La légende du dragon de Sainte Marguerite d’Antioche
Les croisades ramenèrent en Occident la légende de Sainte Marguerite (Marine ou Marina en Orient). En France, son culte se développa après la première croisade et fut particulièrement important en Bourgogne. En Angleterre, plus de 250 églises lui sont consacrées. Avec les croisades, des reliques de Sainte Marguerite auraient été mises en sécurité au Mont Carmel pour être ensuite rapportées en Occident.
Ce personnage historique serait né à Antioche de Pisidie vers l’an 290. Elle embrassa la foi chrétienne. Bien qu’élevée dans un milieu rural, elle serait de noble naissance, ce qui lui aurait permis d’être initiée aux livres, donc à des textes de la Bible.
Faisant vœu de virginité, elle repoussa les avances du gouverneur romain Olybrius. Elle rejeta les plaisirs charnels pour préserver sa virginité qu’elle offrait au Christ. Vers l’an 305, celui-ci manda ses soldats pour la faire quitter son troupeau de moutons et se rendre auprès de sa demeure. La jeune fille fut conduite à Olybrius afin qu’ils fassent plus ample connaissance. Elle refusa d’abjurer sa foi en renonçant à sa conversion au christianisme pour retourner aux croyances païennes. Ce fut le début d’un martyre qui s’annonce long et pénible avec la flagellation de Marine. Sous le règne de Dioclétien, les persécutions contre les chrétiens faisaient rage.
Furieux du refus persistant de celle-ci, Olybrius la jeta dans une cellule et lui imposa maintes tortures (brûlures sur le torse). Cependant, la jeune Marine ne renonça toujours pas à sa foi. La légende rapporte que le diable vint au secours du gouverneur pour faire plier la sainte. Le diable aurait alors pris la forme d’un dragon.
Les récits divergent car le dragon n’est pas toujours employé comme incarnation du diable. D’un signe de la croix, le dragon qui voulait dévorer Marine est repoussé. Les récits se recoupent de nouveau pour énoncer que Sainte Marguerite d’Antioche fut tout de même dévorée par le dragon. La jeune fille s’extirpa des entrailles de la bête en déchirant le ventre grâce à la croix qu’elle portait à la main ou autour du cou selon les récits.
Sainte Marguerite d’Antioche est généralement représentée au-dessus du flanc ouvert du dragon. Cet acte légendaire explique aussi pourquoi on invoque la sainte dans les accouchements. Certaines des versions rajoutent qu’après ce geste elle exorcisa le dragon en lui passant une étole autour du cou.
Malgré son exploit, Olybrius aurait fait décapiter la jeune fille. Son sacrifice lui conféra le statut de Sainte par les autorités du Christianisme naissant.
Sainte Marguerite ou Sainte Marine rejoint les nombreux saints sauroctones qui marquèrent l’imaginaire des croyants chrétiens des IIIème et IVème siècle.
De nombreuses interprétations brouillèrent la légende de cette sainte.
L’identification d’un saint ou d’une sainte est liée à la reconnaissance de ses attributs fixés véritablement dans l’art occidental à partir du XIIème siècle. Avant le concile de Trente (1545-1563), les représentations de sainte Marguerite d’Antioche contiennent quatre attributs : la croix, le livre, les perles et le dragon. Chaque attribut est un symbole.
La croix et le livre - Bible – sont des symbolismes de sa foi envers le Christ. La croix renferme une double symbolique. Elle est aussi l’instrument qui lui permit de percer les entrailles du dragon afin d’échapper à une fin funeste.
Les perles rappellent l’étymologie du prénom de la sainte margarita qui veut dire perle en latin. Les cheveux de la sainte sont souvent retenus par un diadème de perles. Ses vêtements sont aussi incrustés de fragments de nacre dans de nombreuses représentations de la sainte.
Le dragon, deuxième protagoniste, revient de manière récurrente du XIIIème à la fin du XVIème siècle. Dans La Légende dorée, trois confrontations entre la sainte d’Antioche et son dragon sont décrites avec force et détails. Mais deux d’entre elles ont été peu à peu oubliées.
La première est celle où un dragon effroyable s’élance vers la sainte pour la dévorer. Elle parvient à l’éloigner d’un simple signe de croix.
Dans la seconde, un dragon tentateur a pris les traits d’un homme noir.
La troisième est celle où la sainte s’extirpe du ventre du dragon. La sainte est représentée alors en position hiératique, adoptant une attitude empreinte d’humilité et de recueillement. La sainte est représentée en pied, les mains jointes enserrant une croix. Elle est parée de beaux atours telle une princesse. Sainte Marguerite a vaincu le dragon et sort de son corps. Le dragon porte les stigmates de cette action violente, matérialisés par des plaies sanglantes. De cette image privilégiée est née la protection de la sainte pour les femmes enceintes ou en couches afin de leur assurer une heureuse délivrance.
La construction des légendes de Sainte Marguerite relève de la nécessité pour l’Eglise catholique de répondre à un besoin nouveau de dévotion. Cette légende renferme le message de l’importance de la force spirituelle devant la tentation, de refuser un mariage allant à l’encontre d’une vie spirituelle plus gratifiante.
Il est à noter l’écart important entre la période de vie de cette jeune Marine (vers l’an 300) et la période où se déroula la première croisade au tournant de l’année 1100. Huit siècles séparent ces deux dates, laissant place à moult détournements et adaptations de la légende. Les plus anciens manuscrits de la vie de sainte Marguerite sont d’origine grecque et latine et datent d’avant le IXe siècle.
Le dragon est introduit très tardivement puisqu’on trouve des boucs comme premier émissaire du diable. Il y a un véritable dévoiement des êtres dragons à des fins de manipulation des esprits par le culte catholique. Le dragon est employé à des fins symboliques pour marquer les esprits des croyants.














