avoir découverte.
Afin que vous puissiez, Madame la comtesse, former vous-mêmes votre opinion et apréci apprécier la mienne en connoissance de cause, j’ai l’honneur de mettre sous vos yeux la réponse de
Page 2.
l’un et de l’autre, M. de la Boulie s’est chargé de vous en faire la lecture et de vous faire part de ce qui s’est passé en sa présence.
Je pense que la nommée Marion Saissi est une femme très corrompue sur le rapport des mœurs, quelle est voleuse d’inclination et par habitude, elle a en outre un caractère hipocrite, elle a volé dans la maison de S. A. I. toutes les fois qu’elle a pu pouvoir le faire sans se compromettre, elle a avoué devant moi le vol qu’elle avoit précédemment nié, j’ai employé tous les moyens pour lui faire dire toute la vérité, je crois de l’avoir obtenue et je ne pense pas quelle ait fait d’autres vols que ceux quelle a déclarés, je ne pense pas non plus quelle ait pris part à aucun autre méfait étranger à ces petits vols.
Le militaire Jacques Fleuret n’est pas mauvais sujet, je le crois bon soldat, attaché à ses devoirs et à son souverain, son désespoir m’a touché et sa franchise m’a prévenu en sa faveur, je désire que vous soyez d’avis de lui faire grâce entière et de le renvoyer à son poste sans que son honneur ne soit flétri, j’intercède auprès de S. A. I. que vous jugerez sans doute à propos d’informer de cette affaire.
Je crois cet homme étranger à toute espèce de crime, à part ses liaisons de libertinage avec Marion Saissi.
Quant à cette dernière, mon avis estoit de l’envoyer pendant quelques temps du lieu qu’habite et que doit habiter S. A. I. en la faisant détenir dans une maison de dépôt pendant quelques mois et en lui interdisant son retour à Nice pendant le temps que vous jugerez convenable S. A. I. et vous jugerez convenable.
Votre réponse, madame la Comtesse, et les ordres de S. A. I. seront la règle de ma conduite dans cette affaire, je vous prie de vouloir bien me renvoyer les réponses des deux inculpés.
Ayez l’hommage de ma plus précieuse considérations avec laquelle j’ai l’honneur d’être (?)
Attaque à main armée par des brigands, sur la route de Trets à Aix, de la voiture appartenant à la suite du Général Bonaparte
Source : Archives départementales des Bouches-du-Rhône
Cote du document : 2 U 2 1990
Page 1.
Ce jourd’hui, vingtième vendémiaire an huitième de la République Française, à six heures après-midi, paraissait nous Estienne Deluÿ juge de paix officier de police judiciaire du Second arrondissement du Canton d’Aix, Département des Bouches-du-Rhône et dans l’auberge, connûe sous le nom du Brat d’où nous nous sommes rendus, en ayant été informé par la clameur publique que des brigands avaient arrêté et dévalisé des voyageurs sur la route de Trets à Aix, et d’après les plaintes qui nous ont été portées, par le commissaire français Ripart de la commune devenue Département du Var, résidant à Montmorencÿ département de Seine et Oise, sont comparus en témoins du commissaire départemental(?) les noms suivants.
Constituée la témoin Marie Catherine Dufour femme Ripart, native de Paris, âgée de cinquante quatre ans, après avoir prêté serment de dire la vérité et avoir affirmé n’être parente ni alliée, ni aux gages d’aucune des parties, a dit et déclaré que ce jourd’hui sur environ trois heures après midÿ se trouvant avec son marÿ, affaire voyage avec l’équipage du Général en Chef Bonaparte, se trouvant à Lagalinière, se sont arrêté conjointement avec les gars de l’équipage du Général en Chef à l’auberge de Lagalinière pour se rafraîchir. Desuite ils ont continué route ensemble. Arrivés à l’auberge du Négrel, ils ont été arrêtés par des gendarmes qui ont demandé à voir les papiers desdits voÿageurs, après quelques discussions qu’ils ont eût ensemble ils ont cependant continué leur route après
Page 2.
avoir fait environ de douze à quinze pas, elle s’est aperçue que des brigands lui arrivaient à leur rencontre, étant au nombre de vingt à vint un, tous avaient de fusils, de pistolets, poignards desquels brigands ont fait passer la voiture au milieu du chemin, et eux à cotté, et aÿant fait quelques pas en arrière se sont retournés en criant « arrêtez les voitures ». Les voitures arrêtées, ils se sont présentés sous ses brigands et firent descendre la Déclarante par la force, en lui tenant le fusil en jout après avoir fait à la Déclarante mintes menaces de coups de poignards ou bien couteau, et la menaçant de la tuer. La Déclarante nous adresse qu’on lui a demandé l’argent quelle pouvait avoir sur elle, après lavoir fouillée, il lui a été pris dans ses poches douze cent francs, renfermés dans des sacs de toille, dont vingt cinq louis à chaque poche lesquelles poches lui ont été coupées. De son cotté avec couteau à gaines(?), il lui a été encore pris sur elle environ cent soixante louis en or, dessous ses juponts pour avoir les francs mentionnés eÿ dessous ils lui ont coupé son jupon, à la largeur pour pouvoir X X X. Au surplus, la Déclarante se réfère à la déclaration de son marÿ, la Déclarante nous observe qu’elle n’a reconnû personne qu’une partie lui parloient patois et une autre partie en français, cependant parmi eux ils parloient tous au patois, et plus n’a dit. Suivant lecture faite de sa déclaration à dit qu’icelle contient vérité et a signé à son nom et notre greffier ayant signé elle nous a remis deux chapeaux désignés dans la plainte de son marÿ.
Page 3.
Constitué le témoin François Tourrel voiturier âgé de trente ans, natif de Marseille et y résidant, après avoir prêté serment de dire la vérité et avoir affirmé n’être parent ni allié ni aux gages d’aucune des parties à dit et déclaré que ce jourd’huÿ sur environ trois heures après midÿ, s’accompagnant avec les équipages du Général en Chef Bonaparte, se trouvant à la durée, ils s’arrêta avec sa voiture et les dits équipages du Général en Chef après aÿant continué route ensemble, se trouvant à l’auberge dite de Négrel au Châteauneuf-le-Rouge, le Déclarant comme étant avec sa voiture le premier fut arrêté par les gensdarmes qui lui demandèrent avec fureur ses papiers ainsi que ceux des voÿageurs qui étoient ensemble, un desdits gensdarmes s’empara de la bride de son cheval pour le faire arrêter par force, le Déclarant fit des reproches audit gensdarme en lui disant qu’il aurait bien pu les faire arrêter, sans arrêter par force son cheval, auquel il avoit manqué de faire estropier. Aÿant fait leur débat avec les gensdarmes, ils continuèrent encore leur route ensemble avec l’équipage du Général en Chef, aÿant fait environ de douze à quinze pas, ils s’aperçût d’une troupe d’hommes armés, au nombre d’environ de vingt un à vingt deux, tous jeunes gens, bien équipés, aÿant carabines, pistolets, fusils et estilets* [* : dague catalane à lame étroite, utilisée aux XVIe et XVIIe siècles] et quelques fusils à deux coups qui venoient à leur rencontre, se trouvant
Page 4.
au dessout et en face de lui Déclarant, les brigands venant comme militaires en routte ouvrirent la route et firent passer lesdittes voitures au milieu d’eux, un desdits brigands sous s’arrêta lui dit « n’avez-vous pas été arrêtés, n’avez-vous pas eut de méchantes rencontres ? » Le Déclarant lui dit que non. Aÿant défilé leur route et les aÿant dépassés de dix pas environ, se retrouvèrent sur eux et principalement sur le Déclarant comme étant le premier assis sa voiture, avec furie, ayant tous leurs armes en joute, tout sur lui, que sur ceux de l’équipage du Général en Chef en criant « arrête, arrête la voiture » et se présentant principalement à lui, firent descendre le commissaire Rippart et son épouse, ainsi que tous les autres des autres voitures et du susdit équipage, un desdits brigands ouvrit la porte de ladite voiture avec furie pour faire descendre les susnommés. Le Déclarant nous observe que les males desdits témoins Ripert et de son épouse ont été enfoncées et pris ce qu’elles contenoient, après avoir pris à iceux tout l’or et argent, bijoux, qu’ils pouvoient avoir sur eux. Le Déclarant nous observe que lesdits époux Rippart ont été menacés de la mort par sept ou huit personnes qui lui tenoient leur fusil en joute ainsi que leurs estilets et prêts à les assassiner. Le Déclarant nous observe
Page 5.
qu’il a été pris au colet par un desdits brigands, aÿant un pistolet à la bouche de son X et prêt à faire feu, lui dit de lui indiquer où étoient les trézors et que s’il ne le lui indiquoit pas, il l’assassinerait. Le Déclarant aÿant fait diverses résistances en disant qu’il ne savait pas où était l’argent, ils montèrent sur ladite voiture pour décharger les males et lui disant en même temps « coquin, défait les males de ta voiture et souvient toi que si nous trouvons de l’argent dans les males, nous te brulerons » du même X qu’ils étoient à défaire les males, une d’icelle tomba sur un desdits brigands, par la suite de la peur que un des cheval eut, lequel brigand avec furie, se porta à vouloir assassiner son cheval ainsi que lui, en lui disant qu’il devait se tenir à avoir soin de ses bettes, ce que fit le Déclarant. Se mit à assurer soin de ses bêttes avec un pistolet à la bouche de X en lui répétant toujours « coquin si tu bouge je te brule », les dits brigands aÿant achevé leurs fureurs et dévastations se dirent parmi eux allons nous faut le royaume. Ils ajoutèrent « il est temps de se retirer ». Le Déclarant observe qu’il ne lui a été rien pris, n’a reconnu personne que peut être de provençal et plus n’a dit. Seconde lecture
Page 6.
faite de la déclaration, a dit qu’icelle contient vérité et a déclaré ne savoir signer.
Nous juges de paix du second arrondissement du canton d’Aix, vu l’information aÿ dessus ordonna qu’icelle et les pièces jointes seront renvoyées au direceut de jury d’aix.
Fait à Aix le 20 vendémiaire an 8eme de la République Française
Le lundi seize octobre mil huit cent quinze, S. A. le Prince impérial héréditaire d'Autriche a passé à Aix vers deux heures de l'après-midi, allant de Lyon à Marseille. Il n'a fait que changer de chevaux ; mais le surlendemain dix huit octobre, étant de nouveau arrivé à Aix à neuf heures du matin, il est allé visiter les bains publics de Mayne, et il a ensuite déjeuné chez le général Neipperg, commandant des troupes autrichiennes stationnées à Aix, logé à l'hôtel de Jouque, sur le Cours, après quoi le Prince a repris la route de Lyon. Il n'a reçu aucune visite des autorités, mais les habitants ont pu le voir pendant le trajet qu'il a fait à pied depuis le batiment des eaux chaudes jusque sur le Cours.
Source : Archives Municipales d'Aix-en-Provence
Cote du document : fonds AA55 ; pièce F 384
Le lundi premier juillet mille huit cent onze, S. Ex. monseigneur Joseph duc d’Otrante, sénateur, ministre d’État, etc., commissaire à ce nommé par Sa Majesté a installé la cour impériale d’Aix. Messieurs les adjoints et le conseil municipal ont assisté à cette cérémonie, ensuite de l’invitation de monseigneur le Duc. Le soir, la ville a brûlé un feu d’artifice sur la place du Palais de Justice et les maisons des fonctionnaires publics ont été illuminées, ainsi que la façade de l’Hôtel de ville. Une innovation qui est à remarquer, est qu’à la messe du St Esprit qui a été célébrée le matin à St Sauveur, messieurs les procureurs généraux, les avocats généraux, les greffiers de chaque cour et tribunal ne se sont point placés à la suite du corps auquel il appartient, dans les hautes stalles, ainsi qu’on le pratiquoit depuis le rétablissement du culte catholique. Ils ont occupé les basses states en recommençant à faire tête devant leur compagnie, ainsi qu’on le faisoit avant la révolution. Par la même raison, le secrétaire en chef de la mairie et le receveur municipal ne se mettent plus désormais dans les hautes stalles, à la suite du second adjoint, mais bien dans les basses stalles devant la municipalité. Ainsi encore les trompettes et sergents de villes qui occupoient les basses stalles se placeront sur des chaises, devant lesdits secrétaire et receveur municipal.
Le vendredi quatre août mil huit cent neuf à neuf heures du soir est arrivée inopinément à Aix, et est descendu à l'hôtel des princes N. S. P. le Pape Pie VII, venant de Grenoble et ayant couché la veille à Avignon. Personne n'étoit prévenu de son arrivée. M. le maire est allé le voir seul sans cérémonie. Le lendemain matin samedi, S. S. ayant entendu la messe dans son appartement où quelques personnes ont assisté, est remontée en voiture et a pris la route d'Italie.
voy. le regist. de correspond. lettre du 5 août à M. le préfet
Aucun Pape n'avoit passé à Aix depuis Grégoire XI qui y vint au mois de septembre 1376 (il y a quatre cent trente trois ans) lorsqu'il transféra le Saint-Siège d'Avignon à Rome.
Le mardi quatre octobre mille huit cent huit, entre cinq et six heures du soir, sont arrivés à Aix S.M. le Roi Charles IV, la Reine son épouse, l'infant Don Carlos leur troisième fils, le Prince de la paix [NDA : Manuel Godoy] avec une nombreuse suite, venant de Fontainebleau où ils étoient depuis leur sortie d'Espagne. On s'est flatté à Aix que cette cour s'y fixerait mais le quinze du même mois d'octobre, elle en est repartie pour aller s'établir à Marseille. Pendant son séjour, M. le maire seul l'a visité, mais sans cérémonie.
Voir au reg. de corresp. la lett. des 3, 7, 9, 12 et 13 8bre [octobre] 1808
Le seize novembre mille huit cent dix s’est faite l’ouverture de la bibliothèque Méjanes, dans les salles du premier étage de l’Hôtel de ville. Monseigneur le sénateur duc d’Otrante ayant daigné honorer cette cérémonie de sa présence, messieurs le maire et adjoints ont été le prendre dans son hôtel et l’y ont ramené ensuite. Il a occupé dans la séance la première place, sur un fauteuil à la droite de M. le maire, présidant. Messieurs les Présidents, procureurs généraux et autres personnes invitées ont été placées selon l’ordre de préséance autour du bureau à droite, et messieurs les membres du conseil municipal à gauche.
Célébration des jeux de la Fête-Dieu en présence de la princesse Pauline qui se rendait aux eaux du Gréoux
Procès-verbal de la Fête-Dieu, en l’an 1807
Source : Archives Municipales d'Aix-en-Provence
Cote du document : fonds AA 55 ; pièce F° 377 v°
Page 1.
Savoir faisons nous Jean Baptiste Boniface de Fortis, maire d’Aix, que le jeudi vingt huit mai mil huit cent sept à quatre heures après midi, en exécution de notre arrêté du vingt-quatre du courant ordonnant pour cette année, la célébration des cérémonies qui étoient jadis en usage, le jour de la fête-Dieu, nous nous sommes rendus dans la salle de l’administration à l’Hôtel de ville avec MM. Antoine Alexis et Gaston Marius Ovide d’Olivary, nos adjoints, et avons procédé de suite à la proclamation des officiers qui marcheront dimanche prochain à la procession.
Nous avons proclamé pour lieutenant de Prince le sieur Jacques Joseph Augustin Arnaud, étudiant à l’école de Droit de cette ville ;
Pour guidon de Prince, le sieur Suchet fils, négociant ;
Pour Roi de la Bazoche, le sieur Bourgogne fils ;
Pour guidon de Roi, le sieur Houchard fils ;
Et pour abbé de la ville, le sieur Assenat, tailleur.
Ces proclamations faites, nous nous sommes rendus avec messieurs nos adjoints, précédés du corps de musique des gros tambours et des trompettes de la ville, suivis du secrétaire en chef et du receveur municipal, et escortés par un déttachement de la garde départementale, chez chacun de messieurs les officiers ci-dessus nommés pour leur faire part de leur nomination, et ce en commençant par l’abbé qui nous a accompagnés chez le guidon du Roi ; tous deux nous ont accompagnés chez le Roi de la Bazoche et ainsi desuite chez le lieutenant de Prince, d’où nous sommes retournés à l’Hôtel de ville avec tous lesdits officiers auxquels nous avons confié le choix des batonniers, capitaines des gardes, porte enseignes, mignons, etc qui devront les accompagner à la procession.
Page 2.
Le samedi suivant, 30 mai, les jeux se sont répandus dès le matin dans la ville, pour amuser le public et à six heures du soir ils se sont réunis, par nos ordres, sur le cours [Mirabeau], au devant de l’hôtel de Forbin où se trouve logée S.A.I. la princesse Pauline sœur de S.M. l’Empereur, passant à Aix pour se rendre aux eaux de Greoux. Cette princesse a daigné paroitre au balcon et sourire aux divertissements que les jeux ont exécuté simultanément. Le public a saisi cette occasion avec empressement pour témoigner à S.A. la joye qu’il ressentait de sa présence, et l’air a retenti pendant long temps des cris de vive la princesse Pauline ! vive l’empereur Napoléon !
A huit heures du soir, les batonniers de l’abbadie et peu de momens aprèz ceux de la Baroche, sont partis de la place de la métropole et ont fait le tour de la procession en exécutant le pas d’arme, vulgairement nommé la passade. Ils ont observé le défilé devant l’hôtel de S.A. suivant ce qui sera dit ci-après quant au tour de la procession.
A neuf heures précises, le guet composé des divinités du paganisme est sorti de l’Hôtel de ville et a parcouru les principaux quartiers jusqu’à minuit. Son Altesse a paru satisfaite du pas d’armes et du guet dont la marche étoit éclairée par une infinité de flambeaux.
Le dimanche trente et un mai, les jeux ont continué dès le matin à amuser le public. Les tambours de la ville ont parcouru les rues et ont donné des aubades aux fonctionnaires publics.
A dix heures, l’abbé de la ville, le lieutenant du Roi et le Roi de la Bazoche, le guidon du Prince et le lieutenant du Prince se sont rendus à l’Hôtel de ville, précédés de leurs batonniers, capitaines des gardes, porte-enseignes, mignons etc et suivis d’un grand nombre de leurs amis portant des rubans aux couleurs distinctives de chaque grand-officier.
Page 3.
Ce nombreux cortège nous a précédés ainsi que monsieur le sous-préfet qui s’étoit réuni à nous, dans notre marche de l’Hôtel de ville à l’église métropolitaine St Sauveur.
Arrivés devant la porte du chœur, l’abbadie et le Bazoche se sont rendus dans la chapelle de corpus domini où on a célébré pour elles une messe basse.
Le lieutenant de Prince, son guidon, leurs batonniers et leur suite sont entrés avec nous dans le chœur où nous avons occupé nos places accoutumées, ainsi que messieurs de la cour d’appel, de la cour de justice criminelle, des tribunaux de première instance et de commerce, messieurs les juges de paix, etc ; à qui s’y étoient rendus séparément. Messieurs les directeur et professeurs de l’école de Droit étoient placés hors du chœur dans la chapelle dite de Ste Catherine, le lieutenant de prince et son guidon seront placés dans les hautes states, après notre second adjoint et avant le secrétaire en chef de la mairie. Leurs batonniers et leur suite ont occupé le milieu du chœur, sur des chaises. A l’issue de la grande messe qui a été célébrée par monseigneur l’archevêque, nous sommes retournés à l’Hôtel de ville, dans le même ordre que dessus.
A quatre heures après midi, l’abbadie a commencé à défiler dans l’église St Sauveur, est sortie par la grande porte et a commencé le tour de la procession ; elle a été suivie par la Bazoche ; venoient ensuite les le guidon du Prince et le lieutenant du Prince, lesquels parvenus devant l’hôtel de S.A.I. ont sollicité et obtenu l’honneur de lui être présentés et de lui offrir, suivant l’usage, des fleurs et des sucreries.
Cependant nous nous étions rendus à St Sauveur ainsi que les cours de justice, tribunaux et autres autorités constituantes pour assister aux vêpres, à l’issue desquelles la procession a commencé à défiler par la grande porte, dans l’ordre suivant :
Page 4.
La croix de la métropole qui ouvrait la marche ;
Les commissaires d’humanité de l’œuvre des prisons ;
Les administrateurs du mont de piété ;
Les administrateurs du bureau de bienfaisance, dit l’hospice la miséricorde ;
Les administrateurs des hospices civils réunis, précédés des familles des hopitaux, la charité et St Jacques ;
Le clergé de la paroisse St Jean Baptiste extra-muros ;
Celui de la paroisse St Jean Baptiste intra-muros ;
Celui de la paroisse de la Magdeleine ;
Celui de la paroisse St Jérôme, ou St Esprit ;
Celui de la paroisse St Sauveur, tous précédés de leur croix ;
Messieurs les directeur et professeurs de l’école de Droit ;
Les prieurs de la confrairie de corpus domini avec leurs panonceaux ;
Le clergé de la métropole en chappe ;
Le St Sacrement, porté sous un daix par monseigneur l’archevêque ;
Monsieur le conseiller d’État préfet du département, et toutes les autres autorités et fonctionnaires, dans l’ordre prescrit par le Décret impérial du 24 messidor an XII.
Il est à observer qu’en suite d’une ordonnance rendue à notre réquisition par monseigneur l’archevêque le 28 mai, il y a eu un changement dans le tour de la procession, suivant lequel lorsqu’elle est parvenue au bout de la rue de la pureté ou, ou de Notre Dame de Nazareth, au lieu de passer par les rues de St Esprit, place St Honoré et de la miséricorde, elle a pris la rue des augustins et l’allée latérale du cours jusqu’au coin de la rue orbitelle où elle a repris son tour accoutumé.
D’après la même ordonnance, on avait établi un reposoir au milieu du cours devant l’hôtel occupé par Son Altesse.
La présence de S.A. avoit attiré dans la ville un prodigieux concours d’étrangers, ce qui a singulièrement contribué à donner
Page 5.
beaucoup d’éclat et un grand caractère de gaieté à la fête. Le public a passé la nuit aux divers bals qu’ont donné les grands officiers qui avoient marché à la procession. On a remarqué surtout celui dont le lieutenant de Prince a fait tous les fraix, au rez de chaussée de l’hôtel de monsieur d’Éguilles. Le local étoit très élégamment disposé et ce qui en faisoit le principal ornement étoient les ingénieux emblemes dont étoient entourés les chiffres de S.A.I. et de sa majesté notre invincible monarque.
Le plus grand ordre a régné dans tout le cours de la fête dont le motif et les circonstances seront longtemps gravés dans le cœur et le souvenir des habitants d’Aix et de tout ce que dessus, nous avons dressé le présent procès-verbal à Aix, en l’Hôtel de ville, le premier juin mille huit cent sept.