[INTERVIEW CINÉ] FRANZ ROGOWSKI
Notre acteur préféré est allemand et s’appelle Franz Rogowski. Par ses choix audacieux et son interprétation à chaque fois exceptionnelle, il s’est imposé pour nous comme un chouchou de premier plan. Alors qu’on l’a vu récemment dans le galvanisant ‘Disco Boy’ de Giacomo Abbruzzese, on le retrouve demain dans le magnifique ‘Passages’ d’Ira Sachs. Nous l’avons rencontré à Cannes alors qu’il faisait partie du jury de la Semaine de la Critique 2023.
Nous avons lu que pour le rôle de Tomas dans ‘Passages’, le réalisateur Ira Sachs t’a parlé de l’acteur James Cagney (1899-1986) qui était notamment connu pour ne pas avoir peur de devoir mal se comporter. Ton personnage Tomas a deux relations en parallèle, qui peuvent blesser chacun des deux amants, sans forcément qu’il en prenne conscience. Par ailleurs, Tomas est par moments peu aimable. Comment était ton approche du personnage par rapport à cela ?
Franz : Vous avez tout à fait raison sur le fait qu’Ira est fasciné par James Cagney. Il y avait aussi l’aspect de la bonne personne et de la mauvaise qui se mélangent ensemble, dans un effet qui ne te permet pas en tant que spectateur d'avoir une expérience simple de ta propre morale ou de lire une histoire. Qui est le bon ? Qui est le mauvais ? Où est-ce que je me positionne ? C’est quelque chose dont on a parlé et qui nous a inspirés dès le début. Pour moi en tant qu’acteur, je n’ai jamais essayé de jouer quelqu’un qui a envie que des mauvaises choses se produisent. Tomas est un homme qui veut être aimé, qui veut aimer. Il veut vivre. Il a peut-être des difficultés à s’aimer lui-même et donc il lutte souvent dans ses relations avec les autres. Il a du mal à voir le tableau complet, il est tellement piégé dans le présent et ses désirs personnels. C’est très facile de le juger et de le voir comme une personne égocentrique et malveillante mais je trouve qu’en fait les personnages de ‘Passages’ aspirent tous à la même chose : ils veulent que leur vie soit épanouie, ils veulent vivre et aimer. Ils ont tous besoin d’intimité et être aimés tels qu’ils sont.
Dans ‘Passages’ (2023) d’Ira Sach avec Adèle Exarchopoulos
Il y a peut-être aussi un aspect immature chez Tomas : il veut tout, ne gère pas bien la frustration et manque de confiance en lui. Il y a une scène notamment où en tant que réalisateur, il parle de la première projection de son film qui était une catastrophe et va voir Martin pour que ce dernier le rassure malgré les événements récents qui les a distancés l’un de l’autre. Est-il un enfant pour toi ?
Franz : Je crois qu’il y a un enfant dans chacun de nous. L’enfant en Tomas est peut-être un peu plus visible. Je peux comprendre cela. J’essaie souvent de me rapprocher de l’enfant qui est en moi et de le protéger pour être mon propre père, mais ça ne marche pas ! On a tous besoin d’un véritable père.
Dans ‘Passages’, est-ce que tu vois un peu de toi dans le personnage de Tomas ou c’est un personnage différent de qui tu es comme personne ?
Franz : Je me le demande !
Dans ‘Passages’ (2023) d’Ira Sachs avec Ben Whishaw
Il y a une importante part physique dans les récents films dans lesquels tu as joué : du sexe dans ‘Passages’, de l’entraînement militaire et de la danse dans ‘Disco Boy’ [2023, notre interview du réalisateur Giacomo Abbruzzese par ici] et tu as notamment du perdre pas mal de poids pour ‘Great Freedom’ [2022, notre interview du réalisateur Sebastian Meise par là]. D’ailleurs, il y a une scène dans ‘Disco Boy’ où on te voit en entraînement militaire faire des tractions assez aisément sur une barre horizontale. C’était vraiment toi ou il y avait un trucage ?
Franz : C’est un mélange, un peu des deux ! (Rires)
Est-ce que cet aspect physique est un élément important quand tu choisis un rôle ?
Franz : Non, je ne cherche pas particulièrement à choisir des rôles qui soient très physiques. Néanmoins, on a tous un corps qui bouge dans le temps et dans l’espace et quand en tant qu’acteur je contribue à un film, ce que je peux faire est de structurer le temps et l’espace avec mon corps. J’ai tendance à traduire des émotions en actions. J’ai une petite allergie envers les paroles qui exprimeraient ton monde intérieur en expliquant ton état mental, tes ambitions ou tes motivations. On voit souvent des conversations dans les films qui ne consistent qu’en informations qu’un scénariste a besoin de mettre dans une scène pour que les gens comprennent ce qui se passe. J’ai toujours aimé l’espace indéfini où en tant que public, on a besoin de décider où on se positionne et ce qu’on ressent par rapport à ce qu’on voit. Souvent, j’essaie de ne pas donner de réponse à ce que ressent le personnage ou quel est l’objet d’une scène donnée, mais je crée un espace où les choses pourraient résonner. C’est une approche physique. L’espace est toujours en trois dimensions.
Dans ‘Great Freedom’ (2022) de Sebastian Meise avec Thomas Prenn
Tu penses d’abord à l’aspect physique et après à la façon d’interpréter les paroles ?
Franz : Cela dépend du personnage. Pour certains, ils ont un aspect physique si fort qu’on ressent beaucoup leur corps, alors que pour d’autres ce sera plus dans la tête ou dans le cœur, ou dans la douleur. Je ne pense pas que j’ai une méthode, mais je suis toujours moi-même.
Comment appréhendes-tu les scènes de sexe ? Nous savons que c’est une question sensible.
Franz : Aucun souci. C’est aussi un sujet sensible. Imaginez comment le sexe peut être sacré mais aussi terrifiant parfois. Créer cet espace exprès devant une caméra et une équipe, c’est une chose à laquelle vous ne vous habituerez probablement jamais à moins d’être une star du X. On essaie des choses au tournage. Par exemple telle position peut ne pas convenir car tu es trop exposé. On fait cela étape par étape et on finit avec une sorte de chorégraphie dans laquelle on se sent en sécurité. Mais c’est une chose très bizarre à faire. Chaque fois, c’est une grande aventure.
Dans ‘Passages’, ces scènes disent beaucoup de choses d’un point de vue narratif.
Franz : C’est vrai ! Il y a tellement de façons de faire l’amour.
Dans ‘Disco Boy’ (2023) de Giacomo Abbruzzese
Dans tes deux derniers films ‘Passages’ et ‘Disco Boy’, tu es à Paris ! Tu parles un peu français dans chacun des deux. Ces deux films ont été faits par des réalisateurs étrangers : Ira Sachs est américain et Giacomo Abbruzzese est italien. As-tu déjà envisagé de faire un film avec un réalisateur français ? Quelle est ta relation au cinéma français ?
Franz : Oui ! En Europe, le cinéma français est très important. La concentration de cinémas à Paris est assez unique aujourd’hui. L’importance du cinéma en France est quelque chose d’assez impensable dans la plupart des pays. Même aujourd’hui après la pandémie et une assez difficile pour le cinéma, je suis toujours impressionné par combien de personnes vont au cinéma voir des films de façon hebdomadaire. C’est merveilleux à voir ! Evidemment, il y a des acteurs et réalisateurs incroyables en France avec qui je rêverais de travailler. Vous avez une culture très puissante en matière de cinéma. Le système dans lequel on vit est assez différent des Etats-Unis. On n’approche pas vraiment son réalisateur préféré. En fait, c’est plutôt un modèle où tu lis des scripts et tu choisis le meilleur que tu puisses atteindre. Je ne voudrais pas citer un nom en particulier. J’aimerais travailler ici, mais je ne me concentre pas sur une nationalité en particulier quand je choisis un script. Cela pourrait être dans ton jardin ou dans une île éloignée, on ne sait jamais vraiment quand cela apparaît !
Les deux films ‘Disco Boy’ et ‘Passages’ ont été tournés dans la foulée à Paris ?
Franz : Oui ! C’était assez intense, parce que j’ai fini ‘Disco Boy’ où j’étais ce mec rigide, musclé et tendu. Puis je suis devenu dans ‘Passages’ un homme qui a un code de conduite et un comportement complètement différents, qui vit avec un autre homme. C’était un changement assez rapide et drastique ! Mais c’est également un privilège de pouvoir expérimenter des physicalités si différentes l’une après l’autre. Le tout premier jour du tournage de ‘Passages’ était un peu bizarre. Tout le monde était encore en train d’arriver sur le tournage. Mais dès le deuxième jour, tout le monde était sur la même page. Faire un film, c’est toujours découvrir au fur et à mesure ensemble. Même si tu te prépares autant que tu veux, c’est aussi à propos de faire des erreurs ensemble pour comprendre ce que tu veux vraiment et ce que tu recherches. Un réalisateur va toujours devoir faire des compromis, dans une certaine mesure, avec la réalité, mais en contrepartie la réalité, quand tu la laisses entrer, va apporter tellement d’autres couleurs à ton script que tu en sors gagnant.
Dans ‘Passages’ tu parles un peu français. Dans ‘Disco Boy’ tu joues un biélorusse qui parle russe et français. Est-ce que le fait de parler dans d’autres langues est quelque chose de libérateur pour toi ou au contraire de plus contraignant ?
Franz : Un peu des deux. D’un côté, j’aimerais m’exprimer de manière un peu plus éloquente. Je ressens la limitation même là maintenant à essayer de m’exprimer avec vous en anglais, à constamment devoir surmonter cette barrière du langage. D’un autre côté, quand tu joues, tu mets toujours des couches de fiction sur toi. Ce que tu dis est fictionnel et ce qui est réel est qu’il y a des phrases. Si la phrase est dite dans une autre langue, cela souligne le fait que c’est comme un objet qui participe dans la scène. La phrase ne m’appartiennent pas à moi, mais au film. Parfois, parler dans une langue étrangère ajoute un peu à cet élément.
Dans ‘Passages’ (2023) d’Ira Sachs
Il y a quelques scènes qui ont été tournées et qui ont été coupées au montage pour ‘Passages’ ?
Franz : Je ne crois pas trop. Il a jeté deux ou trois scènes pour une raison de rythme, pour maintenir une certaine allure, mais peut-être que je ne suis pas la bonne personne à qui poser cette question, parce que je suis presque dans toutes les scènes. Souvent quand on est un acteur secondaire, cela peut parfois être une surprise. Tu es venu une dizaine de jours et tu n’es pas dans le film.
Par rapport à cela, il y a un élément amusant dans ‘Passages’ qui est que tu joues toi-même le rôle d’un réalisateur d’un autre film. Le film s’ouvre d’ailleurs sur cet autre tournage ! Est-ce qu’Ira Sachs t’a donné des indications précises à ce sujet, vu qu’il est lui-même un réel réalisateur ? Ou est-ce qu’il fait la part des choses en te laissant aller à plus de liberté ?
Franz : C’était une situation très amusante ! Je dirigeais une scène et lui me dirigeait en train de diriger cette scène ! Et moi je le dirigeais en train de me diriger, parce que j’étais un réalisateur ! (Rires) Je crois qu’on a fait un peu des deux : de la façon avec laquelle je voulais qu’on tourne et de celle qu’il voulait ! Pendant tout le processus, cela a été très collaboratif.
Il y avait de l’espace pour de l’improvisation ?
Franz : Parfois un peu, mais pas beaucoup. On avait un très bon scénario. La scène avec les parents, quand je quitte la table et que la conversation est finie, puis je reviens à table et que je finis la conversation, c’était une improvisation. Je savais que la scène était finie et qu’on l’avait, puis j’ai voulu rajouter certaines choses et finalement on l’a gardée dans le film !
Dans ‘Passages’ (2023) d’Ira Sach avec Adèle Exarchopoulos
Dans ‘Passages’, c’est un cocktail assez étonnant d’acteurs : tu formes un triangle amoureux avec le britannique Ben Whishaw et la française Adèle Exarchopoulos.
Franz : Ira a créé un créé un groupe super fonctionnel de gens. Il nous a dit qu’il nous avait déjà en tête avant même d’écrire le scénario. On voulait tous y participer et on a vraiment apprécié travailler ensemble. C’était un choix évident pour moi. C’est aussi un peu le résultat d’une histoire de survie : Ira s’est beaucoup battu pour financer ce film, même s’il est très connu, qu’il avait été à Cannes [son précédent film ‘Frankie’ (2018) était présenté en Compétition] et qu’il a été plusieurs fois à Sundance [ses trois premiers films ‘The Delta’ (1996), ‘Fourty Shades of Blue’ (2005) et ‘Keep the Lights On’ (2012) y étaient présentés]. De nos jours, c’est dur de financer ce genre de film indépendant. Son script avait été écrit à l’origine pour une histoire à Brooklyn à New York. Il ne pouvait pas trouver l’argent. Puis, il en a parlé avec le producteur français Saïd Ben Saïd [qui avait déjà produit le précédent film ‘Frankie’ d’Ira Sachs]. Il a cru au script et il lui a donc attribué cet argent. C’était dur d’obtenir assez d’argent car Ira est américain, Ben est britannique, la production et Adèle sont français et moi allemand. On est tous super reconnaissants et heureux qu’au final cela ait pu se concrétiser ainsi, mais l’histoire d’Ira a commencé bien avant et il a eu un long combat pour faire ce film. Il a du faire quelques compromis. Le long-métrage n’est pas seulement dans un autre ville, mais aussi dans un autre continent, dans la culture européenne. Je trouve que c’est un mélange très coloré de plein d’influences.
Dans ce film, tu portes des vêtements assez exubérants : moulants, colorés et souvent dépareillés. Il y a juste un moment où au contraire tu es dressé de façon très formelle avec un costume. Est-ce que tous ces vêtements exubérants t’ont aidé pour entrer dans le personnage ?
Franz : Ils étaie durs à porter, mais très aidants pour le personnage ! Notre costumière est une artiste incroyable. Elle était toujours là pour nous à nous aider. Elle créait des vêtements qui allaient nous inspirer. Je me souviens que j’ai eu les vêtements à notre première répétition ensemble. C’était très personnel, dès le départ. C’étaient mes chaussures, son pull, la veste d’un ami à elle... Peut-que les sous-vêtements étaient au producteur Saïd Ben Saïd, je ne sais pas ! (Rires)
Dans ‘Ondine’ (2020) de Christian Petzold avec Paula Beer
Nous pouvons parler du réalisateur allemand Christian Petzold [notre interview par ici]. Tu joues dans ses deux films ‘Transit’ (2018) et ‘Ondine’ (2020), avec d’ailleurs Paula Beer [notre interview par là] qui est également jury à Cannes cette année, dans la section Un Certain Regard. Tu n’es pas présent dans le nouveau film ‘Le Ciel rouge’ de Christian Petzold [présenté à la dernière édition de la Berlinale et qui sortira en salles française le 6 septembre prochain]. Tu savais d’emblée que tu ne serais pas dans le film ? Quelle est ta relation de travail avec Christian Petzold ?
Franz : Je pense qu’on a eu deux films très intenses ensemble. On est fiers de ce qu’on a fait. J’ai entendu Christian dire plusieurs fois qu’il voulait tourner trois films avec Paula et moi. Je sens que ce dernier film ‘Le Ciel rouge’ n’était pas le bon troisième film pour finir cette trilogie. Je pense qu’on va retravailler ensemble, mais personne ne le sait. Il a besoin de trouver la bonne couleur pour sa prochaine peinture. Pour moi, ce n’était pas le bon rôle à jouer. On ne sait jamais. Il a deux ou trois scripts prêts. Je crois aussi que la pandémie a changé sa pensée. Celui qu’il voulait faire originalement était un peu trop lourd et les gens avaient besoin de quelque chose d’un peu plus léger et entraînant. Il a donc changé d’avis et a trouvé une histoire différente. C’est vrai que Paula est ici à Cannes, on aurait pu le faire ici ! (Rires)
Dans ‘Une vie cachée’ (2019) de Terrence Malick
Tu as fait une apparition dans le précédent film ‘Une vie cachée’ (2019) de Terrence Malick et tu as apparemment tourné un peu dans son prochain long-métrage ‘The Way of the Wind’. Tu peux nous dire quelques mots sur ton travail avec Terrence Malick ?
Franz : C’était un grand plaisir de travailler avec lui. On s’est juste rencontré brièvement, mais c’était intense. On a gardé contact, on s’envoie des messages. Travailler avec Terrence Malick est quelque chose d’assez spécial. Tu ressens que ce mec te connaît après à peine 5 minutes. Comment fait-il cela ? C’est un peu un mentaliste ! (Rires) Il va entrer dans la scène alors que la caméra est en train de tourner et il va te murmurer quelque chose dans l’oreille. Il va te donner des notes le matin même avant de tourner la scène. Sur le tournage, il créé un espace très intime. Tu vois qu’il y a toute la machinerie, mais tu finis par tourner comme dans un film étudiant ! Une configuration simple. On cherche juste une belle lumière. Il est amoureux de l’heure bleue [plus d’infos par ici], du coucher et du lever de soleil. Souvent, on n’utilisait pas de lumière artificielle. On attendait que la magie opère avec la lumière naturelle. Je n'ai aucune idée de comment rendra son nouveau film [‘The Way of the Wind’], j’ai été sur le tournage uniquement deux ou trois jours. J’ai très hâte de le voir. Je crois qu’il est en montage / post-production depuis trois ans maintenant ! Je ne sais même pas si je suis dans le film. Dans tous les cas, je ne devrais pas le prendre personnellement. Il collecte des couleurs, des énergies et atmosphères. C’est différent d’un script où tu sais ce que tu vas faire. Ici, il y a beaucoup d’improvisation.
Tu as commencé dans le théâtre. On a vu que tu avais notamment travaillé au théâtre expérimental Kammerspiele à Munich.
Franz : Oui, j’étais là-bas dans un ensemble pendant deux ans mais c’est déjà il y a cinq ans maintenant. Il n’y a plus de spectacle prévu. Ma vie de théâtre a duré dix ans à tourner et à faire des représentations et chorégraphies. J’ai fait plein de choses différentes. J’ai fermé ce chapitre et je suis pleinement dans le cinéma désormais.
Quand tu joues un rôle, est-ce que tu essaies de regarder dans ton passé pour interpréter le personnage ? Ou est-ce que tu te sépares complètement de ta vie privée ?
Franz : J’essaie, je cherche dans le passé et le futur. Puis j’essaie d’être dans le ici et maintenant.
Dans ‘Passages’ (2023) d’Ira Sachs avec Ben Whishaw
Tu fais partie du jury de la Semaine de la Critique, qui a pour particularité de ne sélectionner que des premiers et deuxièmes films. Y a-t-il des réalisateurs dont tu te souviendrais du premier film ?
Franz : J’ai peut-être vraiment tort, mais est-ce que ‘Sans toit ni loi’ (1985) était le premier film d’Agnès Varda ? Attendez je regarde. [Il sort son téléphone.] Oh mon Dieu, pas du tout en fait ! Elle l’a fait après une vingtaine d’années de films. (Rires) [Il s’agit de son huitième long-métrage de fiction.] J’aime beaucoup ‘Japón’ (2003) qui est le tout premier film du réalisateur mexicain Carlos Reygadas. [Son dernier film en date ‘Nuestro Tiempo’ (2018) était sélectionné en Compétition à la Mostra de Venise.] J’ai été très impressionné de voir à quel point ce film était élégant et mature pour un premier film. Cette semaine, on va voir plein de premiers films qui vont être super, j’en suis sûr. C’est si rafraîchissant ! C’est un lieu spécial dans lequel tu ne peux être qu’une fois dans ta vie, quand tu montres pour la première fois ton travail dans le grand monde. Tu fais ta déclaration. Les gens ne te connaissent pas. Tu as tous les choix, mais en même temps, il y a beaucoup de pression. Le fait déjà que ces personnes fassent leur premier film est dingue en soi.
Qu’écoutes-tu comme musique en ce moment ?
Franz : J’aime bien Mac Miller ! J’aime bien le rap, mais ça pourrait très bien être Jean-Sébastien Bach demain !
Quand tu as un rôle à jouer, est-ce que l’élément musical est important dans la préparation pour toi ?
Franz : Non, je dirais que c’est plus après quand tu vois le film fini que parfois je me demande pourquoi il mettent autant de musique, pourquoi ils me font ressentir une émotion que je n’aurais peut-être pas sans cette musique. Ce n’est pas le cas dans ‘Passages’, mais de manière générale quand je regarde des films, je me dis que les bandes-originales ont souvent une tendance à manipuler le public. Un peu moins de musique de temps à autre serait une bonne chose.
A la fin de ‘Passages’, tu fais du vélo triomphalement sur une version remodelée de La Marseillaise ! Le résultat est superbe !
Franz : Oui, c’était très amusant ! C’était aussi très fatiguant de faire du vélo comme cela toute la journée. Le plan final est moi en train de maintenir le rythme à côté du camion qui me filmait, le tout dans un trafic normal. J’étais un peu retardé, mais le résultat est super ! J’ai toujours fait du vélo et c’est une façon personnelle de vivre. Je peux me référer à cela, dans le fait de ressentir toutes sortes d’émotions en rentrant chez soi ou en allant chercher des réponses dans l’avenir.
Crédits photo de couverture : Aurélie Lamachère // Semaine de la Critique 2023
‘Passages’ sort demain en salles. Il est hautement recommandé !
A&B