"Pour l’opinion, le développement urbain de nos villes relève encore d’une organisation de l’espace fruit d’une succession d’événements et d’époques. La ville comme rencontre de l’histoire et de la géographie en somme. Les « décideurs », élus et techniciens, restent attendus comme des « visionnaires », des « bâtisseurs » et des « gestionnaires ». Il n’est plus possible d’en rester là : il s’agit de faire rentrer l’action publique des territoires dans de nouvelles dimensions. Et nous n’avons pas le choix. Je ne vais pas revenir en détail sur les évolutions, lourdes, structurelles, extrêmement rapides, auxquelles sont soumises les villes. À court terme, la première reste la recomposition rapide et permanente des territoires dans une logique de compétition entre les « villes-monde » et d’échanges à toutes les échelles. La seconde vient de la pression due à la raréfaction inéluctable des ressources qui oblige à engager la transition vers d’autres modèles de développement, mais lesquels ? Plus que jamais, l’espace urbain fait système. Il devient impossible de simplifier sans devenir simpliste. Il est donc indispensable de sortir d’une logique où l’on pense « objet par objet », comme autant de domaines peu ou prou autonomes pouvant relever de leaderships et d’organisations clairement délimités. Nos objets sont devenus tellement complexes, interdépendants qu’il devient difficile de les saisir, de les appréhender dans leur ensemble tant du point de vue simplement technique (sur quelles variables jouer ?), que de celui des politiques publiques (laquelle doit prendre le pas ?). Tout tend à devenir central, car dans un système complexe rien ne peut fonctionner indépendamment du reste, et en même temps cette exigence de cohérence rend encore plus visibles les contradictions potentielles et les effets rebonds. Dans ce cadre la place du politique est centrale pour définir les grandes finalités. Un environnement complexe exige plus de coopération, plus de concertation, plus d’interactivité. Le foisonnement peut devenir paralysant si l’on entend garder une approche holiste, totalisante sur des périmètres définis. À l’inverse, cette densité peut rouvrir le champ des possibles si l’on considère au cœur de l’urbain le rôle central de la connaissance, des échanges et de l’intelligence, qui libèrent l’action et les initiatives." — Gérard Collomb, Sénateur Maire de Lyon & Président du Grand Lyon Téléchargez M3: Société urbaine et action publique (au format PDF)