Déclaration d’amour
Je n’ai plus écrit depuis plusieurs jours, semaines, ici, sur ce blog, en ligne, en lien. Ce n’est pourtant pas la matière qui manque. J’aurais pu écrire sur la prison, la violence latente entre gardiens et détenus, la souffrance qui imprègne les murs, et l’air. J’aurais pu écrire sur cette ville, Charleroi, ses nouvelles façades, ses nouvelles allures, sur ces mendiants de plus en plus nombreux, sur ces policiers, qui ont peur, tout le temps, ce « gardien de la paix » qui m’invite à tenir mon sac, ne pas tenter, le diable, partout présent, tout le temps, attention, viens dans ma ville, attention. J’aurais pu écrire sur la perte, le deuil, sur la maladie, sur la trace que laissent les hommes, nés pour aimer. J’aurais pu écrire sur cette histoire d’amour, qui s’écrit, sur cette histoire d’amour qui ne s’écrit pas, sur le sourire des enfants, la joie, renouvelée, le jardin en fleurs, ce moineau qui me pique mes groseilles et que je n’ai pas le cœur de chasser. J’aurais pu écrire sur toi, sur moi, sur ce nous qui parfois s’effiloche, souvent se cherche, et à force résiste.
Je n’ai plus envie.
Pas comme ça. Plus comme ça.
J’ai aimé écrire, vous écrire, ici, en tout sens, sans queue ni tête, mettre en mots ce qui me traversait, ne pas chercher de direction, ni de forme.
Au début, un chaos, un caillou sur la route, une écharde sous la peau, ce besoin d’écrire, tout et n’importe quoi, en lien, avec, ce besoin d’être lue aussi. Tracer les contours de ma peau, de mes extrêmes. Je vis avec vous, je respire avec vous, je marche avec vous, nous ne savons pas où nous allons, je crois avec vous, je ne m’arrête pas, pas encore. Et au fil des mots et des semaines, une nouvelle peau, la couleur des yeux qui change, et des directions. J’ai tourné en rond pendant presque un an et vous avez tourné avec moi, un peu, parfois, quotidiennement, par hasard, une fois ou l’autre… Vous avez aimé un texte, ou pas, vous l’avez partagé, ou pas, vous avez lu la première ligne, vous vous êtes engouffré dans les suivantes, vous avez fait défiler les mots, vous en avez attrapé un, comme un poisson, relâché peut-être, au gré d’un courant, d’un tourbillon.
Merci. De m’avoir suivie, lue, fait une place. Vos vies, nos vies, sont surchargées, je vous ai emmené sur des chemins de traverse, ce ne sont pas toujours les plus faciles, mais les abords sont ombragés et il y fait souvent doux.
Mes mots suivent d’autres fils, ils se perdront peut-être en route, je reviendrai qui sait, ici, ou ailleurs. Livres, papiers, crêpons, brouillons, nuages, lignes, les formes ont peu d’importance, les mots sont toujours des déclarations d’amour.










