Marc-André Selosse : « La dégradation de l'environnement a déjà effacé vingt points de PIB à l'échelle mondiale »
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Biologiste au verbe précis et à la pédagogie redoutable, Marc-André Selosse ne fait pas dans la nuance quand il s'agit de biodiversité. Dans son dernier essai, De la biodiversité comme un humanisme (Seuil,…
 Publié le : 09/07/2026 - 07:01
Modifié le : 09/07/2026 - 08:34
 "... chaque euro investi dans la transition écologique en économise trois à terme. Si nous ne faisons rien, c'est 11,2 points de PIB de moins en France d'ici 2050. Et des économistes américains viennent de montrer que la dégradation de l'environnement depuis les années 1980 a déjà effacé vingt points de PIB à l'échelle mondiale. Vingt points que personne n'a vus disparaître ! C'est une histoire de fric, c'est tout. Par exemple dans le Centre-Est de la France, en Bourgogne, les producteurs de cassis doivent désormais élever eux-mêmes des osmies, des insectes pollinisateurs, parce que les populations d'insectes sauvages ont chuté de 98% en quarante ans dans cette région. Nous arrivons à remonter la production, mais à un coût plus élevé. Nous posons des rustines parce qu'on n'a plus les services que rendait gratuitement la biodiversité."
 "... là où c'est vraiment inquiétant, c'est la perte de diversité génétique. Quand les effectifs diminuent (et ils diminuent : 80% des insectes ont disparu en trente ans en Europe, 30% des oiseaux en quinze ans, 70% des vertébrés en cinquante ans à l'échelle globale) nous amputons les espèces de leur capacité d'adaptation. C'est dans cette diversité génétique que se cachent les individus potentiellement capables de survivre après un nouveau pesticide, après un degré de plus au thermomètre, après les microplastiques. En la détruisant, nous fragilisons le vivant en profondeur. Et le processus s'emballe déjà 100 000 fois plus vite que dans les extinctions précédentes.
  Vous donnez un exemple frappant du lien entre la biodiversité et la santé humaine : la maladie de Lyme.
 Oui et il renverse l'intuition. Les populations humaines sont moins touchées par la maladie de Lyme là où la diversité des mammifères est plus grande.
 Le mécanisme est le suivant : les tiques transmettent la bactérie Borrelia responsable de Lyme uniquement si elles ont préalablement piqué un rongeur contaminé. Moins il y a d'espèces de mammifères (signe de dégradation de l'environnement) plus les rongeurs prolifèrent. La probabilité que la tique qui vous mord ait d'abord piqué un rongeur contaminé augmente mécaniquement. La présence d'écureuils diminue de 60% le taux de contamination : les rongeurs contaminants se diluent dans la masse.
Les exemples de ce type sont légion. Dans les comtés américains où les chauves-souris ont disparu, les agriculteurs utilisent 31% d'insecticides en plus. Résultat : la mortalité infantile y a augmenté de 8%, par malformations à la naissance et cancers juvéniles liés aux pesticides. Quand la biodiversité s'efface, c'est la santé qui s'efface avec elle."
 image : Un bourdon, insecte pollinisateur, passe d'un coquelicot à un autre, dans un champ devant Francfort (Allemagne), en mai 2024. AP - Michael Probst
Bernadette Cassel's insight:
 La biodiversité, condition de survie d'Homo sapiens - De www.lesechos.fr - 3 février, 09:01