Cyrius comprit immédiatement que Pearl souffrait de l’absence de Jessie. Il n’en était pas surpris. Après tout, elle était l’une de ses amies les plus proches, et le blond savait qu’ils s’adoraient mutuellement.
Alors il fut surpris lorsqu’il se rendit compte que Pearl n’avait aucune nouvelle de Jessie. Puis il se remémora les rumeurs d’une fin d’amitié entre les deux, ou du moins d’un grand froid. Cyrius n’était pas du genre à chercher plus loin, laissant les gens venir lui parler si ils en ressentaient le besoin. Jessie n’avait pas jugé bon de lui parler d’un quelconque conflit avec Pearl. Le cinéphile ne lui en voulait pas, et se contenta d’adresser un nouveau sourire, plus doux pourtant, à Pearl. Il ne s’en mêlerait pas. Ce n’était pas ses affaires.
La douleur, doublée d’un peu de crispation, était perceptible dans la voix de Pearl. D’une certaine manière, elle fit mal à Cyrius.
- Jessie tient à toi Pearl. Et même si vous êtes en froid.. Je suis sûr que ça s’arrangera.
C’était tout ce qu’il pouvait dire pour la rassurer. Mais un éclair dans les yeux de Pearl lui fit comprendre que c’étaient aussi les bons mots.
Cyrius comprenait parfaitement son inquiétude. Il était inquiet, aussi, de savoir son ami, son presque frère, dans un centre de désintox, à cause de ses problèmes. Il avait connu la drogue, très rapidement peut-être, mais il savait l’effet qu’elle pouvait faire sur l’homme. Et à quel point on s’en berçait d’illusions.
Il reprit d’une voix douce, comprenant que l’heure n’était ni à la plaisanterie, ni au sarcasme, dans un sérieux assez méconnu, même de lui.
- J’appelle le centre pour avoir de ses nouvelles de temps en temps. Ceux qui l’encadrent disent qu’il fait des progrès et qu’il sera bientôt loin de tout ça. J’ai même pu lui parler une fois au téléphone. .. C’était bien Jessie.
Cyrius bougea un peu sur son lit, et se cala contre le mur auquel l’objet s’appuyait.
- Je n’ai pas réussi à le voir. Parait que ça fait parti du programme. Pas de visites pour le moment.
Pearl écouta Cyrius avec attention. Il lui fournissait des informations précieuses sur son meilleur ami. Gabriel ne s’étendait jamais vraiment sur le sujet. Se contentant de lui dire que Jessie allait plutôt bien. Son interlocuteur actuel lui donnait plus de précisions. Et elle ne put s’empêcher de laisser fuir un soupire de soulagement en entendant que le deuxième année était sur la bonne voie.
Elle sentit une larme rouler sur sa joue.
- Ouais c’est leur truc ça… Isoler les patients pour qu’ils puissent se concentrer sur eux… Se retrouver… Pas de visites pendant un temps tout ça… J’en ai déjà fait les frais.
La musicienne ne se souvenait que trop bien de tous les efforts que le personnel médical avait déployé pour la dissuader de rendre visite à Kenny.
Un pouce était venu chasser la goutte salée qui avait arrêté sa course près de la commissure de sa lèvre. Cyrius lui souriait avec douceur, adoptant un comportement qui laissait voir qu’il la comprenait pleinement. Elle eut un petit rire nerveux.
- Il me manque ce con…
Le jeune homme prit la main de Pearl dans les siennes et joua avec ses doigts. Il s’attendait à ce qu’elle poursuive puisqu’il était visiblement concentré sur l’écoute. La brune regarda sa main dans celles de son interlocuteur, alors que ses pensées dérivaient sur le pourquoi de ce manque cruel que l’absence de Jessie créait en elle.
- J’ai eu des coups durs dans la vie. Par chance, à chaque fois qu’il y en a eu, il y a toujours eu Jessie pas très loin. Même si il est pas du genre, envahissant, il a toujours gardé un œil bienveillant sur moi. Un peu comme le fait mon frère, Ian. Mais c’est mon frère. Il est genre obligé de veiller sur moi, tu vois ?
Cyrius se contenta de rire en faisant oui de la tête. Toujours concentré sur la main de Pearl.
- Mais rien n’obligeait Jessie à faire de même. Pourtant il s’en est toujours fait un devoir. Sans jamais faillir. Toujours près à écouter. Toujours près à faire rire. Toujours près à changer les idées. Et Dieu sait qu’il est doué pour ça. Un éternel optimiste. Une bouffée d’air frai. Bref… Jessie quoi. C’est en grande partie grâce à lui que j’ai réussi à ne pas flancher dans les creux de vagues.
Perle ferma sa main en un poing et laissa Cyrius s’amuser à déplier ses doigts un par un.
- Tourner la page… Passer à autre chose après ce qui est arrivé, c’est un creux de vague.
Pearl prenait le temps de bien choisir les mots qu’elle voulait poser sur ce qu’elle ressentait.
- J’ai perdu un énorme morceau de moi même ce jour là. Je ne récupèrerai jamais vraiment tout… Mais je peux sans doute en retrouver une grande partie. Et… J’ai l’impression que je n’y arriverai jamais sans Jessie.
Cyrius entrelaça ses doigts avec ceux de Pearl et exerça une pression suffisante pour signifier qu’il était réceptif.
- Après tout ça… Après la mort de Glenn, je me suis dit qu’il aurait besoin de moi. Que je pourrai l’aider à passer le deuil et le traumatisme. Mais la vérité c’est que je suis juste une égoïste. J’ai voulu me reposer sur son malheur pour justifier mon trop plein de protection, justifier mon trop plein de présence au près de lui. Tout ce que j’ai gagner au final c’est son absence et l’impossibilité de pouvoir veiller sur mon meilleur ami.
Elle laissa une autre larmes s’évader.
- J’ai besoin de lui. Elle acquiesça pour elle même. J’ai besoin de lui pour avancer.
Elle regarda Cyrius avec tristesse.
- Je dois te paraître tellement détestable maintenant.
Trois semaines. Voilà maintenant trois semaines que l’examen de danse de Kenny avait eu lieu. Trois semaines qu’il n’avait plus adressé la parole à Pearl. Trois semaines qu’il s’interrogeait sur le pourquoi de son geste.
Mais le plus étrange dans tout ça, c’est que le jeune homme ne ressentait...
Trois semaines. Cela faisait maintenant trois semaines que Pearl avait eu la brillante idée d'embrasser Kenny pendant l'examen de danse de ce dernier. Trois semaines durant lesquelles ils ne s'étaient plus revus. La troisième année avait très mal vécu les jours qui avaient suivi l'incident. Et puis elle avait dû voir les choses en face. Kenny ne lui reparlerait pas de sitôt.
Il était gay... A quoi s'attendait-elle ? Après ça, les choses ne seraient plus jamais comme avant entre eux. Elle se faisait doucement une raison. Même si il lui arrivait très souvent de repenser à ces deux baisés qu'elle avait échangé avec le karatéka.
Ce jour là, Pearl n'avait par cours l'après midi. Elle avait volontairement gagné la cafétéria peu avant la fin du service afin d'y trouver le moins de monde possible. Ils y avait une table, dans le fond, qu'elle avait l'habitude jadis d'occuper en compagnie de Jessie, Kenny et quelques autres de leurs amis. C'était un coin qui était propice au travail. Alors, lorsqu'ils étaient d'humeur studieuse, ils se rendaient là pour pouvoir manger en même temps qu'ils bossaient leurs matières.
Pearl planchait depuis plusieurs jours sur la partition d'un morceau de son invention. Son professeur de musique lui avait enfin demandé de lui présenter quelque chose qui venait d'elle et seulement elle. Elle avait tellement attendu ça qu'elle s'y était mise très vite à fond. Elle voulait assurer. Et ça avait l'avantage de lui changer les idées. Elle pouvait au moins pour un temps se concentrer pleinement sur autre chose.
Ses feuilles de brouillon étaient pour le moment pleine de ratures. Elle passait son temps à gommer quelques notes pour en mettre d'autres à la place. Le visage sérieux, elle piquait une frite dans son assiette de temps à autre. L'esprit complètement absorbé par son travail,elle s'était à peine rendue compte qu'un étudiant avait pris place en face d'elle avec son plateau repas. Puis on vint placer une feuille par dessus les siennes.
Elle releva la tête, prête à pester sur cette personne qui la dérangeait sans ménagement, mais avala sa frite de travers lorsqu'elle reconnut Kenny. Elle toussa pour se dégager la gorge et puis très vite, elle sentit ses joues renflammer.
Elle soupira, exaspérée par la réaction que la vue du jeune homme provoquait chez elle. Et surtout très gênée qu'il en soit témoin.
Le quatrième année s'excusa très vite de l'avoir arraché à sa besogne et lui suggéra de regarder la feuille qu'il avait posé sous ses yeux de plus près. Pearl prit le papier dans ses mains et le parcourut avec attention. C'était une feuille de note. Celle du fameux examen de danse qu'ils avaient passé et... Admis ? Kenny était admis. La brune écarquilla les yeux et reporta son regard sur le jeune homme.
- Je... Whoua ! C'est génial. Je suis super contente pour toi. Je...
Et voilà, elle perdait ses moyens. Elle ferma les yeux la bouche pincée et se concentra pour reprendre plus calmement. Elle reposa la feuille vers Kenny.
- C'est vraiment cool. Je suis soulagée.
Elle hésita un instant avant de poursuivre.
- Mais ça n'empêche pas que j'ai bien failli tout gâcher. Je... Elle baissa le regard. Je suis vraiment désolée Kenny.
Résumé : C'est un jour important pour Kenny. Il passe son examen de danse moderne. Un thème lui a été imposé. Le sexe. Et c'est tout naturellement qu'il s'est tourné vers Pearl pour être sa partenaire. Tout se passe à merveille. Jusqu'à ce que...
-
Habits et chaussures de danse neufs. Concentration au maximum. Connaissance parfaite de la chorégraphie. Une bonne nuit de sommeil. Un bon petit déjeuner. Un niveau de stresse raisonnable. Tout les ingrédients étaient réunis pour que Pearl puisse accompagner Kenny dans les meilleures conditions pour son examen.
En effet ce matin là, le quatrième année, passait son épreuve de danse moderne devant un jury au regard aiguisé. L’un des membres étant évidemment Cassandra. Il devait présenter une chorégraphie en duo et il avait choisi Pearl pour partenaire. Les deux jeunes étudiant avaient travaillé dans l’optique de son examen sans relâche durant les deux dernières semaines. Un thème avait été imposé au jeune homme. Le sexe.
Si cette épreuve avait eu lieu avant la fusillade. À une époque où Pearl était complètement certaine de ne voir en Kenny qu’un ami proche et de confiance. À une époque où elle n’aurait développé des sentiments pour lui que dans un rêve post-beuverie. À une époque où il ne l’avait encore jamais embrassé. La brune n’aurait eu aucune appréhension. Aucun mal à s’entraîner avec son ami sur un thème aussi ambigüe. Elle n’aurait pas eu peur de déraper à chaque fois que son corps se trouvait tout près de celui du Karatéka. Chaque fois que sa bouche se trouvait trop près de la sienne. Chaque fois qu’elle sentait son souffle dans le creux de son cou.
Lors du bal que l’école avait donné pour tourner la page du traumatisme, la musicienne avait senti à plusieurs reprises, que sa façon de percevoir Kenny avait changé. Elle pensait que ça avait sans doute un rapport avec ce qu’ils avaient vécu ensemble lors de la fusillade. Il lui avait sauvé la vie. Il avait été là pour lui permette de s’accrocher et de retrouver un espoir qu’elle croyait avoir perdu pour de bon. Il avait été sa dernière chance de s’en sortir. Et sans qu’elle ne le fasse vraiment exprès, elle faisait une fixation sur lui. Elle se rappelait aussi à quel point elle avait été blessée lorsqu’elle avait cru que Kenny avait refusé de la voir, lors de ses multiples visites au service psychiatrie qui avait accueilli le jeune homme après son évacuation de la NYADA. Son amertume avait été bien plus grande et bien plus douloureuse que si elle avait été éconduite par un simple ami. Aujourd’hui elle s’en rendait compte.
Peut-être n’avait elle aucun sentiment réel à l’égard du jeune homme. Peut-être que tout cela n’était que l’expression d’une immense reconnaissance envers lui. Mais la jeune femme repensait très souvent au baiser désespéré que Kenny lui avait donné la veille de la prise d’otage. Il n’y avait qu’une seule façon de s’assurer que tout ça, c’était dans sa tête. Que ça ne voulait rien dire. Une seule façon de passer à autre chose. Embrasser Kenny de nouveau et voir ce que ça donnerait.
Elle avait bien failli le faire deux semaines auparavant. Le soir du bal, ils avaient passé la nuit chez Lucas. Et avant de quitter le jeune homme pour de bon et de rejoindre son lit, elle s’était dit que c’était sans doute le moment de le faire. Le timing était parfait. Ils avaient passé une excellente soirée. Dans une joie et une complicité très forte. Un baiser pour clôturer en beauté et enfin répondre aux mille et une questions qu’elle se posait, aurait été parfait. Elle aurait mis ça sur le compte de l’alcool et aurait pris congé de lui l’air malicieux.
Mais non. Elle s’était finalement rétractée. Kenny pensait toujours à Jessie. Et puis surtout, il était gay. Alors à quoi bon toute cette torture ? A quoi s’attendait-elle au juste ? Et pourquoi son cœur se bornait-il à battre un peu plus vite lorsqu’elle le voyait ? Pourquoi se sentait-elle de plus en plus confuse dans ses bras ?
Ce qui était sûr, c’était que pour l’heure, elle ne pouvait pas se permette de se laisser déconcentrer. Kenny avait un examen, et il était hors de question qu’il le foire à cause d’elle. Elle allait se concentrer sur leur prestation. Elle allait faire les choses bien. Et le jeune brun ressortirait de cette salle, satisfait de son passage. Ils étaient très bons lorsqu’il dansaient ensemble. Et leurs entraînements des derniers jours l’avaient confirmé un peu plus, même si Pearl devait redoubler d’effort pour rester concentrer sur la technique et rien d’autre. Kenny avait de bonnes chances de faire mouche.
Pearl faisait quelques étirements dans la salle à côté de la salle d’examen. Un autre étudiant passait avant eux, et il venait tout juste de se présenter au jury. Kenny était en retard, mais il avait encore du temps devant lui. Il devait sûrement déjà être en chemin. La brune se tenait à la barre, face à une grande baie vitrée, le regard un peu perdu. Elle leva doucement sa jambe, pliée d’abord, puis, parvenue à un angle de 140° elle commença à la déplier. Quelqu’un arriva derrière elle. Une main vint tenir son mollet tandis qu’une autre vint se loger dans le creux de sa taille pour maintenir et parfaire sa position…
Ce matin-là, le hurlement du réveil avait hurlé une annonce imminente : celle d’un jour crucial dans la vie de Kenny. Du moins, un des jours cruciaux. En effet, il allait devoir passer devant le jury impitoyable de la NYADA pour conclure son cursus de quatre ans en danse moderne. Un cursus parsemé d’embûches… Mais dont l’issue allait de paire avec tous ces changements que le jeune homme vivait dernièrement. Des changements, il allait certainement y en avoir d’autres, d’ailleurs.
Quoi qu’il en soit, il n’était pas effrayé. Il avait bossé à fond sa chorégraphie avec Pearl. Chorégraphie qu’ils avaient élaborée ensemble. Tout était réglé comme du papier à musique. Ça allait être un véritable succès, il en était persuadé. Il avait travaillé, tout comme Pearl. Et ils avaient progressé.
Pas seulement sur le plan de la danse, d’ailleurs. Leur relation n’existait plus par l’intermédiaire de Jessie désormais. Pearl était devenue la meilleure amie de Kenny. Et réciproquement, très certainement. Du moins, c’est ce que le jeune homme pensait.
En effet, une zone d’ombre demeurait. Il y avait comme une certaine retenue entre eux. Une pudeur qu’il ne parvenait pas à s’expliquer. A chaque étreinte amicale, il sentait que Pearl se crispait, ou se mettait à trembler. Et quand les conversations commençaient à descendre au niveau de la ceinture, la jeune femme se mettait à rougir. Et une fois de plus, sans comprendre pourquoi, Kenny ressentait une certaine culpabilité.
Malgré cette zone d’ombre, ils avaient bel et bien réussi à élaborer cette chorégraphie, et à la perfectionner. Et il était temps d’achever ce travail par l’examen. Le karatéka se prépara dans sa salle de bain pour mettre sa tenue de danse habituelle. Ou presque. Il changea le débardeur noir par une chemise à manches courtes de la même couleur. Ensuite, il s’échauffa rapidement, et se rendit enfin dans la salle voisine à celle de l’examen, où il allait pouvoir répéter une ultime fois. Pearl était déjà sur les lieux, c’était certain.
Et bien évidemment, elle était là, déjà en train de s’échauffer. Le jeune homme s’approcha d’elle, et posa ses mains sur elle pour qu’elle garde cette position. Elle sursauta sur le coup, ce qui amusa l’étudiant.
- Je vois que t’es prête. Merci, Weiss.
Elle sourit timidement. Ils restèrent dans cette position, et Kenny commença à la soulever. L’angle de la jambe de Pearl n’avait pas bougé. C’était parfait, elle allait s’en tirer comme une chef.
Lui, en profitait pour s’échauffer encore un peu, exerçant avant l’épreuve la force de ses bras. Après quelques secondes, il la reposa au sol. Ils s’enlacèrent furtivement.
- Sois pas tendue comme ça. Je serai le seul à me faire noter tu sais.
Un brin de malice dans les yeux du quatrième année.
- Enfin… Ma note repose EN GRANDE PARTIE sur tes épaules. T’as pas intérêt à gaffer !
Dit-il sur un ton strict, avant d’éclater de rire.
Pearl avait sursauté dans un premier temps. Mais le rire de Kenny l’avait rassuré. Alors elle se concentra pour garder sa position alors qu’il la soulevait à bout de bras au dessus de lui en décrivant plusieurs tours sur lui même. Une façon pour lui de commencer son échauffement.
Il la reposa doucement au sol et Pearl put se retourner pour lui faire face en lui souriant. Il l’attira vers lui pour une brève étreinte, mais la brune s’était raidie lorsque la main de son ami, posée sur sa chute de rein, avait pressé son bassin contre le sien. Une réaction que Kenny avait interprété comme une manifestation nerveuse dû au stress.
Il lui rappela avec douceur que c’était lui qui passait un examen et non pas elle. Et puis il ajouta une pointe d’humour en précisant tout de même que sa note reposait en grande partie sur les épaules de la troisième année. Une pointe d’humour, certes. Mais c’était tout de même vrai. Pearl n’avait pas le droit à l’erreur. Ils avaient travaillé dur pour que cet examen soit un succès. Et la musicienne ne doutait pas que ça le serait. Mais elle ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il suffisait d’un rien pour que tout foire.
Elle se força à rire avec son ami. Il fallait qu’elle se détende un peu. Elle se repositionna sur la barre et invita Kenny à faire ses étirements à ses côtés.
- Je veux que notre travail paye. Et je veux surtout que tu cloues Cassandra sur place. C’est pour ça que je stresse un peu.
Menteuse.
- J’espère que de ton côté, tu es d’attaque. J’avais un peu peur que tu arrives en retard. T’as eu un problème en chemin ?
Lancer la conversation. Penser à tout sauf au pire. Voilà ce qu’il fallait qu’elle fasse.
Le rire de Pearl se fit entendre dans la pièce. La jeune femme s’était alors repositionnée au niveau de la barre de danse, et continua la conversation, sur un ton qui empêcha Kenny de pouvoir penser une seule seconde que la brune mentait ou était nerveuse.
Pourtant, elle persistait à ne pas regarder le jeune homme. Seulement, ce dernier ne fit même pas attention à ce détail, et s’étira aux côtés de son amie.
- Je vais tellement la clouer sur place qu’elle aura envie de m’ajouter à sa petite liste bien particulière d’étudiants… Si tu vois ce que je veux dire.
Il éclata de rire.
- Enfin ça risque pas d’arriver, crois-moi ! Aucune raison de stresser Weiss.
Il se tourna vers elle, et désigna sa chemise noire du doigt.
- Pour le retard, c’est juste que j’ai opté pour un changement de tenue à la dernière seconde. J’ai pensé que tu pouvais me l’arracher vers le dernier refrain ? Pour mettre une touche encore plus sexy à la choré !
La jeune femme se crispa, et détourna furtivement le regard. Ce qui ne manqua pas de faire rire le karatéka encore un peu plus.
- Oh allez, fais pas ta timide !
Il poursuivit sur un ton taquin, s’approchant lentement de la jeune femme, toujours dans l’optique de vouloir la dérider avant l’examen.
- Je suis sûr que tu en as toujours eu envie, Pearly. Je le vois dans tes yeux !
Pearl parvenait doucement à se concentrer sur ses étirements tout en écoutant Kenny. Mais elle perdit bien vite pied lorsqu’il lui expliqua la raison de son retard et ce qu’il voulait qu’elle fasse de sa chemise pendant la chorégraphie.
Elle se raidit un peu plus et détourna le regard. Leur choré était déjà suffisamment sexy comme ça et Pearl avait déjà suffisamment peur de tout faire foirer. Et il avait fallut que Kenny ait cette idée d’arrachage de chemise…
Le jeune homme n’avait pas la moindre idée du combat que Pearl commençait à mener pour résister à ses avances qui n’en étaient pas. La musicienne leva les yeux au ciel pour essayer de détendre l’atmosphère, ce qui fit rire le karatéka. Il s’avança tout près d’elle. Pearl allait devoir danser avec lui, et adopter des positions très évocatrices dans peu de temps, alors il fallait qu’elle commence dès maintenant à se maitriser et à maitriser ses réactions.
Elle posa un regard assurer sur son ami et lui servit un sourire malin. Il fallait qu’elle soit naturelle. Qu’elle soit cette Pearl que Kenny avait toujours connu.
- J’en reviens pas que tu me laisses assouvir un de mes fantasmes les plus fous pendant un de tes examens.
Elle s’approcha à son tour de lui.
- Je vais me faire un plaisir d’arracher ta chemise, joli cœur. Le jury va avoir très chaud si tu veux mon avis.
Kenny était confiant et le sourire ne le quittait plus. Il la saisit par la taille et la souleva à bout de bras au dessus de lui.
Elle riait elle aussi. S’abandonner un peu était une bonne thérapie.
- T’as raison. On va le déchirer cet exam. Et on fêtera ça dignement en sortant.
Pearl entendit la musique dans la salle d’à côté s’arrêter.
- Ça va bientôt être à nous. Inutile que je te demande si tu es prêt. Lui dit-elle avec un clin d’œil.
L’objectif du quatrième année était atteint, puisque Pearl rentra immédiatement dans son jeu, et répliqua sur un ton tout aussi ironique que le sien : entre autre, cela ressemblait à une conversation habituelle entre les deux amis.
Ils éclatèrent finalement de rire, et avec l’engouement, Kenny souleva machinalement la jeune femme à la force de ses bras. La brune lui garantit alors qu’ils allaient passer l’examen haut la main, juste avant que la musique de la salle du jury cesse : il était temps d’y aller.
Kenny s’étira alors longuement, et déposa un baiser sur la tempe de son amie.
- Comme tu dis. On va tout déchirer, et on fêtera ça au Gotham Bar & Grill, depuis le temps que je te le dois !
Il souffla un grand coup. Malgré son assurance, il subsistait en lui un léger trac. Qu’il balaya bien rapidement.
- Tu me connais bien Pearly. Toujours partant, toujours prêt.
Ils se postèrent sagement devant la porte de la salle de l’examen, qui s’ouvrit alors. Deux collègues du karatéka sortirent avec les jambes légèrement tremblantes. Ils lui adressèrent un regard qui avait la valeur d’une mise en garde : Cassandra July était probablement de mauvaise humeur, comme à son habitude, et ils en avaient fait les frais. Et ça allait sûrement être le tour de Kenny.
“Certainement pas" pensa-t-il.
C’est alors que la voix pleine de lassitude de ladite Cassandra s’éleva, trahissant un léger état d’ébriété.
- Blackburn Kenneth.
Kenny et Pearl entrèrent alors, et se tinrent droit comme des piquets devant le jury intransigeant qui leur faisait maintenant face. Cassandra soupira, et commença à tapoter nerveusement des doigts sur la table.
- Allez le paysan, nom de la partenaire, présentation de la chanson et de la choré, blablabla, tu connais la suite.
Le brun ne retint pas un haussement exaspéré des sourcils, et déroula alors d’une voix calme et posée le petit discours de présentation de l’épreuve.
- Ma partenaire est Pearl Weiss, étudiante en troisième année. Nous allons danser et chanter sur Of The Night, du groupe anglais Bastille, qui est un mash-up de deux classiques des années 90. La chorégraphie est de notre création, et est bien entendue basée sur le thème que vous m’avez imposé : le sexe.
Les différents membres du jury prirent rapidement quelques notes, et Cassandra fit un geste las de la main pour signifier à Kenny et à Pearl qu’ils pouvaient lancer le signal aux musiciens, et danser.
Les deux jeunes amis s’échangèrent un regard plein de détermination, et se tournèrent simultanément vers les musiciens, leur demandant d’un geste de la tête d’envoyer la musique. Les premières notes de synthé et de xylophone se firent entendre. Kenny et Pearl se tenaient côte à côte, et commencèrent à reproduire des mouvements identiques au son de la musique.
Kenny s’avança alors vers la jeune femme. Il passa rapidement autour d’elle, avant de se placer derrière elle. Il posa fermement ses mains sur les hanches de la jeune femme, et la fit onduler au rythme de la chanson, qu’il commença à chanter.
Rhythm is a dancer
It’s a soul’s companion
People feel it everywhere
Ensuite, Kenny fit remonter ses mains le long du corps de Pearl, et fit alors lever les bras de cette dernière. Elle caressa les cheveux du quatrième année, et fit descendre ses mains en douceur le long de sa nuque. Kenny approcha alors lentement sa bouche de l’oreille de la brune.
Lift your hands and voices
Free your mind and join us
You can feel it in the air
Pearl se retourna subitement vers Kenny, levant légèrement sa jambe, qu’il attrapa avec sa main. Il passa son autre main dans le dos de l’étudiante.
Oh oh, it’s a passion
Oh oh, you can feel it in the air
Il la fit basculer en arrière, et approcha sensuellement ses lèvres de son décolleté, tout en jouant de ses mains.
Oh oh, it’s a passion
Oh oh, oh, oh, oh…
Il la releva, et la souleva de façon à ce que les jambes de la jeune femme entourent les hanches du karatéka, qui tournoyait alors dans la pièce.
Pour l’instant, aucun faux pas. Ils collaient au thème, et Kenny s’amusa à penser que lui et Pearl faisaient monter la température de la pièce.
Lorsque Pearl et Kenny se présentèrent à l’entrée de la salle d’examen, deux quatrième années en sortaient, visiblement dépités. Cassandra avait dû être impitoyable avec eux. Une flamme prit alors place dans le regard de Pearl. Il était hors de question qu’elle et Kenny fassent les frais de sa langues fourchue. Ils allaient être parfaits. La brune oublia toutes les peurs qu’elle avait nourri ces dernières semaines et concentra toute son énergie dans le succès de l’examen de son ami.
Alors que Kenny faisait la présentation réglementaire, Pearl défia Cassandra du regard sans jamais faillir. Avant d’aller se placer, les deux amis échangèrent un regard déterminé, puis Kenny fit signe à l’orchestre de commencer à jouer.
Kenny commença à chanter et à bouger au rythme de la chanson. Pearl était désormais dans un autre monde, où il n’y avait plus qu’elle et le karatéka. Il était plus aisé pour elle de se concentrer en faisant abstraction de tout ce qu’il y avait autour. Leur chorégraphie était réglée comme du papier à musique et le jeune homme avait aussi parfaitement débuté la partie chant. Leurs mouvements, fluides et sensuelles, s’enchainaient sans difficulté. Et Pearl s’amusait de constater que la situation d’examen lui permettait de ne pas ressentir les mains chaudes de Kenny sur son corps de la même façon qu’elle les ressentait ces derniers temps.
Le tour de Pearl vint finalement. Alors que ses jambes entouraient toujours les hanches du jeune homme, elle plaça ses mains sur les joues de ce dernier et commença à chanter, son regard plongé dans le sien et ses lèvres tout près des siennes.
You can put some joy up on my face,
Oh sunshine in an empty place,
Take me too, turn to and babe I’ll make you stay,
Pearl lâcha le visage de son ami et bascula en arrière avec grâce jusqu’à ce que ses mains viennent toucher le sol puis elle ramena ses pieds au sol avec souplesse. Une fois debout, elle plaça sa main sur le torse de Kenny le faisant reculer alors qu’elle avançait.
Oh I can ease you of your pain,
Feel you give me love again,
Round and round we go,
Each time I hear you say,
Kenny lui saisit la main en se voulant dominant et l’éloigna de lui sans la lâcher, puis il lui fit faire plusieurs tours sur elle même avant de la ramener contre lui. Le dos de Pearl étant contre son torse, une main tenait celle de la brune, le bras tendu sur le côté tendis que son autre main était placée dans le creux de sa hanche. Alors ils firent onduler leur bassin à l’unisson.
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah,
The rhythm of the night,
This is the rhythm of my life, my life, oh yeah,
The rhythm of my life,
Tout se passait à merveille. Pearl laissa son regard se promener sur le jury et fut heureuse de constater qu’il était très concentré sur la prestation qu’elle et Kenny offraient, même Cassandra.
Pour la suite de la chorégraphie, Pearl devait chanter, et mener la danse. Et il fallait croire que la pression dûe à l’examen la rendait meilleure : effectivement, pendant les répétitions, Kenny avait pu constater que Pearl était toujours nerveuse. Notamment, elle tremblait des mains.
Mais cette fois-ci, rien du tout. La jeune femme était parfaitement assurée, et ne tremblait même pas. Dans sa tête, Kenny hurlait déjà de victoire. Il savait qu’une note excellente était dans la poche. D’autant que le jury ne semblait pas les quitter des yeux.
Ce fut alors au tour du jeune homme de reprendre les rênes de la chorégraphie. Il lâcha la main de la jeune femme, et passa sa main dans cheveux. Il attrapa les deux baguettes qui maintenaient le chignon de la brune, et les tira d’un coup sec, en même temps que la jeune femme se retourna, libérant ainsi sa belle chevelure d’ébène de la façon la plus séduisante qui soit.
Won’t you teach me how to love and learn
There’ll be nothing left for me to yearn
Le brun lança les baguettes en direction du jury en ne cachant pas un sourire malicieux. Puis les deux étudiants se rapprochèrent d’un coup, posant leur front l’un contre l’autre. Pearl posa ses mains sur les joues du jeune homme. Il attrapa alors ces deux dernières, et les fit descendre le long des hanches de l’étudiante, tout en approchant sa bouche du cou de la jeune femme, la faisant légèrement basculer en arrière.
Think of me and burn and let me hold your hand
Oh yeah-ah-eh
Pearl bouscula Kenny et fit mine de repartir dans la direction opposée. Le karatéka se laissa alors glisser sur les genoux derrière la jeune femme, et lui attrapa la main, faisant mine de la supplier du regard.
I don’t want to face the world in tears
Please think again, I’m on my knees
Pearl donna ensuite un faux coup de pied au niveau du thorax de Kenny. Ce dernier exagéra alors un saut en arrière, avant de se relever après une roulade. Il se passa la main dans les cheveux, et s’avança rapidement vers Pearl. Il la plaqua contre le mur adjacent, et fit remonter lentement ses doigts le long de la cuisse de la jeune femme. Son autre main se perdit dans les longs cheveux de la jeune femme, tandis que ses lèvres retournaient au niveau du cou de l’étudiante.
Sing that song to me
No reason to repent
Il la souleva par les hanches, et la fit tournoyer de nouveau. Il plia lentement les genoux, et progressivement, allongea la jeune femme dos au sol. Il se plaça au-dessus d’elle, genoux à terre, et sa main continua de mimer une caresse de la jambe de Pearl.
Les deux étudiants entrèrent dans la deuxième phase de la danse, qui était bien plus sensuelle et plus suggestive. La phase que Pearl avait eu le plus de mal à assimiler lors de leurs entrainements. Les gestes assurés de Kenny et sa maitrise parfaite des ses mouvements ne laissait pas de place à l’erreur. Mais lorsque la brune se retrouva contre le mur, avec le jeune homme collé à elle, lorsqu’elle sentit le souffle de ce dernier sur la peau de son cou, elle commença à perdre en concentration.
Bon sang, ce n’était vraiment pas le moment de flancher. Elle s’efforça de retrouver la concentration qui était sienne au début de leur danse. Elle y parvint, mais la gardait difficilement. Elle était à présent allongée sur le sol, Kenny exécutant des pompes au dessus d’elle alors que le bassin de la jeune femme se soulevait en rythme avec celui de son partenaire. Puis elle s’agrippa à lui et il roula au sol de façon à ce qu’elle se retrouve à califourchon sur lui. Il se redressa en position assise. Dans le même temps, Pearl se redressa sur ses genoux, posa un pied au sol et guida la main de Kenny dans le creux de son genou avec sensualité. Le karatéka plaça son autre main sous le bras de l’étudiante, puis la souleva avec force tout en se levant et exécuta un porté parfait, avec Pearl parfaitement droite, allongé sur le côté au dessus de lui. Il la reposa au sol avec douceur. Pearl fit un tour complet autour de Kenny en promenant sa main sur la taille du jeune homme.
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah,
The rhythm of the night,
This is the rhythm of my life, my life, oh yeah,
Elle stoppa finalement sa marche derrière le karatéka et laissa ses mains courir sur le torse du jeune homme pour finalement lui arracher sa chemise avec force et assurance.
The rhythm of my life,
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah,
The rhythm of the night,
This is the rhythm of my life, my life, oh yeah,
The rhythm of my life,
Pearl jeta la chemise de Kenny avec un air aguicheur vers le jury. Puis Kenny et elle entamèrent des mouvements de tango pour un bref instant. Il la fit ensuite basculer en arrière et fit décrire un demi cercle au corps courbé de sa partenaire, le front posé sous sa poitrine. Puis il la redressa très vite en la soulevant, laissant le visage de Pearl tout près du sien.
La musicienne songea alors que retirer sa chemise à Kenny n’avait vraiment pas été une bonne idée. Elle allait perdre pied, à n’en pas douter. Il fallait que cet examen prenne fin, et vite.
La phase la plus intense de la chorégraphie avait commencé, et se déroulait sans accroc. Kenny avait beau ressentir une pointe de stress, et avait beau commencé à transpirer sous l’effort, il ne perdait pas confiance pour autant. Il était même surpris de l’excellente concentration de Pearl, qui avait jusqu’à présent toujours eu quelques difficultés dans cette partie de la chorégraphie.
Il fallait croire qu’elle avait rangé sa timidité de côté le temps de l’examen. Le jeune homme lui en était intérieurement très reconnaissant. Mais il n’avait pas véritablement le temps de penser, étant donné qu’ils étaient en plein examen.
Cependant, un sourire s’afficha sur son visage quand la jeune femme lui arracha sa chemise. Il retint même difficilement une envie d’éclater de rire en voyant Pearl prendre l’initiative de jeter malicieusement la chemise en direction du jury.
Il se reprit immédiatement pour se concentrer pleinement à son exercice. Penser à ses propres souvenirs pour rendre chacun de ses gestes plus réalistes… La fin de la chanson approchait. Et même s’ils s’en tiraient tous les deux à merveille jusqu’à présent, le karatéka tenait à se surpasser pleinement.
Il caressa les joues de la jeune femme, gardant son visage tout près du sien, et avança en ondulant légèrement le bassin. Puis il enleva ses mains, et recula en tournant sur lui, frappant ses mains au rythme des percussions.
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah
Avec un air aguicheur sur le visage, il fit un signe de l’index à Pearl, lui demandant d’approcher. Elle s’exécuta, et tournoya à la manière d’une danseuse classique, avant de faire un saut en avant, mettant en valeur la longueur de ses jambes, ainsi que sa grâce et sa sensualité. Au même moment, Kenny exécuta un saut périlleux en arrière.
The rhythm of the night
Ils se réceptionnèrent en même temps et se firent face. C’est alors qu’il foncèrent tous les deux dans la direction de l’autre. Pearl se jeta sur Kenny, qui l’attrapa en passant ses mains dans son dos. Il la bascula en arrière, avant de la soulever encore, permettant aux jambes de la jeune femme de passer successivement du côté gauche de Kenny, puis de son côté droit.
This is the rhythm of my life, my life, oh yeah
Dans un dernier effort, Kenny exécuta un mouvement de balancier pour parvenir à tenir la jeune femme dans ses bras, afin qu’ils prennent la même posture qu’un jeune couple marié.
The rhythm of my life
Tenant toujours Pearl dans ses bras, Kenny fit alors dos au jury. Il se mit à genou, et comme un peu plus tôt dans la chorégraphie, allongea Pearl sur le dos. En s’allongeant à côté d’elle, il murmura a capella la dernière phrase de la chanson, tandis que Pearl roula sur le côté pour se retrouver par-dessus lui, les mains sur son torse transpirant, et ses lèvres frôlant les siennes.
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah
C’était terminé. Mais le brun eut à peine une seconde pour éprouver le soulagement tant désiré, qu’il sentit une sensation plutôt inattendue.
Malgré ses difficultés de concentration, Pearl était parvenue à exécuter la danse jusqu’à la fin sans accrocs. Mais le comportement volontairement aguicheur et charmeur de Kenny ne lui avait plus laissé de répit. Et puis, il était à présent torse nu et légèrement transpirant. Lors de leurs entrainements, Kenny n’en était jamais arrivé jusqu’à finir dans cette tenue. Alors l’expérience était difficilement soutenable pour Pearl qui était maintenant plus que certaine d’être attirée par le karatéka.
L’étudiante se sentit soudain fiévreuse durant les dernières secondes de la chorégraphie. Et son cœur battait à une vitesse presque insoutenable lorsqu’elle se retrouva allongée sur Kenny, ses lèvres tout près des siennes.
Le jeune homme avait ses mains posées sur la chute de rein de sa partenaire, ses pouces caressant sa peau sous son haut. La musicienne fut alors saisie d’une brusque envie. Ce n’était ni le moment ni le lieu. Elle allait faire une connerie qui allait sûrement coûter son examen au jeune homme. Mais son esprit avait réussi à la persuader que c’était maintenant ou jamais. Qu’il fallait qu’elle se lance. Ici et maintenant.
Alors, sans plus de réflexion, Pearl combla l’espace qui séparait sa bouche de celle de Kenny. Elle sentit la surprise du jeune homme. Elle aurait pu arrêter là. Stopper son baiser afin qu’ils puissent encore faire croire que ça faisait partie de leur prestation. Mais non. Au lieu de ça elle préféra approfondir son geste. Et l’espace de deux ou trois secondes, Kenny lui rendit son baiser. L’espace de deux ou trois secondes, Pearl fut envahie par exactement la même sensation que le soir où il l’avait embrassé dans sa chambre, alors qu’il venait d’apprendre la mort de son père.
Et puis, Kenny retira précipitamment ses mains du dos de la brune pour venir saisir fermement ses bras et la faire reculer un peu afin de rompre le contact. Le retour à la réalité fut rude. Kenny regardait son amie sans comprendre. Pearl tourna la tête vers un jury perplexe et une Cassandra au regard dédaigneux avec un sourcil arqué. Puis elle reporta de nouveau son regard sur Kenny, dont la colère commençait à prendre le pas sur l’incompréhension.
- Je… Je suis désolée. Je…
Elle se releva très vite et recula de quelques pas. Confuse et incroyablement honteuse.
Kenny se releva à son tour. Son expression en disait long. Elle regarda de nouveau le jury, puis de nouveau Kenny sans vraiment savoir quoi faire.
- Je suis désolée.
Et puis elle quitta la salle de danse en courant. Elle avait fui en sachant pertinemment qu’elle venait de foutre en l’air l’examen de son ami et tout le travail qu’ils avaient fourni pour que ce soit parfait. En sachant pertinemment qu’elle venait sans doute de s’assurer la fin de son amitié avec Kenny. En sachant maintenant qu’elle avait de réels sentiments pour ce dernier.
Elle songea avec amertume que ce n’était peut-être pas Jessie, ni Kenny le problème dans le fond. C’était elle.
La phase la plus intense de la chorégraphie avait commencé, et se déroulait sans accroc. Kenny avait beau ressentir une pointe de stress, et avait beau commencé à transpirer sous l’effort, il ne perdait pas confiance pour autant. Il était même surpris de l’excellente concentration de Pearl, qui avait jusqu’à présent toujours eu quelques difficultés dans cette partie de la chorégraphie.
Il fallait croire qu’elle avait rangé sa timidité de côté le temps de l’examen. Le jeune homme lui en était intérieurement très reconnaissant. Mais il n’avait pas véritablement le temps de penser, étant donné qu’ils étaient en plein examen.
Cependant, un sourire s’afficha sur son visage quand la jeune femme lui arracha sa chemise. Il retint même difficilement une envie d’éclater de rire en voyant Pearl prendre l’initiative de jeter malicieusement la chemise en direction du jury.
Il se reprit immédiatement pour se concentrer pleinement à son exercice. Penser à ses propres souvenirs pour rendre chacun de ses gestes plus réalistes… La fin de la chanson approchait. Et même s’ils s’en tiraient tous les deux à merveille jusqu’à présent, le karatéka tenait à se surpasser pleinement.
Il caressa les joues de la jeune femme, gardant son visage tout près du sien, et avança en ondulant légèrement le bassin. Puis il enleva ses mains, et recula en tournant sur lui, frappant ses mains au rythme des percussions.
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah
Avec un air aguicheur sur le visage, il fit un signe de l’index à Pearl, lui demandant d’approcher. Elle s’exécuta, et tournoya à la manière d’une danseuse classique, avant de faire un saut en avant, mettant en valeur la longueur de ses jambes, ainsi que sa grâce et sa sensualité. Au même moment, Kenny exécuta un saut périlleux en arrière.
The rhythm of the night
Ils se réceptionnèrent en même temps et se firent face. C’est alors qu’il foncèrent tous les deux dans la direction de l’autre. Pearl se jeta sur Kenny, qui l’attrapa en passant ses mains dans son dos. Il la bascula en arrière, avant de la soulever encore, permettant aux jambes de la jeune femme de passer successivement du côté gauche de Kenny, puis de son côté droit.
This is the rhythm of my life, my life, oh yeah
Dans un dernier effort, Kenny exécuta un mouvement de balancier pour parvenir à tenir la jeune femme dans ses bras, afin qu’ils prennent la même posture qu’un jeune couple marié.
The rhythm of my life
Tenant toujours Pearl dans ses bras, Kenny fit alors dos au jury. Il se mit à genou, et comme un peu plus tôt dans la chorégraphie, allongea Pearl sur le dos. En s’allongeant à côté d’elle, il murmura a capella la dernière phrase de la chanson, tandis que Pearl roula sur le côté pour se retrouver par-dessus lui, les mains sur son torse transpirant, et ses lèvres frôlant les siennes.
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah
C’était terminé. Mais le brun eut à peine une seconde pour éprouver le soulagement tant désiré, qu’il sentit une sensation plutôt inattendue.
Malgré ses difficultés de concentration, Pearl était parvenue à exécuter la danse jusqu'à la fin sans accrocs. Mais le comportement volontairement aguicheur et charmeur de Kenny ne lui avait plus laissé de répit. Et puis, il était à présent torse nu et légèrement transpirant. Lors de leurs entrainements, Kenny n'en était jamais arrivé jusqu'à finir dans cette tenue. Alors l'expérience était difficilement soutenable pour Pearl qui était maintenant plus que certaine d'être attirée par le karatéka.
L'étudiante se sentit soudain fiévreuse durant les dernières secondes de la chorégraphie. Et son cœur battait à une vitesse presque insoutenable lorsqu'elle se retrouva allongée sur Kenny, ses lèvres tout près des siennes.
Le jeune homme avait ses mains posées sur la chute de rein de sa partenaire, ses pouces caressant sa peau sous son haut. La musicienne fut alors saisie d'une brusque envie. Ce n'était ni le moment ni le lieu. Elle allait faire une connerie qui allait sûrement coûter son examen au jeune homme. Mais son esprit avait réussi à la persuader que c'était maintenant ou jamais. Qu'il fallait qu'elle se lance. Ici et maintenant.
Alors, sans plus de réflexion, Pearl combla l'espace qui séparait sa bouche de celle de Kenny. Elle sentit la surprise du jeune homme. Elle aurait pu arrêter là. Stopper son baiser afin qu'ils puissent encore faire croire que ça faisait partie de leur prestation. Mais non. Au lieu de ça elle préféra approfondir son geste. Et l'espace de deux ou trois secondes, Kenny lui rendit son baiser. L'espace de deux ou trois secondes, Pearl fut envahie par exactement la même sensation que le soir où il l'avait embrassé dans sa chambre, alors qu'il venait d'apprendre la mort de son père.
Et puis, Kenny retira précipitamment ses mains du dos de la brune pour venir saisir fermement ses bras et la faire reculer un peu afin de rompre le contact. Le retour à la réalité fut rude. Kenny regardait son amie sans comprendre. Pearl tourna la tête vers un jury perplexe et une Cassandra au regard dédaigneux avec un sourcil arqué. Puis elle reporta de nouveau son regard sur Kenny, dont la colère commençait à prendre le pas sur l’incompréhension.
- Je... Je suis désolée. Je...
Elle se releva très vite et recula de quelques pas. Confuse et incroyablement honteuse.
Kenny se releva à son tour. Son expression en disait long. Elle regarda de nouveau le jury, puis de nouveau Kenny sans vraiment savoir quoi faire.
- Je suis désolée.
Et puis elle quitta la salle de danse en courant. Elle avait fui en sachant pertinemment qu'elle venait de foutre en l'air l'examen de son ami et tout le travail qu'ils avaient fourni pour que ce soit parfait. En sachant pertinemment qu'elle venait sans doute de s’assurer la fin de son amitié avec Kenny. En sachant maintenant qu'elle avait de réels sentiments pour ce dernier.
Elle songea avec amertume que ce n'était peut-être pas Jessie, ni Kenny le problème dans le fond. C'était elle.
It's Time To Forget Our Demons (Pearl & Kenny) (Complete)
Résumé : Pearl ne va pas bien. Elle rumine ses mauvaises pensées alors qu'elle est seule, chez son oncle. Jessie et elle sont en froid. Aiden est dans le coma. Et pour couronner le tout, Kenny refuse ses visites à la clinique psychiatrique. Elle gère son traumatisme comme elle peut. Mais le manque de ses amis les plus proches l'affecte énormément. Elle songe à aller rendre visite à Aiden lorsqu'on toque à la porte. La jeune musicienne a alors la surprise de se trouver face à un Kenny rayonnant.
-
A la suite de sa terrible réminiscence, Kenny avait peu à peu retrouvé du poil de la bête. Il était parvenu à tourner enfin cette sombre page de son passé. Le Docteur Bennett avait finalement décidé qu’il n’avait plus besoin d’elle, et qu’il était libre de partir s’il le souhaitait.
Il ne s’était pas fait prier pour préparer ses valises. Il sortit avec soulagement de la clinique, mais s’arrêta quelques instant, au beau milieu de la rue. Il repensa à tout ce qui s’était passé ces derniers jours, ces dernières semaines, ces dernières années.
Il avait été injuste avec tant de personnes… Et en particulier sa mère. Pris de remords, il fit demi-tour, et demanda à revoir Lydia. C’est timidement qu’il lui demanda si elle avait les moyens de joindre Holly. Et c’est avec un grand sourire qu’elle lui donna le numéro de téléphone de la psychologue anglaise.
Il l’appela immédiatement à la sortie. Et ils se retrouvèrent. Il y avait un malaise bien entendu. Mais peu à peu, de vrais liens mère-fils refaisaient surface. Et après quelques supplications, le karatéka accepta de loger dans la luxueuse chambre d’hôtel de sa mère, avec elle, jusqu’à ce qu’elle doive repartir pour l’Arizona.
Il n’aurait jamais cru cela possible, mais il se sentait bien avec elle. Ils avaient tant de choses à rattraper… Mais avant tout, ils devaient se rendre aux obsèques de Lee, prévues pour le lendemain. Holly avait de l’argent à jeter par les fenêtres, et deux billets d’avion en aller-retour pour Phoenix ne représentaient en aucun cas un trou conséquent dans son budget. Elle se rendit à l’aéroport pour les acheter, laissant Kenny seul dans sa chambre.
Il réfléchit quelques instants, et culpabilisa par rapport à ce qu’il avait fait à Jessie. Également à Gabriel, qui avait eu la délicatesse de dire à Holly qu’il n’avait pas oublié de penser à Kenny. Mais aussi à Pearl, à qui il devait la vie.
Il voulait reparler à l’un de ces trois-là. Sans trop savoir par lequel commencer. Il décida finalement au hasard d’aller rendre visite à Pearl. Il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour savoir qu’elle était partie se reposer pendant quelques temps chez son oncle. Il savait où ce dernier habitait, étant donné qu’à l’occasion de nombreuses soirées arrosées, Lucas Alvares avait eu la gentillesse de laisser dormir Pearl et tous ses amis éméchés chez lui. Mieux, il leur préparait même le petit-déjeuner par pure bonté avant de se rendre à son bar.
C’est donc le pas léger que le karatéka se rendit chez Monsieur Alvares. Il habitait un immeuble très confortable d’un quartier paisible de la Grosse Pomme. Kenny se rendit jusqu’à la porte, et toqua avec assurance.
Il attendit avec patience qu’on vienne lui ouvrir. Il s’attendait à ce que ce soit Lucas, ou peut-être Ian, le frère de Pearl, qui viennent ouvrir. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand il vit la jeune femme se tenir devant lui. Il lui adressa un grand sourire.
- Pearl ! Je suis… Je suis tellement heureux de te revoir !
Il mima un garde à vous.
- Assistant de danse au rapport !
Les cours à la NYADA n’avaient toujours pas repris. Ça faisait presque deux semaines maintenant que la fusillade avait eu lieu. Pourtant, la douleur était toujours aussi vive.
Pearl ne parvenait pas à venir à bout de cette fatigue qui semblait avoir décidé de l’habiter pour toujours. Elle ne dormait pas bien. Elle ne mangeait pas bien. Mais elle devait constamment faire cet effort de paraitre en bonne forme devant sa famille. Parce qu’elle ne voulait pas les inquiéter d’avantage. Parce qu’elle se disait que si ils étaient persuadés qu’elle allait mieux, alors elle finirait par vraiment se remettre.
Ses hématomes étaient toujours bien présents. Ils lui faisaient toujours aussi mal. Elle avait eu une visite de contrôle le matin même. Et le médecin qui l’avait prise en charge depuis le début, Pearl savait à présent qu’elle s’appelait Isabelle McAllen, avait trouvé que ses marques intérieures de cette douloureuse épreuve qu’elle avait vécu, mettaient plus de temps que prévu à se résorber. Elle répéta à Pearl à quel point elle était chanceuse que rien ne se soit brisé à l’intérieur d’elle.
Si seulement elle savait…
Comme si tout ça ne suffisait pas, sa récente dispute avec Jessie la privait douloureusement de sa présence.
"Ce que tu sors sans réfléchir, ce genre de conneries là, c’est ça qui va m’aider à récupérer Jessie. T’as jamais su te contrôler. Et moi ? Moi, je vais juste attendre que tu fasses ce que tu sais faire de mieux. Et ce jour là, je vais être là pour lui."
Ça n’avait pas loupé… Donna avait eu raison. Sur toute la ligne. Elle avait visé juste et elle avait gagné. Ça rendait la jeune musicienne malade. Elle était furieuse. Contre Jessie. Contre elle même. Contre la Terre entière. Ça lui crevait le cœur de ne pas pouvoir accompagner son meilleur ami dans le deuil de son frère. Et elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle même.
Était-il nécessaire de parler des refus de visite de la part de Kenny… ? C’était décidé elle n’essaierait plus d’aller le voir. Elle avait fait assez d’effort.
Tout allait de travers. Et Pearl s’évertuait à garder tout ça bien au fond d’elle. En se disant qu’un jours ou l’autre, ça finirait bien par passer. Il le fallait. Elle ne pourrait pas tenir bien longtemps avec tout ce bordel au creux de ses entrailles.
Elle était recroquevillée dans un plaid sur le canapé du salon. Entrain de regarder sans vraiment les regarder, des épisodes de Friends. Sa mère était partie faire quelques courses pour le dîné. Lyli était parvenue à obtenir une semaine de congés supplémentaire. Lucas et Paul travaillaient de nouveau l’après-midi. Et Ian était en cours. La troisième année était encore seule pour trois heures. Trois longues heures à tuer.
L’idée d’aller rendre visite à Aiden commençait à faire son chemin dans son esprit lorsque quelqu’un sonna à la porte. Elle regarda l’heure. 15h pile. Qui ce pouvait être ? Elle s’extirpa difficilement du canapé et se dirigea vers l’entrée pour au moins voir qui venait troubler sa tranquillité. Elle ne pensait pas ouvrir de toute façon.
Doucement elle se mit sur la pointe des pieds pour regarder à travers le judas. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle reconnut Kenny. Elle posa son front contre la porte. Se demandant si elle avait envie de le voir ou non. Mais elle avait besoin de comprendre pourquoi il l’avait rejeté. Alors elle soupira doucement et enclencha la poignée.
Elle s’était négligée. Complètement. Elle portait un pyjama en coton gris et ses cheveux étaient relevés en un chinions complètement défait, laissant des mèches folles retomber autour de son visage. Les cernes sous ses yeux ne laissait pas de doute sur la fatigue qui l’habitait et elle n’avait pas pris le temps d’établir des remparts pour éviter que le brun ne devine ses tourments dans ses yeux.
Kenny semblait… Bien. Il avait vraiment l’air d’avoir repris du poil de la bête. Tellement que la scène semblait presque irréelle. Le jeune homme qu’elle avait en face d’elle tranchait tellement avec celui qu’elle avait quitté près des cuisines de la NYADA.
Elle aurait voulu lui sourire elle aussi. Lui dire qu’elle était heureuse de le revoir. Mais il restaient encore au fond de son regard, un peu de ces mauvaises pensées qu’elle ruminait avant que le karatéka ne vienne.
- Tu refuses mes visites… Tu refuses de me voir. Tu… Tu me laisses pourrir pendant je sais pas combien de temps. A me demander pourquoi tu me fais ça. Tout ça pour finir par débarquer comme une fleur en faisant comme si de rien n’était ?
Elle ouvrit un peu plus largement la porte et croisa les bras sans l’inviter à entrer.
- Je peux savoir à quoi tu joues bordel ?
C’est en voyant la mine fatiguée et l’air négligé de la jeune femme que Kenny avait décidé de se montrer souriant, enjoué, et un brin plaisantin. Mais malheureusement, cela ne sembla pas être au goût de Pearl, et son regard noir en disait déjà loin.
Puis ses paroles vinrent dissiper le moindre doute. Elle commença à réprimander amèrement le karatéka, d’avoir apparemment refusé qu’elle vienne lui rendre visite à la clinique. Elle lui en voulait pour quelque chose qu’il n’avait pas fait, et il commença à regretter le déplacement. Il recula de deux pas.
- Pardon d’avoir été enfermé dans un “asile” pendant que tu te reposais ici hein, vraiment, pardon.
Il hocha la tête de droite à gauche, et tourna les talons. Il soupira finalement, et se dit qu’il n’était pas l’heure de se montrer susceptible. Il refit demi-tour, et bloqua avec son pied la porte que Pearl s’était empressée de fermer.
- Non, non, je suis désolé, je le pensais pas…
Il sentait que Pearl forçait encore sur la porte, visiblement fermement décidée à ne pas discuter à lui faire comprendre qu’il avait eu les mots de trop.
- Attends, s’il te plaît. Je ne savais même pas que tu étais venue me voir. Je te le jure. Alors comment j’aurais pu refuser tes visites ?
Kenny perdit bien vite son air enjoué pour laisser une expression amer prendre possession de ses traits. Il lui fit remarquer sans le moindre tact que lui, venait de passer les derniers jours dans un “asile” pendant qu’elle se dorait la pilule chez Lucas… Puis sans lui fournir la moindre explication valable sur ses refus de visite, il tourna les talons.
Pearl soupira en secouant la tête. Décidément, Jessie et lui, même combat. C’était à qui repousserait le mieux la troisième année. Elle était fatiguée et n’allait certainement pas chercher à retenir le karatéka après ce qu’il avait fait.
Elle voulut fermer la porte, mais le pied de Kenny s’était posé au sol fermement de façon à ce qu’elle ne puisse pas aller au bout de son geste. Il ne pensait pas ce qu’il avait dit…
"Ben voyons…." Pensa-t-elle.
Elle força pour fermer la porte de force. Mais ce que le jeune homme lui dit ensuite l’interpella et elle releva sa mine fatiguée vers lui en rouvrant.
- Attends… Comment ça tu savais pas ?
Quand il termina sa phrase, il sentit que la pression exercée par Pearl sur la porte se fit plus légère. Ce qu’il avait dit n’avait pas manqué d’interloquer la jeune femme, qui s’empressa de demander quelques précisions, tout en ouvrant la porte, montrant bien qu’elle n’était finalement pas totalement hermétique à toute forme de dialogue.
Il recula son pied, et commença à se masser la nuque avec sa main droite. C’était la première fois qu’il parlait concrètement de sa vie à la clinique depuis qu’il en était sorti… Sans compter Holly bien sûr.
- Je savais pas. Parce que ma psychiatre refusait le moindre contact avec l’extérieur pour moi. Si t’avais vu comment j’ai été attaché à mon lit après mon évasion d’un soir… Elle était furax. Elle disait rien, mais je voyais bien qu’elle était furax.
Il sentait qu’il s’éloignait du sujet, et pour s’assurer de ne pas perdre l’attention de son amie, il posa sa main sur l’encadrement de la porte.
- Bref… Si on t’a dit que c’était moi qui refusait les visites, c’était faux. J’étais shooté aux cachets, et la seule chose dont je parlais c’était de la fusillade. Le Docteur Bennett s’est montrée hyper stricte, mais… Il écarta légèrement les bras pour désigner sa propre silhouette. Ça a payé, mine de rien.
Il avança légèrement d’un pas, voyant qu’un soupçon de scepticisme continuait de subsister chez la jeune femme.
- Alors crois-moi… C’est bien ton ami qui est là. Et il meurt d’impatience de prendre des nouvelles de toi.
Kenny expliqua à Pearl que c’était son médecin qui avait refusé les visites pour lui et la troisième année trouvait ça écœurant que Stacy, la dame de l’accueil, ait eu le culot de lui faire croire que Kenny ne voulait pas la voir. Cinq fois… Elle avait dû vite la cerner. Pearl ne se serait pas arrêtée à une simple interdiction du corps soignant. Elle serait montée voir Kenny. Elle aurait tout fait pour voir son ami malgré les interdictions. Mais ça avait quelque chose de très énervant que Stacy ait eu le culot de lui proposer de revenir un peu plus tard à chaque fois… Elle s’était bien foutue d’elle.
Le visage de la brune s’adoucit. Kenny ne l’avait donc jamais rejeté. Il n’avait jamais refusé de la voir.
- Je te demande pardon. On m’a fait croire que c’était toi qui ne voulais pas me voir.
Elle le dévisagea, et c’était vrai qu’il avait l’air en bonne forme. Comme si tout le mal que la fusillade avait pu engendrer était derrière lui. Kenny tournait la page alors que Pearl elle, se sentait perdue au milieux de nulle part. Elle se décala sur le côté pour se montrer plus hospitalière.
- Entre et fais comme chez toi.
Kenny entra en lui souriant et Pearl ferma la porte à double tour. Elle avait pris l’habitude de s’enfermer dès qu’elle en avait la possibilité. Le karatéka avait retrouvé l’air détendu et enjoué qui était le sien. L’image qu’il révélait était bien loin maintenant de celle du jeune homme à bout de force et tourmenté que la troisième année avait quitté à la sortie de la NYADA.
Elle lui avait fait retirer sa veste et l’avait placé sur le porte manteau de l’entrée. Non sans que le geste ne lui arrache une grimasse. Lever les bras était vraiment un mouvement qui passait mal avec les douleurs qui la tiraillaient au niveau du ventre. Puis elle se tourna vers lui. Elle aurait voulu s’avancer jusqu’à lui et se lover dans ses bras, mais elle voulait d’abord s’assurer que tout allait bien pour lui. Après tout, il venait de perdre son père.
- Tu es sûr que ça va mieux ?
Kenny lui sourit en commençant à s’avancer mais Pearl recula.
- Non parce que… En dehors de ce qui est arrivé… La fusillade et tout ça… C’était quand même pas la joie pour toi. Je veux dire… Kenny tu m’as vraiment fait peur ce soir là…
Elle savait qu’il comprendrait à quel soir elle faisait référence. Le visage du jeune homme devint plus sérieux mais garda sa bienveillance.
- Je… Je suis désolée pour ton père. Je te présente mes condoléances.
Elle avait tellement de questions à lui poser. Pourquoi ne lui avait-il jamais parlé de son père ? Ni de ce frère qu’il avait perdu ? Pourquoi toute sa vie s’était tout d’un coup entourée d’une brume épaisse et infranchissable ? Pearl avait longtemps cru connaître par cœur le jeune homme. Mais finalement, elle avait peut être un étranger en face d’elle. Elle avait besoin de se rassurer. Besoin de savoir si Kenny était enfin prêt à s’ouvrir plus et à être complément sincère avec elle.
Mais l’heure n’était peut-être pas au questions. Elle ne voulait pas le brusquer ou le rendre mal à l’aise alors qu’elle le retrouvait à peine. Ce sourire. Cette présence. Cette chaleur. Il lui avait manqué.
Finalement, Pearl se dérida un peu, et le ton de sa voix se fit plus doux. Elle se décala pour inviter Kenny à entrer dans l’appartement. On voyait à l’intérieur de la pièce à vivre que l’appartement était habité par plus de personnes qu’à l’accoutumée pendant ce temps-là. Il y avait une couette froissée sur le canapé, et du bazar traînait un peu partout.
Pearl lui avait gentiment pris sa veste pour la pendre au porte-manteau. Puis ils se retrouvèrent face à face. Kenny eut envie de l’enlacer comme ils avaient l’habitude de le faire quand elle lui demanda s’il allait vraiment mieux qu’avant, mais la jeune femme eut pour réflexe de reculer quand ils s’approcha.
Il arqua légèrement un sourcil, puis il perdit son sourire quand son amie évoqua la fusillade, mais aussi la veille de celle-ci, où ils s’étaient violemment disputés. Ce fut l’annonce de la mort de Lee qui avait eu l’effet de calmer les hostilités. Très mauvais souvenir. Mais il avait maintenant les épaules nécessaires pour ne pas crouler sous son poids.
Puis finalement, Pearl lui présenta timidement ses condoléances. Il apprécia grandement l’intention, et attrapa la main de la brune. Il reprit son sourire.
- Ça me va droit au cœur, Pearly. Merci beaucoup.
Puis il attira son amie contre lui, et il l’enlaça. Ils restèrent comme ça quelques secondes. Il tapota affectueusement le dos de la troisième année, et s’éloigna.
- Pour ma part… Je tiens à te présenter mes excuses. Pour la dispute, pour le baiser, pour ce que je t’ai dit quand Gabriel et Jessie étaient là… Je ne sais pas comment me faire pardonner, mais j’y tiens vraiment. Alors demande-moi ce que tu veux. Et je le ferai.
Kenny lui prit la main avec tendresse et accepta les condoléances de son amie avec gratitude. Et puis il l’attira pour la serrer contre lui. Pearl sentit le karatéka prendre une longue inspiration. Comme si il éprouvait une certaine délivrance à la tenir enfin dans ses bras. La musicienne posa ses mains sur le dos du jeune homme, et même si c’était un peu douloureux pour elle, elle approfondit leur câlin en inspirant profondément à son tour.
Puis Kenny la relâcha et formula des excuses pour leur dispute post fusillade et celle qui avait eu lieu juste avant avec Jessie et Gabriel.
- On était deux dans ces disputes… T’étais pas le seul à crier. Lui dit-elle avec douceur. C’est oublié. Et je te demande pardon moi aussi. Mais surtout…
Elle l’entraîna dans le salon et l’invita à s’asseoir sur le canapé. Elle se mit en face de lui en s’asseyant sur la table basse.
- Je vois mal comment je pourrai te demander quoi que ce soit alors que tu m’as déjà fait le plus beau cadeau qu’on puisse faire à quelqu’un.
Kenny l’interrogea du regard.
- Tu m’as sauvé la vie.
Elle baissa le regard et commença à jouer nerveusement avec ses doigts.
- Sans toi, j’aurais fini violée puis tuée dans un sombre couloir du troisième étage de la NYADA…
Elle s’efforça de chasser bien vite les images terrifiantes qui menaçaient de repasser en boucle dans son esprit. Puis elle déposa un baiser sur le front de son ami.
- Alors merci Kenny. Du fond du cœur, merci.
Pearl accepta les excuses en mettant en avant sa propre faute. Elle changea bien vite de sujet en l’invitant à s’installer sur le canapé. Il le regarda rapidement avant de s’y assoir, avec une certaine mélancolie. Il se souvint qu’une nuit, après une soirée alcoolisée, il s’était endormi avec Jessie sur ce même canapé. Il chassa ce souvenir rapidement de son esprit, et prit place. La brune s’installa en face de lui, préférant s’assoir sur la jolie table basse en bois.
Puis elle évoqua un cadeau que Kenny lui avait fait. Il ne voyait absolument pas à quoi elle faisait référence, alors il se contenta de la questionner du regard en arquant un sourcil. Et dans la seconde qui suivit, il se retrouva à lever les yeux au ciel, quand la musicienne avoua que le cadeau en question était de lui avoir sauvé la vie.
Il la laissa terminer ses remerciements, qu’elle conclut par un baiser sur le front. Il s’amusa alors à passer ses mains dans les cheveux noirs de son amie, et les mit en bataille.
- T’as pas à me remercier… Et puis surtout, toi aussi tu m’as sauvé la vie. En hurlant sur ce type, tu te souviens ? Sans ton intervention j’aurais reçu une balle entre les deux yeux. Tu m’as bien renvoyé l’ascenseur !
Il se mit à rire, et s’affala dans le canapé. Il toisa la jeune femme, vêtue d’un pyjama, et dont les cheveux étaient maintenant encore plus désordonnés que quelques minutes auparavant.
- Enfin… Je ne t’ai même pas demandé comment tu allais. Tu arrives à gérer ? J’espère que oui… T’as pas le droit de te mettre minable à cause de ce putain de Tyler, d’accord ?
Un léger silence. Il en profita pour réfléchir. Un détail le chiffonnait.
- Tyler… Comment t’as pu connaître une ordure pareille ?
Kenny lui sourit amusé à la suite de ses remerciements. Et puis il lui ébouriffa les cheveux. Pearl se débattit en riant et ne put que se rendre compte qu’elle n’avait pas rit comme ça depuis la fusillade.
Il lui rappela qu’elle l’avait sauvé elle aussi. En attirant l’attention de Tyler pour qu’il ne tire pas sur lui. Le karatéka la regarda avec un peu plus de sérieux. Elle était consciente d’avoir un aspect général assez déplorable. Ce qui amena le jeune homme à lui demander si elle, elle allait bien. Elle baissa le regard en soupirant.
- Si j’arrive à gérer… ? Se demanda-t-elle doucement. Je crois que oui. Même si je dors mal, que le silence me fout la trouille et que je sursaute au moindre bruit brusque et trop fort…
Et puis Kenny posa la question qu’elle redoutait. Elle savait bien qu’il chercherait à savoir pour Tyler. Mais ça faisait remonter de mauvais souvenirs qui la faisait se sentir mal. Elle allait pourtant répondre. Il s’agissait de Kenny. Il avait le droit de savoir.
- On était dans le même lycée… Et il en était pas à son premier coup d’essai. Ni à son deuxième d’ailleurs…
Le brun la dévisagea, le visage tendu et interrogateur.
- Il avait déjà essayé de me violer en milieu d’année de terminale. J’ai eu de la chance parce qu’on était pas loin de la salle des profs.
Pearl s’était un peu contractée. Relater les faits avait vraiment quelque chose de douloureux. .
- La deuxième fois c’était à la remise des diplômes… Là c’est Jessie qui m’a sauvé sans le savoir. Il est arrivé comme par miracle et ça a stoppé Tyler. Jess a cru qu’on s’embrassait… Je… Ce mec était pas net. Il était clairement taré. Et je savais qu’il me louperait pas si je l’ouvrais. Alors… J’ai fermé ma gueule. J’ai rien dit. Jamais. A personne.
Elle ramena ses bras contre elle, comme si elle avait froid.
- Bref… C’est du passé maintenant. Elle opina pour elle même. Oui… C’est bel et bien fini…
Elle regarda Kenny dans les yeux.
- Mais… Il n’y a pas que Tyler qui hante mes cauchemars…
Ses yeux devinrent humides. Elle secoua la tête. Le souvenir du meurtre de Rebecca était encore bien trop vif.
- Je… J’ai pas envie d’en parler.
Elle passa ses mains sur son visage pour tenter d’effacer les traces d’angoisse qu’il laissait paraitre.
- Tu veux qu’on fasse quoi ? On peut rester ici et manger des cochonneries devant Friends. Même si je t’avoue que j’ai pas très faim. Ou bien sortir se balader ? Comme tu veux.
Prendre l’air. Se dégourdir les jambes. Ou alors passer du bon temps au calme avec Kenny à ses côtés. C’était ce qu’il lui fallait.
Pearl ne s’était pas remise de la fusillade, Kenny venait d’en avoir la confirmation. Sommeil difficile, sursauts, peur… Tant de symptômes qui avaient déjà quitté Kenny ou qui, du moins, s’étaient bien réduits en intensité. Il la regarda avec compassion.
Puis la jeune femme prit une profonde inspiration, et expliqua son passé commun avec ce Tyler. Absolument rien de réjouissant… Kenny en frissonna, et comprit alors réellement les remerciements de Pearl, quelques minutes auparavant. Il lui avait évité un destin des plus sinistres. Mais il n’avait pas pu la sauver de ses horribles souvenirs.
Leurs regards se croisèrent alors. “C’est bel et bien fini”. Tous deux savaient exactement de quoi il était question. Il arrivait encore à Kenny de se réveiller en sursaut la nuit, tout transpirant, après avoir revu dans un rêve la tête de ce monstre de Tyler se prendre une balle de pistolet.
Son cœur se brisa quand il vit Pearl se refermer à l’évocation d’un autre souvenir. Quelque chose qu’il ignorait totalement. Mais il avait la certitude que ça détruisait son amie de l’intérieur. Il voulut l’enlacer, mais les réactions de Pearl l’incitèrent à rester dans le canapé.
La brune reprit peu à peu son calme, et proposa une activité à deux, où aucun de tous ces sombres souvenirs ne seraient invités. Kenny se leva et s’étira longuement. Il réfléchit rapidement à la proposition de Pearl, et eut une idée.
- J’ai bien quelque chose…
Pearl l’interrogea du regard.
- Tu vas trouver ça bête mais… Ça fait longtemps que j’ai pas chanté. Ça me manque. Pas toi ?
Kenny s’était relevé pour s’étirer longuement. Pearl l’avait suivit dans son geste mais dû restreindre sa détente de peur que ça lui fasse mal. Le jeune homme était décidé à lui changer les idées.
Et puis, l’air enjoué il lui dit qu’il avait une idée de distraction. Elle l’interrogea du regard. Il lui avoua alors que ça faisait longtemps qu’il n’avait pas chanté et que ça lui manquait. Et elle devait bien avouer qu’avant qu’il ne lui en parle, elle avait oublié à quel point ça pouvait être bénéfique.
- Si. Ça me manque à moi aussi. Attends bouge pas.
Elle partit chercher sa guitare soigneusement rangée dans son étui près de la fenêtre du salon qui donnait sur la rue. De la musique. C’était une excellente idée.
Comment n’y avait-elle pas pensé d’elle même ? C’était tellement évident pourtant. Elle avait vraiment l’esprit en vrac, c’était clair.
Elle s’installa de nouveau sur la table basse avec son instrument. Puis elle regarda Kenny enjouée.
- Ta chanson sera la mienne.
Kenny esquissa un sourire quand Pearl avoua que l’idée de chanter une chanson ne lui déplaisait pas. Elle s’était même relevée pour aller chercher son instrument de prédilection, une splendide guitare acoustique. Elle reprit place sur la table basse, guitare en main, puis donna le signal à un Kenny qui s’était assis en tailleur sur le sol. Il s’éclaircit la gorge.
Regrets collect like old friends
Here to relive your darkest moments
I can see no way, I can see no way
And all of the ghouls come out to play
Le choix de la chanson n’était pas dû au hasard. Elle lui parlait beaucoup, et il savait qu’elle parlerait tout autant à Pearl. Ces dernières semaines avaient été atrocement difficiles pour l’un comme pour l’autre. En plus de vivre des moments terriblement traumatisants, d’horribles souvenirs leur étaient revenus. Tyler pour Pearl, la mort de Lenny pour Kenny… Le passé venait définitivement parasiter le présent, et leur donnait l’impression de sombrer.
Le quatrième année croisa son regard avec celui de la brune, qui avait commencé à jouer de la guitare pour accompagner son ami, et l’invita à prendre la suite.
Alors que Kenny laissait sortir les premières paroles, Pearl s’était appliquée à reconnaitre le titre pour pouvoir caler sa mélodie sur la voix du jeune homme. Il s’était assis en tailleur par-terre et pousser la chansonnette lui procurait un plaisir certain. Pearl lui sourit naturellement en même temps qu’elle jouait de sa guitare.
Il l’avait invité à poursuivre et elle ne se fit pas prier pour prendre sa suite.
Every demon wants his pound of flesh
But I like to keep some things to myself
I like to keep my issues drawn
It’s always darkest before the dawn
C’était tellement vrai. Pearl apprenait douloureusement qu’on ne se débarrassait jamais de ses démons sans y laisser une part de soi-même. Et ça ressemblait beaucoup à cette image de ce mal qui vous arrache un morceau de chair en se délectant de cette douleur qu’il vous inflige.
Et pourtant, aussi insupportable soit elle, Pearl était de nature à garder cette douleur pour elle. Ce qu’elle laissait paraitre était toujours bien moindre que ce qu’elle ressentait vraiment au fond d’elle. Elle y arrivait sans doute un peu moins maintenant. La fusillade avait laissé ses nerfs à vif. Et même si elle avait voulu cacher ses angoisses, elle n”y serait jamais parvenue complètement. Alors à quoi bon se fatiguer à essayer ? Surtout devant Kenny. Elle savait qu’elle pouvait être vraie sans crainte avec lui.
Et puis surtout, elle avait la nette impression qu’il fallait attendre que ça aille mieux en serrant les dents. Ça lui rappelait la période de divorce de ses parents. Tout avait semblé si désespéré avant qu’un vent d’espoir et de renouveau souffle dans sa famille.
Peut-être que ça se passerait de nouveau comme ça. Peut-être qu’elle irait mal pendant un temps et qu’un matin, sans trop savoir comment ni pourquoi, ça irait enfin mieux. Ne disait-on pas, “Après la pluie, le beau temps ?”
Cela dit, Kenny avait eu une bonne idée. C’était vraiment apaisant de chanter. Elle fit signe à son tout au jeune homme pour qu’il continue a chanson.
Le pari était réussi, puisque effectivement, la chanson semblait tout autant parler à la jeune femme, qui avait entonné l’air de sa voix si mélodieuse. Une fois son couplet terminé, elle laissa la suite au jeune homme, qui, sourire aux lèvres, se fit un plaisir de poursuivre. Le moment privilégié entre amis qu’ils partageaient leur procuraient tout le bien-être dont ils avaient besoin.
And I’ve been a fool and I’ve been blind
I can never leave the past behind
I can see no way, I can see no way
Pendant de si longues années, Kenny en avait voulu à sa mère, à son beau-père, et à beaucoup d’autres personnes. Bien sûr, il avait des raisons légitimes à ça, mais il avait aveuglé par toute cette colère qu’il gardait en lui depuis le décès de son frère. Mais maintenant que le souvenir de ce jour-là lui était revenu, il savait qu’il pouvait aller de l’avant, et recouvrer la vue qui lui manquait jusqu’à présent.
I’m always dragging that horse around
Our love is pastured, such a mournful sound
Tonight I’m gonna bury that horse in the ground
So I like to keep my issues drawn
But it’s always darkest before the dawn
Bien entendu, le passé ne pouvait pas être oublié. Et parfois, il se révélait être un véritable poids mort qui empêchait à quiconque d’avancer. Mais il était toujours possible de se libérer de ses chaînes, et de pouvoir aller de l’avant. Car ces souvenirs appartenaient au passé. Un passé qui laissait la place à un présent et un futur radieux. Voilà le message que Kenny voulait faire passer à son amie.
Shake it out, shake it out, shake it out, shake it out, ooh whoa
Ne pas s’embourber dans une situation difficile, et se démener pour se délivrer. Il s’agissait de la meilleure solution. Kenny en était persuadé.
Naturellement Pearl poursuivit le refrain en insufflant son émotion à chaque parole qu’elle prononçait. Son regard plongé dans celui de Kenny.
Shake it out, shake it out, shake it out, shake it out, ooh whoa
And it’s hard to dance with the devil on your back
So shake him off, oh whoa
Ça semblait si facile dit comme ça. Se débarrasser tout simplement de ces démons qui nous empêchaient d’avancer. Juste en un claquement de doigt. C’était tentant de croire dur comme fer que c’était possible. Mais la réalité était toute autre…
La brune sauta volontairement une bonne partie de la chanson pour parvenir à un passage qui lui parlait beaucoup.
And I’m damned if I do and I’m damned if I don’t
So here’s to drinks in the dark at the end of my road
And I’m ready to suffer and I’m ready to hope
It’s a shot in the dark aimed right at my throat
‘Cause looking for heaven, found the devil in me
Looking for heaven, found the devil in me
Well what the hell I’m gonna let it happen to me, yeah
Pearl avait cette impression étrange. Elle avait longtemps retourné le problème dans tous les sens. Le fait de voir continuellement Rebecca dans ses cauchemars, lui faisait se triturer le cerveau à n’en plus finir durant la journée, pour trouver un moyen de fuir son sommeil tourmenté. Et elle en arrivait à se dire que si elle se bornait à l’oublier, à occulter cette vision d’horreur, peut-être qu’il arriverait un jour où elle disparaitrait tout simplement.
Elle était prête à endurer ce qu’il fallait de nuits d’horreur si au bout du chemin il y avait un oubli clair et définitif. Elle avait l’espoir que ça finisse ainsi.
Mais la musicienne ne pouvait pas s’empêcher de se dire que ce serait aussi une trahison envers son amie. Elle était la dernière à l’avoir vu en vie. La dernière à l’avoir vu sourire. La dernière à pouvoir chérir ces tous derniers souvenirs qu’elle avait laissé. Et y renoncer, c’était comme la tuer un peu plus.
C’était si facile de se perdre en fin de compte. Pearl avait bien du mal à se mouvoir dans ce méandre que devenait son esprit. Elle sentait qu’il n’y avait plus qu’un pas à franchir pour qu’elle se laisse aller à des facilités qui la soulageraient. Pour un temps bien éphémère certes. Mais peut-être que ça en valait la peine. Un petit rail de coke de temps-en-temps pourquoi pas ? Ca devait être génial de planer, d’oublier, d’être dans un autre monde. Jessie n’y avait pas trouvé son compte par hasard. Ou peut-être se souler la gueule au point d’en être malade tous les soirs. Il y avait matière à oublier ses problèmes en remplaçant son sang par de l’alcool. Mais…
Shake it out, shake it out, shake it out, shake it out, ooh whoa
Oui il y avait un “mais”. Sa famille. Ian. Jessie. Kenny et d’autres encore. Ils ne méritaient pas qu’elle leur inflige ces souffrances. Il fallait avancer. Il fallait se trouver une force de parvenir à se sortir de tout ça. Même si elle trainait avec elle ce lourd sentiment qu’elle en était incapable. Avancer et se raccrocher à un avenir que l’on devait à tout prix croire plus beau pour ne pas sombrer. Voilà se qu’il fallait faire. Voilà ce qu’elle allais faire.
Elle accentua le son de sa guitare et laissa Kenny poursuivre, les yeux un peu humides. Elle baissa le regard le temps de se reprendre.
Pearl prit directement la suite du refrain, et se laissa emporter par son rythme plein d’espoir pour l’avenir. Elle avait ensuite tu volontairement une partie de la chanson pour en arriver à une partie avec laquelle elle était sûrement plus à l’aise. La jeune femme semblait s’accrocher et reprendre littéralement vie au son de sa guitare et de leurs deux voix.
Ce spectacle apportait du baume au cœur de Kenny, qui se fit un plaisir de prendre la relève de la chanson, comme l’avait fait son amie précédemment.
Shake it out, shake it out, shake it out, shake it out, ooh whoa
And it’s hard to dance with a devil on your back
So shake him off, oh whoa
C’était toute une règle de vie. Il ne fallait pas se laisser embourber, et rester passif sous le poids d’un obstacle imposé par la vie. Il fallait agir pour s’en sortir. Agir pour survivre. Bien évidemment, cela nécessitait de la volonté. Mais Kenny gardait à l’esprit qu’il ne fallait pas rester seul. Et en ce moment, il ne l’était certainement pas, puisqu’il entama le dernier refrain en chœur avec Pearl.
Shake it out, shake it out, shake it out, shake it out, ooh whoa
Shake it out, shake it out, shake it out, shake it out, ooh whoa
And it’s hard to dance with a devil on your back
So shake him off, oh whoa
Pearl reposa sa guitare, mais ils continuèrent de chanter. La chanson originale se concluait par des vocalises de la chanteuse, et ils en faisaient de même, ensemble. Ils s’arrêtèrent finalement, et Kenny adressa un grand sourire à son amie.
- Alors ? Ça t’a fait du bien ? Parce qu’à moi, oui. Beaucoup même.
Il entoura la nuque de la jeune femme avec son bras droit, et déposa un baiser sur la tempe de cette dernière.
- Je te prends de cours mais…
Il fouilla dans sa poche, et sortit une liasse de billets, bien familière à la brune.
- Ça te dit de te faire belle et d’aller te faire exploser le bide dans un resto super classe, comme on se l’était promis ?
Il aperçut une hésitation dans le regard de son amie, et tenta de la faire disparaître tout de suite, par une remarque amusante.
- Allez ! Tu ne peux pas refuser ça à l’apollon que je suis ? Hein ?
Pearl et Kenny avaient achevé la chanson dans une belle alchimie et la brune reconnaissait bien volontiers que ce petit moment musical lui avait fait le plus grand bien. Le jeune homme entoura la nuque de Pearl de son bras pour ensuite venir déposer un baiser sur sa tempe. Elle accueillit son geste avec un grand sourire. Il n’y avait pas à dire, la présence du quatrième année lui était plus que bénéfique.
C’était une bonne chose finalement qu’elle n’ai pas eu l’occasion de le voir brisé à la clinique. Elle avait tellement l’habitude d’un Kenny pétillant et plein de vie, toujours prêt à déconner. L’avoir vu au bord du précipice la veille de la fusillade et pendant celle ci avait été très dur. C’était bon de le revoir en forme. De le voir souriant et désireux de continuer d’avancer en laissant les blessures derrières.
Pearl aurait aimé en être au même stade que lui. Mais elle était consciente d’avoir encore du chemin à parcourir. Mais ce serait sans doute moins difficile avec sa famille et des personnes comme Gabriel et Kenny à ses côtés. Elle s’efforça de ne pas penser à l’absence de Jessie.
Kenny finit par fouiller dans sa poche et en sortit une liasse de billets que Pearl reconnut sans mal. C’était la moitié des mille dollars qu’ils avaient gagné à Las Vegas. Elle avait voulu offrir l’argent au karatéka mais il avait catégoriquement refusé. A la place, ils avaient convenu qu’il s’offriraient un resto chic lorsque l’occasion se présenterait. Et Kenny se proposait d’inviter la musicienne sur l’heure.
Mais Pearl ne se sentait vraiment pas le cœur à ce genre de divertissement. Si elle acceptait, elle gâcherait leur sortie plus qu’autre chose. Non, elle voulait vraiment attendre d’être disposée comme il faut avant d’accepter.
Elle regarda son ami avec une moue désolée.
- Franchement, j’ai pas très envie… Regarde moi. Je ressemble à rien. Et c’est le bordel dans ma tête.
Elle se tourna vers la télé qui diffusait toujours Friends.
- Mais je veux bien que tu te mettes à l’aise et qu’on se fasse quelques épisodes - elle désigna l’écran - si ça te dit. On pourrait commander des pizzas et… Je sais pas. Juste se poser tu vois ?
Elle s’avança un brun souriante vers le jeune homme. Même si il n’affichait pas un air déçu, elle voulait le rassurer.
- On se le fera ce resto. J’y tiens. Mais ce sera pas pour aujourd’hui. Tu m’en veux pas ?
Malgré l’insistance de Kenny, la jeune femme exprima son refus, tout à fait compréhensible. Elle ne se sentait pas en état, ni mentalement, ni physiquement. Le jeune homme fut déçu, lui qui se réjouissait à l’idée d’avoir une première sortie entre amis depuis qu’il allait mieux. Mais il n’en voulut pas à son amie, qu’il comprenait entièrement.
Il se contenta d’acquiescer devant la jeune femme qui proposait de continuer de regarder des épisodes de la série qu’ils affectionnaient tant, et qui prenait place dans un cadre new-yorkais qu’ils connaissaient désormais par cœur, tout en engloutissant des pizzas.
Le jeune homme se laissa tomber sur le canapé, et tira Pearl par le bras pour qu’elle vienne prendre place à côté de lui.
- Je comprends. Je ne t’en veux pas. Mais promets-moi que ce sera très prochainement, d’accord ?
La jeune femme hocha la tête avec le sourire pour confirmer. Le karatéka attrapa alors le téléphone fixe de Lucas qui traînait sur la table basse, sur laquelle Kenny venait de poser nonchalamment ses pieds. Puis il tendit l’appareil à la brune, à qui il adressa un grand sourire.
Cyrius avait du mal à soutenir le regard de Pearl. Il n’aimait pas se sentir affaiblit devant quelqu’un. Encore moins devant une jeune femme qui avait déjà accroché son regard dans le passé.
Il apprécia cependant la douceur présente dans sa voix quand elle s’adressa à lui. Le mot “fusillade” resta entre eux, comme une bulle de vide et d’interdit. Un tabou qu’aucune personne n’osait encore prononcé, en ayant certainement peur d’y mettre un trop grand sens.
Cyrius se contenta de cligner des yeux. Il n’ajouta rien, ayant compris tout ce qu’elle voulait dire.
Il ne lui en voulait pas de ne pas lui avoir reparler depuis cet épisode noir. Après tout, lui non plus ne l’avait pas fait. Il n’était pas aller la voir.
Mais de son côté, ce n’était pas la seule raison. N’y avait-il pas un peu de pudeur maintenant qu’il était officiellement en couple avec Aiden et officieusement fiancé au jeune homme ?
Cyrius se sentit étrangement reconnaissant quand la jolie brune lui proposa de le raccompagner dans sa chambre. Il se rendit compte alors, que tout ce qu’il voulait, c’était de s’asseoir sur son lit. Épuise, il était épuisé.
Il suivit Pearl, se rendant bien compte de son instant d’absence face aux affaires de Jessie. Mais le blond ne dit rien. Lui aussi n’aimait pas voir les affaires de son meilleur ami. Elles le forçaient à constater son absence. Même si il préférait le savoir entre de bonnes mains, sur la voie de la guérison, plutôt qu’avec lui, à prendre un peu trop de poudre blanche.
Cyrius se laissa tomber sur son lit. Les paroles de Pearl lui tirèrent un sourire moqueur.
- Mais de rien belle princesse. C’était un plaisir. J’avais une épée et la force donnée par un peu trop d’adrénaline. Fallait bien partager.
La moquerie était la seule arme de Cyrius pour guérir. Et il allait mieux, nettement mieux, malgré tout.
- La vie continue maintenant.
Il surprit le regard de Pearl courir sur les photos de lui et de Jessie un peu partout. Cyrius souffla doucement et murmura, de sa voix enrouée :
- Moi aussi il me manque.
Et un long rire enjoué lui échappa, rempli d’énergie nouvelle.
Cyrius laissa sa nonchalance et son charme naturel l'emporter lorsqu'il prit la parole. A l'époque où Pearl avait su pour la maladie du jeune homme, elle avait beaucoup songé à ce que devait être ce quotidien que jamais personne n'avait soupçonné. Des journées entières passées à l'hôpital, des traitements, des envies d'en finir, des envies de se battre... Jessie lui avait parlé d'à quel point il avait été sur le cul que son meilleur ami ait réussi à lui cacher son état pendant si longtemps.
Le cinéphile se battait pour sa vie depuis qu'il était enfant. Alors être sorti vivant de la fusillade devait avoir une toute autre saveur pour lui.
Pearl avait une grande admiration pour toute cette force qui le caractérisait. Beaucoup auraient lâché prise depuis longtemps déjà.
Elle lui offrit un sourire timide. Puis son regard s'attarda sur les photos qui étaient collées au mur qui lui faisait face. Et Jessie se trouvait sur beaucoup d'entre elles. Souriant et plein de vie. Perdue dans ses pensées, la brune avait oublié qu'elle était observée.
Cyrius devait ressentir sa peine. Il confia sans détour que son meilleur ami lui manquait aussi, avant de laisser un rire léger envahir la pièce. Pearl eut un petit rire aussi. Mais il avait été plus nerveux qu'autre chose. Elle finit par regarder son interlocuteur avec un peu plus de sérieux et sans doute un brin d'inquiétude dans le regard.
- Tu... Tu as des nouvelles de lui ? Est-ce que t'es autorisé à aller le voir de temps en temps ?
Le jeune homme regarda Pearl un peu surpris. Elle soupira. Il n'était visiblement pas au courant.
- On est en froid. Il... Il ne veut plus entendre parler de moi. Je crois...
Cyrius pencha légèrement la tête sur le côté comme pour l'inciter à continuer. Mais la gêne commençait à l'ai gagner.
- Je veux juste m'assurer qu'il va bien. Je... C'est tout ce que je peux faire. Demander de ses nouvelles. J'ai que ça.
Pearl se sentait un peu misérable sur le moment. Mais elle savait au fond d'elle que le jeune homme comprendrait.
Pour la suite de la chorégraphie, Pearl devait chanter, et mener la danse. Et il fallait croire que la pression dûe à l’examen la rendait meilleure : effectivement, pendant les répétitions, Kenny avait pu constater que Pearl était toujours nerveuse. Notamment, elle tremblait des mains.
Mais cette fois-ci, rien du tout. La jeune femme était parfaitement assurée, et ne tremblait même pas. Dans sa tête, Kenny hurlait déjà de victoire. Il savait qu’une note excellente était dans la poche. D’autant que le jury ne semblait pas les quitter des yeux.
Ce fut alors au tour du jeune homme de reprendre les rênes de la chorégraphie. Il lâcha la main de la jeune femme, et passa sa main dans cheveux. Il attrapa les deux baguettes qui maintenaient le chignon de la brune, et les tira d’un coup sec, en même temps que la jeune femme se retourna, libérant ainsi sa belle chevelure d’ébène de la façon la plus séduisante qui soit.
Won’t you teach me how to love and learn
There’ll be nothing left for me to yearn
Le brun lança les baguettes en direction du jury en ne cachant pas un sourire malicieux. Puis les deux étudiants se rapprochèrent d’un coup, posant leur front l’un contre l’autre. Pearl posa ses mains sur les joues du jeune homme. Il attrapa alors ces deux dernières, et les fit descendre le long des hanches de l’étudiante, tout en approchant sa bouche du cou de la jeune femme, la faisant légèrement basculer en arrière.
Think of me and burn and let me hold your hand
Oh yeah-ah-eh
Pearl bouscula Kenny et fit mine de repartir dans la direction opposée. Le karatéka se laissa alors glisser sur les genoux derrière la jeune femme, et lui attrapa la main, faisant mine de la supplier du regard.
I don’t want to face the world in tears
Please think again, I’m on my knees
Pearl donna ensuite un faux coup de pied au niveau du thorax de Kenny. Ce dernier exagéra alors un saut en arrière, avant de se relever après une roulade. Il se passa la main dans les cheveux, et s’avança rapidement vers Pearl. Il la plaqua contre le mur adjacent, et fit remonter lentement ses doigts le long de la cuisse de la jeune femme. Son autre main se perdit dans les longs cheveux de la jeune femme, tandis que ses lèvres retournaient au niveau du cou de l’étudiante.
Sing that song to me
No reason to repent
Il la souleva par les hanches, et la fit tournoyer de nouveau. Il plia lentement les genoux, et progressivement, allongea la jeune femme dos au sol. Il se plaça au-dessus d’elle, genoux à terre, et sa main continua de mimer une caresse de la jambe de Pearl.
Les deux étudiants entrèrent dans la deuxième phase de la danse, qui était bien plus sensuelle et plus suggestive. La phase que Pearl avait eu le plus de mal à assimiler lors de leurs entrainements. Les gestes assurés de Kenny et sa maitrise parfaite des ses mouvements ne laissait pas de place à l’erreur. Mais lorsque la brune se retrouva contre le mur, avec le jeune homme collé à elle, lorsqu'elle sentit le souffle de ce dernier sur la peau de son cou, elle commença à perdre en concentration.
Bon sang, ce n’était vraiment pas le moment de flancher. Elle s’efforça de retrouver la concentration qui était sienne au début de leur danse. Elle y parvint, mais la gardait difficilement. Elle était à présent allongée sur le sol, Kenny exécutant des pompes au dessus d’elle alors que le bassin de la jeune femme se soulevait en rythme avec celui de son partenaire. Puis elle s’agrippa à lui et il roula au sol de façon à ce qu’elle se retrouve à califourchon sur lui. Il se redressa en position assise. Dans le même temps, Pearl se redressa sur ses genoux, posa un pied au sol et guida la main de Kenny dans le creux de son genou avec sensualité. Le karatéka plaça son autre main sous le bras de l’étudiante, puis la souleva avec force tout en se levant et exécuta un porté parfait, avec Pearl parfaitement droite, allongé sur le côté au dessus de lui. Il la reposa au sol avec douceur. Pearl fit un tour complet autour de Kenny en promenant sa main sur la taille du jeune homme.
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah,
The rhythm of the night,
This is the rhythm of my life, my life, oh yeah,
Elle stoppa finalement sa marche derrière le karatéka et laissa ses mains courir sur le torse du jeune homme pour finalement lui arracher sa chemise avec force et assurance.
The rhythm of my life,
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah,
The rhythm of the night,
This is the rhythm of my life, my life, oh yeah,
The rhythm of my life,
Pearl jeta la chemise de Kenny avec un air aguicheur vers le jury. Puis Kenny et elle entamèrent des mouvements de tango pour un bref instant. Il la fit ensuite basculer en arrière et fit décrire un demi cercle au corps courbé de sa partenaire, le front posé sous sa poitrine. Puis il la redressa très vite en la soulevant, laissant le visage de Pearl tout près du sien.
La musicienne songea alors que retirer sa chemise à Kenny n’avait vraiment pas été une bonne idée. Elle allait perdre pied, à n’en pas douter. Il fallait que cet examen prenne fin, et vite.
L’objectif du quatrième année était atteint, puisque Pearl rentra immédiatement dans son jeu, et répliqua sur un ton tout aussi ironique que le sien : entre autre, cela ressemblait à une conversation habituelle entre les deux amis.
Ils éclatèrent finalement de rire, et avec l’engouement, Kenny souleva machinalement la jeune femme à la force de ses bras. La brune lui garantit alors qu’ils allaient passer l’examen haut la main, juste avant que la musique de la salle du jury cesse : il était temps d’y aller.
Kenny s’étira alors longuement, et déposa un baiser sur la tempe de son amie.
- Comme tu dis. On va tout déchirer, et on fêtera ça au Gotham Bar & Grill, depuis le temps que je te le dois !
Il souffla un grand coup. Malgré son assurance, il subsistait en lui un léger trac. Qu’il balaya bien rapidement.
- Tu me connais bien Pearly. Toujours partant, toujours prêt.
Ils se postèrent sagement devant la porte de la salle de l’examen, qui s’ouvrit alors. Deux collègues du karatéka sortirent avec les jambes légèrement tremblantes. Ils lui adressèrent un regard qui avait la valeur d’une mise en garde : Cassandra July était probablement de mauvaise humeur, comme à son habitude, et ils en avaient fait les frais. Et ça allait sûrement être le tour de Kenny.
“Certainement pas" pensa-t-il.
C’est alors que la voix pleine de lassitude de ladite Cassandra s’éleva, trahissant un léger état d’ébriété.
- Blackburn Kenneth.
Kenny et Pearl entrèrent alors, et se tinrent droit comme des piquets devant le jury intransigeant qui leur faisait maintenant face. Cassandra soupira, et commença à tapoter nerveusement des doigts sur la table.
- Allez le paysan, nom de la partenaire, présentation de la chanson et de la choré, blablabla, tu connais la suite.
Le brun ne retint pas un haussement exaspéré des sourcils, et déroula alors d’une voix calme et posée le petit discours de présentation de l’épreuve.
- Ma partenaire est Pearl Weiss, étudiante en troisième année. Nous allons danser et chanter sur Of The Night, du groupe anglais Bastille, qui est un mash-up de deux classiques des années 90. La chorégraphie est de notre création, et est bien entendue basée sur le thème que vous m’avez imposé : le sexe.
Les différents membres du jury prirent rapidement quelques notes, et Cassandra fit un geste las de la main pour signifier à Kenny et à Pearl qu’ils pouvaient lancer le signal aux musiciens, et danser.
Les deux jeunes amis s’échangèrent un regard plein de détermination, et se tournèrent simultanément vers les musiciens, leur demandant d’un geste de la tête d’envoyer la musique. Les premières notes de synthé et de xylophone se firent entendre. Kenny et Pearl se tenaient côte à côte, et commencèrent à reproduire des mouvements identiques au son de la musique.
Kenny s’avança alors vers la jeune femme. Il passa rapidement autour d’elle, avant de se placer derrière elle. Il posa fermement ses mains sur les hanches de la jeune femme, et la fit onduler au rythme de la chanson, qu’il commença à chanter.
Rhythm is a dancer
It’s a soul’s companion
People feel it everywhere
Ensuite, Kenny fit remonter ses mains le long du corps de Pearl, et fit alors lever les bras de cette dernière. Elle caressa les cheveux du quatrième année, et fit descendre ses mains en douceur le long de sa nuque. Kenny approcha alors lentement sa bouche de l’oreille de la brune.
Lift your hands and voices
Free your mind and join us
You can feel it in the air
Pearl se retourna subitement vers Kenny, levant légèrement sa jambe, qu’il attrapa avec sa main. Il passa son autre main dans le dos de l’étudiante.
Oh oh, it’s a passion
Oh oh, you can feel it in the air
Il la fit basculer en arrière, et approcha sensuellement ses lèvres de son décolleté, tout en jouant de ses mains.
Oh oh, it’s a passion
Oh oh, oh, oh, oh…
Il la releva, et la souleva de façon à ce que les jambes de la jeune femme entourent les hanches du karatéka, qui tournoyait alors dans la pièce.
Pour l’instant, aucun faux pas. Ils collaient au thème, et Kenny s’amusa à penser que lui et Pearl faisaient monter la température de la pièce.
Lorsque Pearl et Kenny se présentèrent à l'entrée de la salle d'examen, deux quatrième années en sortaient, visiblement dépités. Cassandra avait dû être impitoyable avec eux. Une flamme prit alors place dans le regard de Pearl. Il était hors de question qu'elle et Kenny fassent les frais de sa langues fourchue. Ils allaient être parfaits. La brune oublia toutes les peurs qu'elle avait nourri ces dernières semaines et concentra toute son énergie dans le succès de l'examen de son ami.
Alors que Kenny faisait la présentation réglementaire, Pearl défia Cassandra du regard sans jamais faillir. Avant d'aller se placer, les deux amis échangèrent un regard déterminé, puis Kenny fit signe à l'orchestre de commencer à jouer.
Kenny commença à chanter et à bouger au rythme de la chanson. Pearl était désormais dans un autre monde, où il n'y avait plus qu'elle et le karatéka. Il était plus aisé pour elle de se concentrer en faisant abstraction de tout ce qu'il y avait autour. Leur chorégraphie était réglée comme du papier à musique et le jeune homme avait aussi parfaitement débuté la partie chant. Leurs mouvements, fluides et sensuelles, s’enchainaient sans difficulté. Et Pearl s'amusait de constater que la situation d'examen lui permettait de ne pas ressentir les mains chaudes de Kenny sur son corps de la même façon qu'elle les ressentait ces derniers temps.
Le tour de Pearl vint finalement. Alors que ses jambes entouraient toujours les hanches du jeune homme, elle plaça ses mains sur les joues de ce dernier et commença à chanter, son regard plongé dans le sien et ses lèvres tout près des siennes.
You can put some joy up on my face,
Oh sunshine in an empty place,
Take me too, turn to and babe I'll make you stay,
Pearl lâcha le visage de son ami et bascula en arrière avec grâce jusqu'à ce que ses mains viennent toucher le sol puis elle ramena ses pieds au sol avec souplesse. Une fois debout, elle plaça sa main sur le torse de Kenny le faisant reculer alors qu'elle avançait.
Oh I can ease you of your pain,
Feel you give me love again,
Round and round we go,
Each time I hear you say,
Kenny lui saisit la main en se voulant dominant et l’éloigna de lui sans la lâcher, puis il lui fit faire plusieurs tours sur elle même avant de la ramener contre lui. Le dos de Pearl étant contre son torse, une main tenait celle de la brune, le bras tendu sur le côté tendis que son autre main était placée dans le creux de sa hanche. Alors ils firent onduler leur bassin à l'unisson.
This is the rhythm of the night, the night, oh yeah,
The rhythm of the night,
This is the rhythm of my life, my life, oh yeah,
The rhythm of my life,
Tout se passait à merveille. Pearl laissa son regard se promener sur le jury et fut heureuse de constater qu'il était très concentré sur la prestation qu'elle et Kenny offraient, même Cassandra.
Le rire de Pearl se fit entendre dans la pièce. La jeune femme s’était alors repositionnée au niveau de la barre de danse, et continua la conversation, sur un ton qui empêcha Kenny de pouvoir penser une seule seconde que la brune mentait ou était nerveuse.
Pourtant, elle persistait à ne pas regarder le jeune homme. Seulement, ce dernier ne fit même pas attention à ce détail, et s’étira aux côtés de son amie.
- Je vais tellement la clouer sur place qu’elle aura envie de m’ajouter à sa petite liste bien particulière d’étudiants… Si tu vois ce que je veux dire.
Il éclata de rire.
- Enfin ça risque pas d’arriver, crois-moi ! Aucune raison de stresser Weiss.
Il se tourna vers elle, et désigna sa chemise noire du doigt.
- Pour le retard, c’est juste que j’ai opté pour un changement de tenue à la dernière seconde. J’ai pensé que tu pouvais me l’arracher vers le dernier refrain ? Pour mettre une touche encore plus sexy à la choré !
La jeune femme se crispa, et détourna furtivement le regard. Ce qui ne manqua pas de faire rire le karatéka encore un peu plus.
- Oh allez, fais pas ta timide !
Il poursuivit sur un ton taquin, s’approchant lentement de la jeune femme, toujours dans l’optique de vouloir la dérider avant l’examen.
- Je suis sûr que tu en as toujours eu envie, Pearly. Je le vois dans tes yeux !
Pearl parvenait doucement à se concentrer sur ses étirements tout en écoutant Kenny. Mais elle perdit bien vite pied lorsqu'il lui expliqua la raison de son retard et ce qu'il voulait qu'elle fasse de sa chemise pendant la chorégraphie.
Elle se raidit un peu plus et détourna le regard. Leur choré était déjà suffisamment sexy comme ça et Pearl avait déjà suffisamment peur de tout faire foirer. Et il avait fallut que Kenny ait cette idée d'arrachage de chemise...
Le jeune homme n'avait pas la moindre idée du combat que Pearl commençait à mener pour résister à ses avances qui n'en étaient pas. La musicienne leva les yeux au ciel pour essayer de détendre l'atmosphère, ce qui fit rire le karatéka. Il s'avança tout près d'elle. Pearl allait devoir danser avec lui, et adopter des positions très évocatrices dans peu de temps, alors il fallait qu'elle commence dès maintenant à se maitriser et à maitriser ses réactions.
Elle posa un regard assurer sur son ami et lui servit un sourire malin. Il fallait qu'elle soit naturelle. Qu'elle soit cette Pearl que Kenny avait toujours connu.
- J'en reviens pas que tu me laisses assouvir un de mes fantasmes les plus fous pendant un de tes examens.
Elle s'approcha à son tour de lui.
- Je vais me faire un plaisir d'arracher ta chemise, joli cœur. Le jury va avoir très chaud si tu veux mon avis.
Kenny était confiant et le sourire ne le quittait plus. Il la saisit par la taille et la souleva à bout de bras au dessus de lui.
Elle riait elle aussi. S'abandonner un peu était une bonne thérapie.
- T'as raison. On va le déchirer cet exam. Et on fêtera ça dignement en sortant.
Pearl entendit la musique dans la salle d'à côté s'arrêter.
- Ça va bientôt être à nous. Inutile que je te demande si tu es prêt. Lui dit-elle avec un clin d’œil.
Deux mois s’étaient écoulés depuis la fusillade. Après avoir vécu un enfer, suivit de trop près par des épisodes noirs personnels, Cyrius avait dû apprendre à se reconstruire. Il y travaillait encore.
Tout aurait été plus facile si il ne côtoyait pas sa sœur aînée, Cyann, écroulée depuis la mort de Glenn. Si son meilleur ami, Jessie, était sorti de cure de désintox. Si les résultats de ses examens sanguins n’étaient pas de plus en plus alarmants.
La journée, Cyrius arrivait à surmonter tout ce qui le hantait grâce aux cours qu’il avait repris et à ses séances de musique avec les enfants malades de l’hôpital. Alors, seulement dans ces instants, il se sentait pleinement vivant et humain. Normal. Sans les soucis qui rythmaient maintenant son quotidien.
La nuit, s’étaient les bras d’Aiden, qui arrivaient à l’apaiser. Mais Cyrius détestait montrer ses faiblesses à son fiancé. A personne d’ailleurs.
Ce soir là, Cyrius revenait de la salle de montage, et comme à son habitude, il avait emprunté les escaliers pour monter à sa chambre. C’était sans compter la nouvelle crise qui le saisit à mi chemin. Le blond pâlit violemment, le souffle coupé par la violence des battements anarchiques de son cœur. Incapable de faire un pas de plus, Cyrius se laissa glisser contre le mur à côté de sa porte de chambre.
Dieu, qu’il détestait ça. Se sentir affaiblit le dérangeait. Se sentir mal le dérangeait. Sentir le regard des autres le dérangeait.
Pearl. Cyrius se rendit compte de sa présence dès l’instant où elle apparut dans le couloir, mais préféra l’ignorer, se concentrant uniquement sur son souffle et ses battements de cœur. Il entendit bien que la jeune femme lui parlait avec douceur.
La dernière fois qu’il lui avait adressé la parole, c’était dans un placard à balais, caché d’hommes armés.
Pearl lui tendit la main. Après un brin d’hésitation, et surtout un sourire encourageant de l’ex d’Aiden, Cyrius attrapa sa main, ses yeux gris plongés dans les siens.
Il aurait voulu se relever avec sa nonchalance habituelle, et s’adresser à elle avec son brin d’amusement dans la voix. Tout ce qu’il réussi à faire, ce fût de laisser échapper une quinte de toux et un mince filet de voix lorsqu’il lui demanda :
- Merci Pearl. Quoi de neuf ?
Jouer à celui qui allait bien était son rôle préféré. Jessie le lui avait reproché une fois. Et à la pensée de son meilleur ami absent, le cœur du blond rata un nouveau battement.
Le regard gris du jeune homme avait fini par s'adoucir quelque peu avant qu'il décide enfin de saisir la main que Pearl lui tendait. Elle l'aida à se relever doucement. Il grimaça et une brève mais violente quinte de toux s'était saisie de lui. Il parvint néanmoins à prendre la parole. La brune ne put s'empêcher de rire devant la banalité de la question. Elle était tellement en décalage par rapport au contexte et surtout à l'état de son interlocuteur.
Cyrius était toujours appuyé contre le mur mais sa respiration semblait retrouver peu à peu un rythme normal. Pearl continuait tout de même de lui tenir le bars, au cas où.
- Y a pas de quoi.
Elle posa son sac de cours au sol et soupira en réfléchissant à sa réponse.
- Quoi de neuf... ? Et bien... Je dirais que ça va. Enfin... il y a bien quelques travers, mais ça va beaucoup mieux depuis...
C'était marrant parce que c'était commun à tous les élèves ou presque. Aucun de ceux qui avaient vécu la prise d'otages de l'intérieure n'arrivaient à prononcer le mot "fusillade" sans ressenti un malêtre immense et incontrôlable.
- Enfin tu vois...
Cyrius acquiesça simplement. Pearl le dévisagea, il semblait vraiment avoir du mal à tenir debout.
- Tu sais quoi ? Je vais t'aider à rentrer dans ta chambre et t'assoir sur ton lit. Je pense que tu y seras plus à ton aise. Tu veux bien ?
Il la regarda avec une toute petite pointe de reconnaissance dans le regard et acquiesça une nouvelle fois. Pearl remit son sac sur son épaule et accompagna Cyrius à bon port. Elle avait complètement oublié que la chambre de ce dernier était aussi celle de Jessie et fut, l'espace d'un bref instant, frappée par la surprise de sentir de nouveau l'odeur de son ami dans la pièce. Bien sûr, Jessie n'était pas là et se rappeler le pourquoi de cette absence fut un second crève cœur pour la musicienne.
Elle se reprit tout de même assez vite et concentra de nouveau son attention sur Cyrius, qui l'observait avec attention. Nul doute que son petit moment de faiblesse ne lui avait pas échappé. Mais Pearl tenait avant toute chose à réparer sa mauvaise conduite.
Elle prit place, en tailleur à ses côtés.
- Je me sens complètement conne. Tu m'as sauvé la vie ce jour là et... Il a fallut que je te croise par hasard dans ce couloir pour prendre conscience que j'ai pas été foutue de te remercier ou de chercher à savoir comment tu allais... Elle posa sa main sur celle, glacée, du jeune homme. Alors merci. Vraiment... Merci.
Pearl n'était pas douée dans ce genre d'exercice. Alors elle prit le parti de se taire pour laisser Cyrius prendre la relève. Les mots commençaient surtout à lui manquer parce qu'elle sentait le manque de Jessie grandir en elle de manière assez fulgurante depuis qu'elle était entrée dans la pièce.
Il avait fallu deux mois pour que la vie reprenne vraiment son cours après les tragiques événements que la NYADA avait connu. Les cours avaient repris. La compétition aussi. Les ambitieux, les futurs danseurs, chanteurs, acteurs et autres étaient de retours. Pearl parvenait doucement à reprendre un train de vie normal. À quelques détails près.
Rebecca hantait toujours ses nuits et Jessie semblait toujours aussi loin que le jour de leur violente dispute. La troisième année vivait mal la situation. Son meilleur ami lui manquait cruellement. Et elle n’avait aucun moyen de savoir si les choses allaient finir par se décanter ou non. C’était d’autant plus difficile d’être en froid avec lui alors qu’il se trouvait en cure de désintoxication. Pearl l’avait appris par Gabriel, qui lui donnait régulièrement des nouvelles du jeune homme. À défaut de pouvoir le soutenir, elle s’efforçait au moins de se tenir au courant de son bien être.
Gabriel. La brune était reconnaissante à la vie d’avoir mis ce garçon sur son chemin. Son soutien et sa volonté de vouloir le meilleur pour ses proches étaient d’un secours sans pareil. Pearl aurait eu plus de mal à se relever sans lui. Kenny et sa famille faisaient aussi parti de l’équation bien sûr. Mais Gabriel avait su se faire une place particulière dans le cœur de la troisième année. Nul doute qu’elle resterait proche de lui pour encore longtemps.
La musicienne marchait justement avec entrain pour se rendre dans le dortoir des garçons. Elle avait pris l’habitude de lui rendre une petite visite après les cours. Il arrivait qu’elle s’éternise un peu, le temps de regarder un ou deux épisodes de séries et de bavarder un peu.
Mais ce soir là, un imprévu la fit stopper ses pas, non loin de la chambre de Jessie. Un jeune homme blond était assis contre le mur et semblait avoir du mal à respirer. En s’approchant Pearl reconnut Cyrius. Elle songea alors qu’elle ne lui avait plus vraiment reparlé depuis la fusillade et ce moment où il lui avait sauvé la vie. Elle se sentit mal en réalisant qu’elle n’avait même pas eu la délicatesse de le remercier ou de s’informer sur sa santé… Malgré sa gêne, elle pressa le pas jusqu’à lui et s’accroupit à ses côtés.
- Hey ça va ?
Cyrius leva son regard vers elle, visiblement agacé de paraître affaibli devant quelqu'un. Il répondit oui de la tête mais ne prit pas la parole. Pearl soupira et s’approcha un peu plus en lui tendant la main.
- Je peux t’aider si tu veux. Laisse moi au moins te ramener jusqu’à ta chambre.
Le blond regarda les alentours.
- Il n’y a personne à part toi et moi dans ce couloir. Et de toi moi, tu n’as plus rien à prouver à personne. Je crois qu’on est tous conscient de ta force exemplaire ici.
Elle lui adressa un sourire sincère et attendit qu’il lui donne sa main en signe d’approbations à son aide.
Ce matin-là, le hurlement du réveil avait hurlé une annonce imminente : celle d’un jour crucial dans la vie de Kenny. Du moins, un des jours cruciaux. En effet, il allait devoir passer devant le jury impitoyable de la NYADA pour conclure son cursus de quatre ans en danse moderne. Un cursus parsemé d’embûches… Mais dont l’issue allait de paire avec tous ces changements que le jeune homme vivait dernièrement. Des changements, il allait certainement y en avoir d’autres, d’ailleurs.
Quoi qu’il en soit, il n’était pas effrayé. Il avait bossé à fond sa chorégraphie avec Pearl. Chorégraphie qu’ils avaient élaborée ensemble. Tout était réglé comme du papier à musique. Ça allait être un véritable succès, il en était persuadé. Il avait travaillé, tout comme Pearl. Et ils avaient progressé.
Pas seulement sur le plan de la danse, d’ailleurs. Leur relation n’existait plus par l’intermédiaire de Jessie désormais. Pearl était devenue la meilleure amie de Kenny. Et réciproquement, très certainement. Du moins, c’est ce que le jeune homme pensait.
En effet, une zone d’ombre demeurait. Il y avait comme une certaine retenue entre eux. Une pudeur qu’il ne parvenait pas à s’expliquer. A chaque étreinte amicale, il sentait que Pearl se crispait, ou se mettait à trembler. Et quand les conversations commençaient à descendre au niveau de la ceinture, la jeune femme se mettait à rougir. Et une fois de plus, sans comprendre pourquoi, Kenny ressentait une certaine culpabilité.
Malgré cette zone d’ombre, ils avaient bel et bien réussi à élaborer cette chorégraphie, et à la perfectionner. Et il était temps d’achever ce travail par l’examen. Le karatéka se prépara dans sa salle de bain pour mettre sa tenue de danse habituelle. Ou presque. Il changea le débardeur noir par une chemise à manches courtes de la même couleur. Ensuite, il s’échauffa rapidement, et se rendit enfin dans la salle voisine à celle de l’examen, où il allait pouvoir répéter une ultime fois. Pearl était déjà sur les lieux, c’était certain.
Et bien évidemment, elle était là, déjà en train de s’échauffer. Le jeune homme s’approcha d’elle, et posa ses mains sur elle pour qu’elle garde cette position. Elle sursauta sur le coup, ce qui amusa l’étudiant.
- Je vois que t’es prête. Merci, Weiss.
Elle sourit timidement. Ils restèrent dans cette position, et Kenny commença à la soulever. L’angle de la jambe de Pearl n’avait pas bougé. C’était parfait, elle allait s’en tirer comme une chef.
Lui, en profitait pour s’échauffer encore un peu, exerçant avant l’épreuve la force de ses bras. Après quelques secondes, il la reposa au sol. Ils s’enlacèrent furtivement.
- Sois pas tendue comme ça. Je serai le seul à me faire noter tu sais.
Un brin de malice dans les yeux du quatrième année.
- Enfin… Ma note repose EN GRANDE PARTIE sur tes épaules. T’as pas intérêt à gaffer !
Dit-il sur un ton strict, avant d’éclater de rire.
Pearl avait sursauté dans un premier temps. Mais le rire de Kenny l’avait rassuré. Alors elle se concentra pour garder sa position alors qu’il la soulevait à bout de bras au dessus de lui en décrivant plusieurs tours sur lui même. Une façon pour lui de commencer son échauffement.
Il la reposa doucement au sol et Pearl put se retourner pour lui faire face en lui souriant. Il l’attira vers lui pour une brève étreinte, mais la brune s’était raidie lorsque la main de son ami, posée sur sa chute de rein, avait pressé son bassin contre le sien. Une réaction que Kenny avait interprété comme une manifestation nerveuse dû au stress.
Il lui rappela avec douceur que c’était lui qui passait un examen et non pas elle. Et puis il ajouta une pointe d’humour en précisant tout de même que sa note reposait en grande partie sur les épaules de la troisième année. Une pointe d’humour, certes. Mais c’était tout de même vrai. Pearl n’avait pas le droit à l’erreur. Ils avaient travaillé dur pour que cet examen soit un succès. Et la musicienne ne doutait pas que ça le serait. Mais elle ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il suffisait d’un rien pour que tout foire.
Elle se força à rire avec son ami. Il fallait qu’elle se détende un peu. Elle se repositionna sur la barre et invita Kenny à faire ses étirements à ses côtés.
- Je veux que notre travail paye. Et je veux surtout que tu cloues Cassandra sur place. C’est pour ça que je stresse un peu.
Menteuse.
- J’espère que de ton côté, tu es d’attaque. J’avais un peu peur que tu arrives en retard. T'as eu un problème en chemin ?
Lancer la conversation. Penser à tout sauf au pire. Voilà ce qu’il fallait qu’elle fasse.
Habits et chaussures de danse neufs. Concentration au maximum. Connaissance parfaite de la chorégraphie. Une bonne nuit de sommeil. Un bon petit déjeuner. Un niveau de stresse raisonnable. Tout les ingrédients étaient réunis pour que Pearl puisse accompagner Kenny dans les meilleures conditions pour son examen.
En effet ce matin là, le quatrième année, passait son épreuve de danse moderne devant un jury au regard aiguisé. L’un des membres étant évidemment Cassandra. Il devait présenter une chorégraphie en duo et il avait choisi Pearl pour partenaire. Les deux jeunes étudiant avaient travaillé dans l’optique de son examen sans relâche durant les deux dernières semaines. Un thème avait été imposé au jeune homme. Le sexe.
Si cette épreuve avait eu lieu avant la fusillade. À une époque où Pearl était complètement certaine de ne voir en Kenny qu’un ami proche et de confiance. À une époque où elle n’aurait développé des sentiments pour lui que dans un rêve post-beuverie. À une époque où il ne l’avait encore jamais embrassé. La brune n’aurait eu aucune appréhension. Aucun mal à s’entraîner avec son ami sur un thème aussi ambigüe. Elle n’aurait pas eu peur de déraper à chaque fois que son corps se trouvait tout près de celui du Karatéka. Chaque fois que sa bouche se trouvait trop près de la sienne. Chaque fois qu’elle sentait son souffle dans le creux de son cou.
Lors du bal que l’école avait donné pour tourner la page du traumatisme, la musicienne avait senti à plusieurs reprises, que sa façon de percevoir Kenny avait changé. Elle pensait que ça avait sans doute un rapport avec ce qu’ils avaient vécu ensemble lors de la fusillade. Il lui avait sauvé la vie. Il avait été là pour lui permette de s’accrocher et de retrouver un espoir qu’elle croyait avoir perdu pour de bon. Il avait été sa dernière chance de s’en sortir. Et sans qu’elle ne le fasse vraiment exprès, elle faisait une fixation sur lui. Elle se rappelait aussi à quel point elle avait été blessée lorsqu’elle avait cru que Kenny avait refusé de la voir, lors de ses multiples visites au service psychiatrie qui avait accueilli le jeune homme après son évacuation de la NYADA. Son amertume avait été bien plus grande et bien plus douloureuse que si elle avait été éconduite par un simple ami. Aujourd’hui elle s’en rendait compte.
Peut-être n’avait elle aucun sentiment réel à l’égard du jeune homme. Peut-être que tout cela n’était que l’expression d’une immense reconnaissance envers lui. Mais la jeune femme repensait très souvent au baiser désespéré que Kenny lui avait donné la veille de la prise d’otage. Il n’y avait qu’une seule façon de s’assurer que tout ça, c’était dans sa tête. Que ça ne voulait rien dire. Une seule façon de passer à autre chose. Embrasser Kenny de nouveau et voir ce que ça donnerait.
Elle avait bien failli le faire deux semaines auparavant. Le soir du bal, ils avaient passé la nuit chez Lucas. Et avant de quitter le jeune homme pour de bon et de rejoindre son lit, elle s’était dit que c’était sans doute le moment de le faire. Le timing était parfait. Ils avaient passé une excellente soirée. Dans une joie et une complicité très forte. Un baiser pour clôturer en beauté et enfin répondre aux mille et une questions qu’elle se posait, aurait été parfait. Elle aurait mis ça sur le compte de l’alcool et aurait pris congé de lui l’air malicieux.
Mais non. Elle s’était finalement rétractée. Kenny pensait toujours à Jessie. Et puis surtout, il était gay. Alors à quoi bon toute cette torture ? A quoi s’attendait-elle au juste ? Et pourquoi son cœur se bornait-il à battre un peu plus vite lorsqu’elle le voyait ? Pourquoi se sentait-elle de plus en plus confuse dans ses bras ?
Ce qui était sûr, c’était que pour l’heure, elle ne pouvait pas se permette de se laisser déconcentrer. Kenny avait un examen, et il était hors de question qu’il le foire à cause d’elle. Elle allait se concentrer sur leur prestation. Elle allait faire les choses bien. Et le jeune brun ressortirait de cette salle, satisfait de son passage. Ils étaient très bons lorsqu’il dansaient ensemble. Et leurs entraînements des derniers jours l’avaient confirmé un peu plus, même si Pearl devait redoubler d’effort pour rester concentrer sur la technique et rien d’autre. Kenny avait de bonnes chances de faire mouche.
Pearl faisait quelques étirements dans la salle à côté de la salle d’examen. Un autre étudiant passait avant eux, et il venait tout juste de se présenter au jury. Kenny était en retard, mais il avait encore du temps devant lui. Il devait sûrement déjà être en chemin. La brune se tenait à la barre, face à une grande baie vitrée, le regard un peu perdu. Elle leva doucement sa jambe, pliée d’abord, puis, parvenue à un angle de 140° elle commença à la déplier. Quelqu’un arriva derrière elle. Une main vint tenir son mollet tandis qu’une autre vint se loger dans le creux de sa taille pour maintenir et parfaire sa position…
Gabriel attendit patiemment la réponse à sa question, espérant que cette fois-ci, Pearl ne chercherait ni à déguiser la vérité, ni à l’enrober de sucre. Et finalement, le visage de la jeune fille perdit ce sourire qu’elle semblait y avoir gravé, et son front se plissa.
Il comprit que le pire était à venir. Mais il était loin de se douter de ce qu’il allait apprendre. Au fur et à mesure du récit de Pearl, Gabriel sentit sa gorge se serrer, et son esprit crouler sous les images terrifiantes et sanglantes que la jeune fille semblait invoquer, les yeux dans la vague. Deux de leurs mains s’étaient trouvées, et Gabriel s’accrochait à la jeune fille autant qu’elle s’accrochait à lui. Au fond, il aurait préféré ne pas savoir. Parce que la vérité était pire que tout ce qu’il avait imaginé.
Et quand finalement, la jeune fille conclut son histoire, en éclatant en sanglots, il parvint à trouver la force de lui lâcher la main, et de se laisser tomber du plan de travail. Rapidement, il vint se placer devant elle, et il entreprit de la serrer dans ses bras, forts. Elle sembla redoubler de larmes, mais ses mains quittèrent finalement son visage pour venir attraper des poignées du T-shirt de Gabriel.
- C’est terminé. Tout est terminé.
La frêle silhouette de la jeune fille était toujours perchée au bord de la surface, et il fit glisser une de ses mains dans ses longs cheveux bouclés. Il la laissa pleurer de tout son saoûl, sans tenter de la réconforter, se contentant de lui répéter ces trois mots. Tout est terminé. Parce que rien ne pouvait venir apaiser la peine de la jeune fille, si ce n’était la conviction de ne plus jamais avoir à vivre cette horreur.
Et quand finalement les larmes se tarirent, Gabriel laissa Pearl se reculer de sa propre initiative. Sans un mot, il lui tendit le paquet de mouchoirs en papiers qui était auparavant dans la trousse de secours. Il en prit un également, et entreprit d’essuyer les joues de la jeune fille, avec douceur.
- Tu n’es pas folle.
Un regard échangé avec Pearl lui confirma ce dont il se doutait : La jeune fille était épuisée, et vidée émotionnellement. Il aurait aimé remettre cette conversation à plus tard, mais il savait qu’elle était essentielle. Surtout si Pearl ne s’était pas confiée à un autre élève depuis la fusillade.
Gabriel continua, d’une voix douce mais sûre.
- Tu es abîmée. On l’est tous. Certains le sont physiquement, d’autres psychologiquement. Certains sont les deux. Mais toi, c’est à l’intérieur que ça bloque.
Il posa le mouchoir sur le côté, le visage de la jeune fille étant sec. Il la quitta quelques instants, pour aller remplir un verre d’eau, et revint vers elle avec. ll lui tendit également deux comprimés tirés d’une petite boîte de la trousse de secours.
- Prends ça, princesse.
Elle s’exécuta, sans poser la moindre question,et il lui adressa un petit sourire, avant de redevenir sérieux. Il vint doucement poser ses mains sur les cuisses de la jeune fille.
- T’as été tellement courageuse. Tu le sais, ça ? Pendant la fusillade. T’as été courageuse, et forte. Tu as fais face à tout ça, et tu es encore là aujourd’hui. Tu imagines la force que ça demande ? A ton esprit ? D’accepter que de telles choses aient pût avoir lieu, mais qu’il faille reprendre une vie normale ?
La jeune fille semblait hypnotisée par ses mots, et il continua, doucement.
- Mais quand tu fais comme si de rien n’était… Quand tu dis que ça va. Ou que t’essaie de pas y penser… Tu renvoies ces souvenirs loin dans ton esprit. Et c’est pour ça qu’ils reviennent la nuit. Parce que c’est le seul moment où ils peuvent exister.
Il pencha la tête de côté.
- Tu me suis ?
La jeune fille acquiesça, et il lui fit signe de boire son verre d’eau, ce qu’elle tenta de faire.
- C’est arrivé. Et tu vas pas bien. Et tant que tu refuseras de voir tout ça en face, ça reviendra encore et encore la nuit. Il faut que tu en parles.
Il hésita une petite seconde.
- Ils ont ouvert une cellule psychologique, au rez-de-chaussée. Y’a des psys, mais aussi un médecin, et même un acupuncteur.
Devant le regard un brin sombre de la jeune fille, il s’empressa de préciser.
- Je te dis pas que t’as besoin d’un psy. Même si à mon avis, on devrait tous y aller, moi le premier. Mais tu devrais au moins aller voir un médecin, pour qu’il te donne de quoi calmer tes nerfs. Et l’acupuncture ça peut pas te faire de mal. T’as besoin de quelques nuits de sommeil, tu crois pas ?
Avec un petit sourire désolé, il conclut.
- Tu peux pas rester toute seule avec tout ça, Pearl. Faut que tu te fasses aider par des gens qui ont les moyens d’arranger les choses. En attendant, si c’est juste un câlin que tu veux, ça peut s’arranger avec le Docteur Olivera.
Il écarta les bras, ajoutant une petite grimace comique qui lui valut - enfin - un petit sourire de la jeune fille.
L’étreinte de Gabriel était là bienvenue. Pearl était dans un de ces moments où elle se sentait couler, et avoir une aide solide pour la maintenir à flot était une chance qu'elle mesurait. Et se laissa pleurer, ne cherchant pas à retenir ses larmes. Avec le passé qu'ils avaient à présent, le jeune homme ne faisait plus parti de ces personnes devant lesquelles il fallait s'efforcer de faire bonne figure.
Pearl finit par se calmer. Tout en essuyant ses larmes, Gabriel lui expliqua doucement que tant qu'elle refoulerait ses souffrances, tant qu'elle ne parlerait pas de son traumatisme, elle continuerait de passer des nuits affreuses et de faire des crises de paniques violentes.
Il essaya de lui faire prendre conscience de la prouesse qu'elle avait accomplis pendant la fusillade, de tenir le coup jusqu'au bout. De s'imposer cet effort de retrouver une vie normale après ce qu'elle avait vécu. Elle n'était pas folle. Elle était "abîmée". Le mot était bien choisi. Et il témoignait d'avantage du fait que Gabriel savait parfaitement de quoi il parlait. Il lui parla de solutions diverses. Et même si l'idée d'aller voir un psychologue ne lui plaisait pas vraiment, l'étudiant avait raison. Elle devrait sans doute faire cette démarche. Ça ne coûtait rien d'essayer. En parler la libérait. Cet échange avec Gabriel lui faisait prendre conscience de ce fait. Elle inspira et expira profondément, le regard plongé dans celui du jeune homme.
- T'es vraiment un chouette gars, Gab. Je... Je vais sûrement aller y faire un tour à cette cellule psychologique. Elle laissa un petit silence s'installer durant lequel elle médita ses dernières paroles. Je vais y aller. C'est promis.
Elle renifla et s'essuya brièvement le nez avec le mouchoir qu'elle avait dans la main.
- Et je veux bien un câlin oui. Le docteur Olivera fait des merveilles.
Il lui adressa un sourie plein de chaleur en chassant de la pommette de la brune une dernière larmes. Puis il s'avança pour la serrer fort contre lui. Elle ferma les yeux un long moment pour profiter du calme et de l'agréable étreinte de son ami. Puis elle finit par les ouvrir. Une question lui vint brusquement à l'esprit.
Elle prit la parole sans pour autant briser le contact.
- Au fait, c'est quoi ces comprimés que tu m'as donné ?
Elle les avait avalé sans rechigner mais ne s'était pas demandée une seule seconde quels étaient leurs effets.