Macadam Mambo ressort en 45t deux extraits de la cassette Dogtape Vol.3 de Panoptique (2017, Lost Dogs Intertainment), dont le fameux Objectif jeune, point fort d’un disque que je défends bec et ongles encore aujourd’hui et que j’évoquais jadis en ces termes : “Oscillant entre synth-wave concrète, expérimentations électro-technoïdes et collectage canin, l’ambiance générale est à la fraicheur de vivre mais ne plombe d’aucune manière, comme viciée par une certaine relaxitude qui coupe l’herbe sous le pied à la mélancolie”... Toujours aussi recommandable, donc, tout comme le reste des productions du collectif Simple Music Experience, la maison mère de Panoptique.
Chronophage appâte direct le chaland avec une ouverture digne des Minutemen, puis c’est la dégringolade lo-fi qui vous attrape par le col jusqu’au bout de l’album. Dégringolade à laquelle tout enfant des année 80 normalement constitué ne peut résister : aussi cool que The Clean, plus punk que Pavement, à peine moins foutraque qu’Homeblitz. On pense aussi au catalogue K Records et aux bras cassés du néo-garage 00’s, sans négliger le p’tit coup d’oeil par dessus l’épaule du rétro futurisme. Tout ce qu’il faut là ou il faut pour déclencher les passions d’un simple claquement de doigts…
Étonnant personnage que ce Jake Robertson, jamais trop là où on l’attend. L’un des plus gros bosseurs de l’underground australien − il joue aussi dans les Ausmuteants, Hierophants, School Damage, etc. − se paye le luxe d’un premier album solo indie devant et synthé derrière, après deux 45t de garage-punk bien velus... Apparemment apaisé mais pas plus clair dans sa tête pour autant, lui et son disque que nous appellerons celui de la “pré-maturité” font état d’une palette musicale augmentée mais aussi de contours plus flous. Un peu comme une plaque de beurre qu'on laisserait fondre au soleil pour se faire de belles tartines : ça dégouline de partout, on s’en fout plein les doigts et le pantalon, ok, mais qu’est ce qu’on donnerait pas pour être copains comme cochons avec ce type...
Les Shifters renvoient directement aux idoles 80’s que sont The Clean ou The Fall sans chercher à masquer leurs influences ni trop se prendre la tête avec des morceaux compliqués. Du pain béni pour les vieux punks dans mon genre, bien que je ne sois pas complètement dupe. Que voulez-vous, ces australiens ont la coolitude trop désarmante pour monter au créneau et j’avoue avoir un petit faible pour ce 45t précisément, même s’il ne représente qu’une goutte d’eau dans leur discographie déjà conséquente. Discographie qui, sans faire trembler les fondements de la musique populaire, s’écoute plutôt bien.
Ça c’est mes champions ! Meilleur 45t de garage/punk/Devo/classic shit de l’année, à l’aise... Même s’ils sont guère plus originaux que la plupart de leurs contemporains, ces jeunes Aussies savent néanmoins s’adjoindre suffisamment de fun et de petits détails malins pour qu’on se sente irrésistiblement attiré par ce concept en vogue chez certains punks, à savoir le nivellement positif par le bas... Et quel sens de l’équilibre lo-fi tout bonnement exceptionnel !
Pré-Os Mutantes. Assurément le joyau de la couronne du râtelier 60’s psych-beat brésilien, haleine mortifère persistante en sus. Superbe 45t tout juste réédité en fac-similé par Mr Bongo.
Si jeunes et si tristes et si anachroniques… Vu de loin on pourrait croire que Police Control collectionne les handicaps. Un nom à coucher en prison, déjà, mais surtout un goût pour l’autoflagellation sentimentale et les riffs punk-rock 80’s qui cadrent difficilement avec nos réalités virtuelles. Pourtant, aussi sûr que la science des filles reste un vrai casse tête alors que celle des maths ne laisse aucune part d’ombre, force est de constater que ces deux parisiens font de ces soi-disant faiblesses une force motrice, et moins + moins = plus, invariablement. Car en plus d’être de fins artisans pop, il ne ressemblent finalement à pas grand monde quand on y pense. À pas grand monde d’encore vivant en tout cas.
Ce maxi ne paie pas de mine et pourtant il sait s’incruster durablement dans la maison. Électro ludique et tonique, les points d’entrées se démultiplient au fil des pistes : doucement house pour lancer les machines, acid régressif et assumé quand la fête bat son plein dans le salon, ou tout simplement électro-pop crépusculaire avec ce Some Sounds qui referme discrètement la porte en prenant bien soin de déposer les clés sous le pot de fleurs.
Une belle collec’ de petites vignettes synth pop champêtres et nostalgiques, bien loin des tracas de la ville et de l’âge de raison. Rouge Gorge sait bien que c’est dans les vieux pots à tubes 80’s qu’on fait la meilleure limonade mais n’abuse pas de la formule pour autant. Il préfère gratouiller aux angles des étiquettes et dans un style presque baroque pour se singulariser : un gros mot de travers, un léger décrochage mélodique, un flow qui trébuche ou un accent anglais approximatif le cas échéant. Des détails légèrement perturbants qui mis bout à bout participent bien évidemment à la magie de l’oeuvre.
Les esprits chagrins diront que l’ombre maléfique de Noir Boy George plane un peu trop sur ce disque. C’est pas faux. Mais puisque le patron du style n’a toujours pas sorti d’album alors que Ventre de biche en est déjà à son second, on va dire qu’on s’en fout, ok ? Et puis VDB se débrouille bien. Il dépasse la pleurniche basse fidélité pour se rapprocher d’une wave hybride et détachée, presque pop, presque clean, presque fun : les sujets abordés sont toujours un peu les mêmes mais paraissent plus universels dans sa bouche, comme remontés petit à petit à la surface de l’underground pour venir péter au grand jour. Ou pas... De quoi conférer à ce voyou de proximité une légitimité en tout cas.
Cette ex-championne de ski alpin croyait sûrement qu’elle pouvait voler − du moins sur la glace, c’était son job. Mais ironie du sort, c’est au moment de plaquer sa carrière sportive pour enregistrer cette superbe reprise du I See Red de Frida (Abba connexion) qu’elle a véritablement touché le ciel mes amis... Ce morceau, évocation d’un glacis ardent, est tellement troublant que je n’ai toujours pas trouvé le courage de dévaler la face B de ce 45t tout fraichement réédité et qui met tout le monde d’accord semble-t-il.
Des p’tits punks sympas qui font de la retape old-school hardcore : vélocité et agressivité bien proportionnées, bonne balance mélodie/déglingue, graphisme soigné... Vite et bien torché, ce premier album peut s’écouter le temps de boire un café tranquilou, de retourner le disque, et de filer à la douche avant de se remettre sous la couette ou bien d’aller boire des sodas au lavomatic, c’est selon.
Vous savez comment ça se passe quand on veut choper un bouquin et que l’entièreté de la bibliothèque vous dégringole sur le coin de la gueule. Et bien c’est la même chose avec les rééditions australiennes vaguement “wave” des années 80. Pas moins de quatre disques très étonnants sortis indépendamment les uns des autres rien que cet été, et une subite envie d’aller tronçonner l’arbre qui cache la forêt de l’imaginaire en slip kangourou...
D’où ce micro-mix à options multiples :
Côté synthé/new age, il faut absolument écouter le Cool Change de Peter Westheimer (Left Ear Records), compile géniale de morceaux choisis et d’inédits d’un mec qui fût tour à tour médecin, acteur et politicien mais absolument pas relou question musique. Bien plus lo-fi qu’un Eric Serra, il ne faudra pas beaucoup d’imagination non plus pour voir en lui l’un des pères spirituels de John Maus. Ce disque m’a tenu au frais tout l’été et devrait continuer à faire le taff en arrière saison sans problème.
Pour la disco-déconne, on s’en réfèrera plutôt à Asphixiation (What is This Thing Called ‘Disco’ ?, Chapter Music), one shot conceptuel torché en cinq jours par un gamin de vingt balais à peine, déjà gloire locale à l’orée des années 80 et artiste multi-talents en devenir. Un projet qui, s’il tient plus du post-punk et de l’électronique parfois dure, n’en demeure pas moins charmant à l’oreille et plutôt bien ficelé pour un truc qui se veut second degré.
Les pop-wavers pur jus, quant à eux, se retrouverons peut-être dans les recherches mélodiques d’Ironing Music (Ironing Music, Medical Records). Ces démos restées longtemps dans des placards et concomitantes d’une carrière avortée restent d’une modernité indéniable et sont emplies de bonnes idées. Dommage juste que ces idées soient bouffées par une franche exaltation toute juvénile qui finit à la longue par courir sur le haricot. Mais de belles fulgurances malgré tout.
Enfin, en guise de numéros complémentaires, on pourra se pencher sur la compilation OZ Waves (Efficient Space) qui offre un panorama intéressant de ce que l’underground australien semblait proposer en cette fameuse décennie. Le spectre est assez large, entre artistes bidouilleurs et d’autres plus accessibles qui auraient franchement pu casser la baraque dans les milieux autorisés. Des rendez-vous manqués à mettre autant sur le compte de l’insularité que sur celui de tirages ridicules. Double peine donc. Aussi saluons le boulot des défricheurs de l’extrême pour ces coups de projos fort salutaires.
Si le présent blog bat de l’aile depuis quelques temps, ça s’active un p’tit peu plus dans la vraie vie... Du moins gentiment, disons.
Avec le volet “Floppy Distro” par exemple, dont je vous parlais il y a deux posts. L’idée était, pour rappel, de proposer ponctuellement des disques à vendre à la sauvette, sélectionnés au hasard des rencontres et des coups de coeurs.
Des vinyles que vous pourrez désormais trouver à la Galerie E²/Sterput, aux côtés des bacs extrêmement bien fournis d’Antonin Attila Tralala – mastodonte de proximité de l’underground et référence ultime en matière de distro bruxelloise.
Trois titres en quantités ultra limitées pour l’instant de mon côté. Ok, ça va pas péter loin, mais faut bien commencer par quelque chose, et pourquoi pas par quelque chose de bien bien bien...
Deux sorties récentes du label parisien Danger Records, déjà :
Gauche – poppy-post-punk féministe de Washington DC, side project de membres de Downtown Boys et Priests. Il s’agit de l’édition vinyle d’une cassette sortie initialement en 2015. Les fans originels du genre et les amateurs des catalogues K Records et Kill Rock Stars apprécieront.
Trümmerfrauen – post-punk allemand 70/80 hautement féminin également, mais nettement plus “roue libre”. Du temps où l’on ne s’embarrassait pas avec la technique pour cause de chutes de satellites atomiques possiblement imminentes...
Et, enfin, la toute dernière coproduction de mes labels préférés POUeT! Schallplatten et Sweet Rot Records, à savoir la réédition vinyle de la cassette 2012 de Pustostany, post-punk polonais délirant et tout premier post de Floppy Dics, souvenez-vous... Fallait bien fêter ça !
On parle souvent de la génération Internet mais pas assez de la génération Inconnus je trouve. Ces quadras que l'on croise parfois en soirées, “music nerds” à l'ancienne mais aussi “ambiancers” de première. Je pense à ces bons vieux Violence Conjugale qui n'ont pas leur pareille pour distiller une bonne dose d'humour dans un revival musical – la coldwave – qui manque parfois de second degré. Les jeunes de leur côté n'ont pas toujours le temps d'être drôles, les pauvres.
Rancune, le nouveau groupe d'Olivier Bernet exilé à Berlin (connu du grand public pour avoir composé la B.O. de Persepolis mais aussi figure incontournable de l'underground palois des années 90/00), pourrait s'inscrire dans cette logique. Putain de problème, face B de leur premier 45t sorti chez Juvenile Delinquent, pourrait même être l'hymne de cette génération qui a le cul entre deux chaises mais qui tâche de rester mince.
Une génération d'éternels ados qui auraient loupés le coche de la maturité, pris en étau entre l'ancien monde cathodique empli de frustration et le nouveau monde numérique qui fait un peu tourner la tête. Mais qu'importe, et comme ils le disent si bien, la vie est trop courte, on est pas là pour se faire chier la bite. Et je serais bien mal placé pour leur en tenir rigueur puisque au moins la moitié de mes potes et moi-même surfons sur cette pente savonneuse depuis belle lurette :)
Floppy Dics monte d'un p'tit cran et devient conjointement Floppy Distro ! Le but étant d'importer ponctuellement des disques difficilement trouvables ici à Bruxelles. Des vinyles commandés directement à la source et que je me ferai une joie de vous refourguer de la main à la main si l'envie vous en dit. Pas de démarche mercantile là-derrière, juste le plaisir de faire l'entremetteur. Une extension logique du blog en quelque sorte.
Et ça commence tranquille avec les quelques exemplaires reçus ce matin du nouveau 45t de Denim & Leather, sobrement intitulé "II" (Milk Run Records).
Cinq titres de punk/hardcore vigoureux et raffiné qui ne font pas dans la retape, suffisamment variés et référencés pour donner à l'EP une allure de mini-album façon Quatre saisons à la vitesse de l'éclair : hiver, hiver, été, hiver, hiver – l'été étant matérialisé par une "ballade" électrique comme seuls les punks savent en faire, flanquée en plein milieu du disque.
Pour le reste, pas mal de violence verbale gratuite autant que musicale, soulagée par une bonne dose de second degré – fait culturel me direz-vous puisque le quatuor sort tout droit des coupes-gorges de Manchester, ville chargée d'Histoire mais aussi d'haleines pas toujours très fraîches, si vous voyez ce que je veux dire.
Le 45t est dès à présent dispo contre 5,50 euros et c'est un bel objet qui sonne du feu du Diable, je peux vous l'assurer. Si vous souhaitez qu'on se rencarde ou être tenus au courant des prochaines propositions musicales, n'hésitez pas à m'envoyer un mail : [email protected]. On trouvera bien un moyen de moyenner.
Les australiens de Kitchen's Floor reviennent musicalement plus touffus/moins arides que par le passé. Leur dernier album sorti il y a presque un an pourrait même séduire les vieux fans de noisy pop des années nonante. Souvenez-vous du catalogue City Slang, tiens... Et pour une fois, il sera facile à choper car édité en Europe par Bruit Direct Disques. Elle est pas belle la vie ?
Et bien non elle est pas belle la vie. Les 90's sont bel et bien révolues, c'est la crise force 1000, et c'est pas les quelques aspirations mélodiques présentées ici qui vont nous remonter le moral. La lourdeur et les dissonances ne sont jamais très loin et Kitchen's Floor s'inscrit irrémédiablement dans son époque...
Le groupe à géométrie variable est surtout l'affaire d'un certain Matt Kennedy, un pré-trentenaire qui cultive à son échelle la désillusion la plus totale. Et s'il va à l'essentiel quand il exprime ses idées mortifères — les morceaux sont aussi vite expédiés — il va encore plus loin dans la désolation éthylique et le vide intersidéral, comme réduit à une vie d’errance confinée dans un seul et unique pâté de maisons.
Un album en forme d’exutoire, pour sûr, mais bizarrement plus difficile dans le fond que dans la forme. Un négativisme ambiant qui ne doit pas vous détourner de l'affaire pour autant, vous passeriez à côté d'un disque fort attachant à l'usage, étonnamment.