Voici un des tableaux qui me fascinent le plus de Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis ou encore Séraphine Sans Rivale - surnom qu'elle s'était attribuée lors de son déclin vers la folie. Cette artiste souffrait d'une pathologie chronique fantastique trÚs rare.
Elle a vĂ©cu ses jeunes annĂ©es dans la pauvretĂ© et, orpheline, sa grande sĆur ne pouvant plus subvenir aux besoins de la famille, la fit travailler.
Elle a notamment Ă©tĂ© dans un couvent oĂč elle a eu une rĂ©vĂ©lation : elle voulait peindre, elle avait vu un ange qui lui demandait de peindre en l'honneur de la Vierge Marie.
Séraphine ne pouvant devenir none, a travaillé aux services de riches bourgeois et put ainsi, en cachette, glaner quelques cours de peinture que recevaient ses jeunes clients.
SĂ©raphine dĂ©pensait tout son argent en des matĂ©riaux pour ses peintures - palettes de couleur qu'elle fabriquait elle-mĂȘme. On sait par exemple aujourd'hui, suite Ă l'analyse de ses peintures, qu'elles contenaient son sang, de l'eau bĂ©nite Ă©galement.
Autodidacte donc, elle se met en position de priÚre le soir et, agenouillée, elle peint des fruits et des plantes, le jardin d'Eden. Elle peignait ainsi toute la nuit, sans dormir, et travaillait puis dépensait à nouveau tout son argent pour des toiles, des pinceaux...
Elle avait du talent, et son Ange lui disait quoi faire. Un jour, un petit gars (qui n'est pas Freud) qui s'appelait Udhe remarqua la splendeur, la particularité de ses tableaux et il fut fasciné par le spectacle auquel il a assisté plus tard : Séraphine en trans, en train de produire une éniÚme toile. Le marchant d'art avait la dame à l'oeil, voyant en elle une artiste au style unique et à la production absolument florissante.
AprÚs réticence de la part de l'artiste, il finit par acheter un tableau et faire parler de l'artiste qui entendait des voix. Séraphine commença alors à ne plus peindre simplement pour la Sainte Vierge mais pour des clients. Ainsi, elle s'enrichit et les symptÎmes d'une psychose fantastique chronique s'aggravÚrent.
Elle qui Ă©tait douce, rĂ©servĂ©e, timide, devint avar, vulgaire et frappait Ă toute les portes pour prĂ©venir que la fin de notre monde arrivait. Elle parlait de l'Apocalypse, que tous le monde Ă©tait pĂȘcheur etc.
Elle fut internĂ©e et ne peigna plus jamais : Ă la place, elle Ă©crivait ce qui devait arriver pendant l'apocalypse et rĂ©digeait Ă©galement des courriers d'insultes Ă tous ceux.celles qu'elle connaissait, y compris ceux.celles qu'elle ne connaissait pas. Elle Ă©crivait sur des feuilles blanches qui se noircissaient agressivement ; SĂ©raphine Ă©crivant de façon frĂ©nĂ©tique, sans s'arrĂȘter. Les murs de sa chambre Ă©taient Ă©galement couverts de signes, d'Ă©critures.
Pendant l'occupation allemande, les asiles étaient sévÚrement touchés par la négligence et le mépris évident des nazis pour les personnes handicapées. Ils ne bénéficiaient que de trÚs faibles rations comparés au reste de la population.
On sait qu'elle mangeait parfois de l'herbe de la cour. C'est ce qu'on a retrouvé dans les archives de l'hÎpital.
Séraphine mourut seule, de faim. Mais sans rivale.
C'est l'une des premiĂšres si ce n'est la premiĂšre artiste Ă donner naissance Ă l'art naĂŻf.
Bien, maintenant que je vous ai dit tout ça, je vous invite à regarder ses tableaux :
Ses tableaux sont trĂšs vifs et je trouve qu'on voit comme plein d'yeux et de formes tentaculaires.
Voilà j'avais envie de commencer par ça. J'espÚre que vous avez trouvé ça intéressant. Il y a un film à son sujet qui porte son nom, si vous voulez et son article Wiki n'est pas mal.